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Un travailleur récolte des graines de palmiers à huile dans une plantation industrielle.

Des Camerounais demandent le non renouvellement d’un contrat qui octroie 20 000 hectares de forêts à l’entreprise SGSOC pour la culture du palmier à huile. Ils ont signé une pétition et envoyé une lettre pour exprimer leur opposition.

Paul Biya, le Président du Cameroun, a reçu une pétition qui lui demande de ne pas renouveler le contrat signé avec la Sithe Global SustainableOils Cameroun  (Sgsoc).  Cette entreprise qui est la filiale locale de la multinationale américaine Heraklès Farms cultive du palmier à huile sur 20 000 hectares de forêts qui lui ont été octroyés par le gouvernement dans le sud-ouest du pays. Le contrat qui a duré trois ans,  a expiré le 25 novembre 2016.  Un nouvel accord est dans l’attente.  Ce qui a incité des organisations non gouvernementales (Ong) à  s’associer pour lancer une pétition.

Initiée par Greenpeace Africa, Save Wildlife Conservation Fund et Rettet den Regenwald EV (RainforestRescue), la pétition a recueilli 180 281 signatures. «Il s’agit de démontrer une forte opposition publique contre l’entreprise Sgsoc», explique Eric Ini, le  Responsable des activités forestières pour Greenpeace Africa.

« Nous sommes encouragés par le fait que de nombreux Camerounais ont signé cette pétition», poursuit-il. Greenpeace Afrique et ses partenaires espèrent que Paul Biya entendra la voix de milliers de Camerounais insatisfaits, qui s’opposent fermement au renouvellement du contrat signé entre l’Etat et la filiale locale de la multinationale américaine Heraklès Farms. A en croire Reinhard Behrend, le Directeur de RainforestRescue, le projet d’huile de palme de l’entreprise SGSOC ne détruirait pas seulement les moyens de subsistance des populations locales de la région du Sud-ouest, mais serait aussi une menace pour les forêts tropicales primaires, les parcs nationaux ainsi que les réserves forestières abritant une biodiversité unique.

Des champs détruits

Plusieurs autorités traditionnelles des villages riverains de la plantation de palmiers à huile ont également exprimé leur opposition au renouvellement du contrat signé. En octobre 2016, ils ont envoyé une lettre au Président du Cameroun dans ce sens. «C’est un projet controversé qui ne respecte en aucun cas les meilleures pratiques et règles de développement.  Le contrat est l’origine de nombreux conflits fonciers et des conflits inter-villageois, qui n’existaient pas avant son implémentation », dénoncent-ils dans la lettre tout en déplorant l’absence d’un dialogue pour discuter et résoudre ces problèmes.

Chef de Babensi II, Joseph Ejuba Ewane décrie les violations des clauses du contrat par la Sgsoc. «L’entreprise empiète sur nos terres agricoles et même sur celles des villages qui ne sont inclues dans le projet. Elle a même déjà apposé des marques dans beaucoup d’autres champs qu’elle prévoie détruire. Nous exhortons le président à mettre un terme à ces abus».

La filiale de la multinationale américaine Heraklès Farms n’a pas respecté ses engagements avec les communautés conformément à ce qui était prévu dans le cahier de charges. Électrification des villages, contribution à l’accès aux soins de santé et à l’éducation…Rien n’a été fait!  A en croire les chefs des villages riveraines de la plantation de palmiers à huile, la Sgsoc n’a pas payé le loyer annuel des surfaces allouées pendant trois ans. Plus grave encore, l’entreprise a violé les clauses sur le respect de l’environnement. « Ruisseaux, berges des rivières, systèmes de captage d’eau ont été détruits par l’entreprise. Ce qui a entrainé l’érosion des sols», déplorent les chefs de villages.

Anne Matho

 

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Crédit photo : Greenpeace

Crédit photo : Greenpeace

Bien qu’ayant obtenu une autorisation du Président Paul Biya d’exploiter environ 20 000 hectares dans le Sud-ouest du Cameroun pour la production du palmier à huile, la Sgsoc, filiale du groupe américain, ne débutera ses travaux qu’après avoir laissé le temps à l’administration de récupérer le bois qui s’y trouve.

Le début des activités de Sithe Global Sustainable Oils Limited (Sgsoc) sur les 20 000 hectares de forêts octroyés par un décret de Paul Biya dans le Sud-ouest n’est pas pour demain. La société filiale de l’américain Herakles Farms devra d’abord remplir les exigences de la loi forestière.
Problème : de grandes quantités de bois, sur toute la superficie, doivent être exploitées par le ministère et vendus aux enchères. Une partie des fonds issus de la vente sera versée aux populations riveraines sous forme de redevance forestière. «Les populations et les collectivités territoriales décentralisées auront droit à 50% des recettes: 40% pour les communes et 10% pour les populations», explique Joseph Nsengue Levodo, Délégué régional du Minfof (Ministère des forêts et de la faune) pour la région du littoral. Le reste des fonds devra être versé au Trésor public.
«Le Minfof gère les ressources forestières sur les terres même si celles-ci relèvent du Ministère des domaines et des affaires foncières, poursuit Joseph Nsengue Levodo. Car la législation forestière veut que, lorsqu’on affecte un domaine forestier, l’administration des forêts envoie ses agents sur le terrain afin qu’ils coupent et récupèrent le bois qui s’y trouve avant l’utilisation des terres». Le non respect de cette disposition expose le contrevenant à de lourdes amendes. «Le Minfof pourra lui imputer de payer la valeur des ressources forestières en contrepartie de ce qu’elle aurait coupé », prévient le responsable du Minfof.

25 millions de Fcfa d’amende

Pour ce même motif, la Sgsoc avait déjà subi les foudres du Ministère en juin 2012. Dénoncées par les populations riveraines et de nombreuses Organisations non gouvernementales, ses activités avaient été stoppées après un contrôle de l’observateur indépendant au contrôle forestier. Il lui avait notifié une amende d’environ 25 millions Fcfa. Il avait noté que la Sgsoc n’avait « pas suivi les modalités et procédures légales conduisant à l’aliénation du domaine forestier permanent ».
Sans attendre que le Minfof intervienne pour effectuer les coupes de récupération, la Sgsoc avait déboisé une zone de jachère de plusieurs hectares pour l’implantation de sa pépinière, défriché environ 1,6 ha pour l’implantation d’une parcelle d’essai, utilisé des arbres abattus pour la construction d’un pont sur le cours d’eau Bakebé, et ouvert une route d’environ 3 km avec abattage et dessouchage d’arbres. Ce qui lui a valu cette amende.
Faux, affirme l’entreprise américaine mise en cause : «Herakles Farms n’a jamais reçu une amende, peine ou mesure d’arrêter le travail. Nous avions suivi la procédure adéquate et avions à l’époque notifié au Minfof notre intention de commencer les travaux. N’ayant reçu aucune réponse 60 jours plus tard, comme le stipule la loi, nous avons commencé le défrichement. » . Au moment des faits, cette firme américaine devait exploiter 73 000 ha de terre, beaucoup plus qu’aujourd’hui.
En mai 2013, la filiale camerounaise d’Heraklès Farms a, à nouveau, été obligée de suspendre ses activités. Dans un communiqué, elle indiquait répondre ainsi à une injonction du ministère des Forêts qui lui demandait de «cesser de défricher près de la pépinière Talangaye ». Dans un communiqué radio, le Ministre en charge des Forêts a indiqué qu’il avait seulement « demandé à l’opérateur d’observer une règlementation spécifique à la conservation forestière qui se trouvait être violée ». Il avait alors rappelé que «la signature d’une convention avec le gouvernement n’exemptait pas l’entreprise du respect de l’ensemble des procédures et contraintes environnementales».

Anne Matho (JADE)

Encadré : Les éléments constitutifs du dossier
Avant les coupes de récupération, le concessionnaire doit effectuer une étude d’impact environnemental. «Il s’agit d’une obligation de la loi forestière, car le défrichement de la forêt aura des conséquences. Il va affecter le climat, la biodiversité, les animaux. Les populations qui vivent autour n’auront plus le bois de chauffe», souligne Joseph Nsengue Levodo, le Délégué régional du Minfof.
Cette étude, réalisée aux frais du concessionnaire, doit obéir à «des normes fixées par l’Administration pour assurer la conservation, le développement ou, le cas échéant, la récupération des ressources naturelles». Les résultats sont ensuite soumis à l’administration des forêts qui sera, à son tour, chargée de «faire les contrôles et vérifications pour s’assurer que les études ont été bien menées ».
La filiale camerounaise d’Herakles Farms devra réaliser un inventaire des ressources en bois présentes sur les 20 000 hectares. « Attention ! Le processus ne peut pas avancer si la réglementation n’est pas respectée. Dans le cas contraire, le Minfof n’autorisera pas le défrichage de la forêt », prévient le délégué.
A.M.
Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

 

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