archive

Archives de Tag: ROPPA

Manifestation de protestation contre les APE au Cameroun. Crédit photo: Acdic

Manifestation de protestation contre les APE au Cameroun. Crédit photo: Acdic

Paupérisation des éleveurs, découragement des investisseurs non européens, baisse de la production et de la consommation des produits locaux au profit de ceux importés d’Europe…sont autant de conséquences que les producteurs d’Afrique de l’ouest craignent depuis la signature des APE en juillet dernier.

Les producteurs d’Afrique de l’ouest dénoncent la signature des accords de partenariat économique (APE) entre les pays membres de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et l’Union européenne. Réunis au sein du Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), ils l’ont fait savoir dans un communiqué rendu public en juillet dernier. Cette signature implique une libre circulation des biens entre les deux régions à travers la suppression des droits de douane. Problème : les deux partis n’ont pas les mêmes moyens. Les agriculteurs européens reçoivent généralement des subventions, contrairement à leurs collègues africains. Le Roppa croit savoir que cette situation entrainera «la déstabilisation de l’agriculture» des pays de la Cedeao à cause des prix pratiqués sur le marché africain. A raison : les produits exportés d’Europe, pourront être vendus moins chers en Afrique comparés aux denrées locales. «Les produits fortement subventionnés européens (plus de 270 milliards de FCFA, environ 414 millions d’Euro) en réduisant la production régionale par un dumping parfaitement légalisé par les APE vont réduire la rentabilité de nombreux produits agricoles », prévient le Roppa.

Distorsions dans les flux d’investissement
L’organisation craint pour les acteurs de la filière laitière africaine qui pourraient être les plus pénalisés. «Les produits européens vont induire une baisse des prix relatifs notamment pour les groupes les plus vulnérables constitués par les éleveurs et les femmes vendeuses de lait. Ce faisant, ils vont renforcer une dégradation sans précédent de leurs conditions de vie», avertit l’organisation ouest-africaine.
Le camp favorable nie tout en bloc et y voit plutôt des effets bénéfiques pour les investissements en Afrique. Faux, s’insurge le groupe de producteurs africains. Ils rappellent que même sans les APE, les investisseurs du monde choisiront l’Afrique de l’ouest qui rapporte le plus de bénéfice par franc investit dans le monde.
«Selon le magazine the «Economist», l’Afrique au sud du Sahara est la première région des intentions d’investissement dans le monde. Il y a donc un consensus mondial à ce niveau », expliquent-ils. Le Roppa craint qu’au contraire, les APE découragent les investisseurs non européens en accordant plus de privilèges aux européens. « Ces accords introduisent des distorsions dans les flux d’investissement vers la région en développant une préférence implicite pour les investissements européens aux dépends de ceux d’autres continents », dénonce l’organisation. Elle redoute par ailleurs que les investisseurs des autres parties du monde (Américains notamment) exigent les mêmes faveurs accordées aux européennes. Le Roppa dément une autre rumeur selon laquelle les APE sont favorables à l’intégration économique et au développement. « En subventionnant implicitement les produits européens, elles créent un détournement de commerce en faveur de l’Europe et découragent la production et la consommation des produits locaux au profit des importations de produits européens », s’insurge l’organisation.
Anne Matho

Une femme travaille dans une usine de riz, située à Benue, un Etat fédéral du Nigeria.

Une femme travaille dans une usine de riz, située à Benue, un État fédéré du Nigeria. Crédit photo : Reuters

Semences de qualités, subventions… Autant d’ingrédients qui ont permis d’augmenter la production de riz de 8,4 % en moyenne en Afrique depuis 2007/2008, années des émeutes de la faim. Producteurs, chercheurs, investisseurs et experts sont optimistes. Le continent pourra atteindre l’autosuffisance en 2020.

 

2007 et 2008, des jeunes descendent dans les rues pour dénoncer  l’explosion des prix alimentaires à travers tout le continent. Ces émeutes de la faim semblent derrière nous, grâce notamment à l’augmentation de la production de riz.

«Nous sommes passés de 80 tonnes récoltées en 2008 à 800 tonnes en 2012 », raconte, par exemple, Salifu Bah Ndichengoh, président de Bambalang Ndop farmers federation of Unions of CIG (Commun initiative group), un groupe d’environ 800 riziculteurs camerounais. Cette performance a été possible grâce à une subvention publique. «Nous avons reçu 19 millions Fcfa en 2011, explique le président de l’organisation paysanne. Ce qui nous a permis d’acheter des semences améliorées par les chercheurs, des engrais, des fongicides et des herbicides».

Grâce à ce don, le groupe s’est agrandi, la superficie cultivée multipliée par cinq. « Alléchés par les dons, des membres nous ont rejoint portant la surface cultivée à 250 hectares, contre 50 hectares par le passé », ajoute Salifu.

 

Prix revalorisés

Cet accroissement de la superficie, complétée par un partenariat avec l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad Cameroun), a favorisé l’augmentation de la production. «Les chercheurs viennent nous former sur les techniques de  préparation du terrain, l’application et la sélection des semences, poursuit-il. Ils nous fournissent en semences améliorées ».

Grâce à cette formation, les producteurs obtiennent désormais un riz de bonne qualité qui rivalise avec celui importé, plus prisé sur le marché local. «Nous sommes passés de 50% de grains brisés à 15% », se vante Salifu. Désormais les producteurs obtiennent de meilleurs prix pour leurs produits. Ils vendent le sac de 50 kilogrammes 16 000 Fcfa, contre 14 000 Fcfa par le passé.

Comme ces riziculteurs camerounais, de nombreux autres producteurs africains ont reçu subventions et formations pour faire face à la crise. Ce qui a entraîné une augmentation de la production, selon des témoignages recueillis au cours du troisième congrès du riz en Afrique qui s’est tenu à Yaoundé en octobre dernier[1].

Soutenir les producteurs

Riziculteur béninois et président du cadre régional de concertation des producteurs de riz (CRCOPR) – le groupe riz du réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles (ROPPA) de l’Afrique de l’Ouest – Pascal Gbenou confirme la tendance. «Il y a eu un accroissement de la production. A partir de 2008, il y a eu du soutien public à la riziculture. Nous, producteurs, nous sommes convaincus que si on apporte suffisamment de soutien, nous serons en mesure de nourrir les populations ». « Il y a eu changement des politiques au niveau des pays depuis 2008. Les résultats de la recherche qui dormaient sont désormais valorisés avec la mise au point des semences améliorées qui augmentent le rendement», ajoute-t-il.

Ces observations de terrain sont confortées par les enquêtes. Selon le Centre africain du riz (Africarice), la production africaine augmente de 8,5% chaque année depuis 2007/2008, contre 3,5 % par le passé. «Ce qui montre que le Continent est en train d’engranger une révolution verte dans le secteur riz», apprécie Eric Tollens, membre du conseil d’administration d’Africarice.

Les prévisions sont aussi bonnes. «Le Suivi du marché de riz de la FAO (Smr) prévoit que l’Afrique produira cette année 2% de plus que la récolte de l’année dernière », a précisé Ren Wang, Assistant Directeur général à la FAO. En même temps, le Smr prédit aussi une baisse des importations de 12,6 millions tonnes, soit 7% de moins qu’en 2012.

 

70 % de terres non cultivées

Africarice espère même qu’à l’horizon 2020, l’Afrique atteindra 80 % d’autosuffisance en riz. Ce qui entraînera une diminution de 5 millions de tonnes d’importations. L’organisation a mis au point un partenariat signé par 25 pays africains pour atteindre cet objectif.

Il consiste notamment à amener la recherche à travailler en partenariat sur le rendement ou la qualité. Lancée depuis mai dernier par Africarice, une nouvelle variété de riz Arica (Variétés de riz avancées pour l’Afrique) permettra d’accroître le rendement. Elle  produit un rendement  d’au moins 15 % de plus que les variétés Nerica (Nouveau riz pour l’Afrique) mises au point par la recherche.

L’Afrique dispose d’un autre atout de taille pour atteindre ses objectifs. «Seulement 30% des terres sont cultivées et l’eau est abondante », explique Eric Tollens. Pour Aboubacar Diallo, riziculteur malien, il faut tempérer l’enthousiasme. «On n’est pas totalement sorti de la crise, qui était structurelle et non pas conjoncturelle. Chaque 25 ans, l’Afrique et le monde connaissent des crises. Les importations augmentent en même temps que la production. C’est un paradoxe !», s’est-il exclamé. En effet, l’Afrique produit environ 12 millions de tonnes, et en importe… autant.

Anne Matho

 

Encadré 1

Semences de riz amélioré exposées au cours du troisième congrès du riz en Afrique.

Semences de riz amélioré exposées au cours du troisième congrès du riz en Afrique.

Un ivoirien produit 8,5 tonnes de riz à l’hectare !


La production de riz en Côte d’Ivoire est prometteuse. Marcel Yao Kouakou, riziculteur ivoirien a réussi à atteindre 8,5 tonnes à l’hectare. Ce qui constitue une révolution, le rendement moyen en Côte d’Ivoire étant  de 3 à 4 tonnes à l’hectare.  L’utilisation d’une variété de semences améliorées par la recherche a rendu possible cette performance de Marcel. Elle est mise au point par le Centre africain du riz, basé au Bénin. Dans le programme national d’investissement agricole mis en œuvre en Côte d’ivoire par Yaanovel dans le district de Yamoussoukro en partenariat avec l’entreprise suisse Novel, cette variété améliorée est vulgarisée auprès de petits producteurs. «Nous formons les petits producteurs sur la multiplication de ces semences améliorées en partenariat avec Sygenta », a indiqué Denis Koko, chef du projet riz de Yaanovel. Dans le cadre du projet, les producteurs reçoivent des intrants et du matériel de production. En retour, Yaanovel se réserve l’exclusivité de leur production. Dans le cadre de ce partenariat public-privé, le district de Yamoussoukro apporte près de 1000 hectares qui ont été mis à la disposition de Yanovel pour en faire une superficie tampon de production en régie. En retour, Yaanovel apporte son appui technique pour les engrais, les traitements et la mécanisation.

Anne Matho

 

Encadré 2

Des semences adaptées à la terre ferme

Le riz n’est plus seulement cultivé dans les bas-fonds au Cameroun. Depuis mai 2011, les petits agriculteurs de Sangmelima, Batouri, Dimako et Ngoumakong situés en zone forestière, produisent pour la première fois du riz sur la terre ferme comme les autres denrées agricoles à l’instar du maïs, du manioc ou du taro. Ils ont reçu de nouvelles variétés de riz pluvial Nerica adaptées aux plateaux, mises au point par Africarice. Ce qui explique cette prouesse.  « La récente mise en circulation des variétés NERICA adaptées aux plateaux et aux bas-fonds a été saluée par nos riziculteurs », jubile Madeleine Tchuente, la Ministre camerounaise de la recherche scientifique et de l’innovation. En outre, le cycle de production de ces nouvelles variétés est court. 115 jours maximum contre 135 jours en moyenne pour les variétés ordinaires. «Le Nerica est une semence hybride issue de la fécondation d’une variété de riz asiatique caractérisée par un fort rendement avec une variété africaine tolérante à la sécheresse», a expliqué MarieNoëlle Ndjiondjop, généticienned’AfricaRice.

Anne Matho

 

Les articles ont été produits à l’occasion du troisième Congrès du riz en Afrique.


[1] Co-organisé par AfricaRice et la FAO en collaboration avec l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD Cameroun), le congrès avait pour thème «La science rizicole pour la sécurité alimentaire à travers le développement de l’agriculture familiale et de l’industrie agroalimentaire en Afrique».

%d blogueurs aiment cette page :