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Archives de Tag: rareté du maïs et aviculture

Flambée du prix de la provende, baisse de la performance des pondeuses, destruction des poussins…Depuis le mois d’avril dernier, la filière avicole est en crise, à cause de la rareté du maïs sur le marché camerounais.

L’aviculture camerounaise va mal. « Le maïs, aliment qui constitue les 70 % de la provende est introuvable dans les marchés », explique François Djonou, le secrétaire général de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic). La production nationale n’arrive plus à couvrir la demande. Comme conséquence de cette pénurie, le prix du kilogramme de maïs a augmenté. Il est passé de 160Fcfa, à plus de 250 Fcfa depuis avril 2011. Cette surenchère est désastreuse pour la filière avicole.

A en croire le responsable de l’Ipavic, incapable d’acheter à ce prix, les petits éleveurs de 200 à 300 bandes et certains grands aviculteurs, ont abandonné les fermes. « Ils n’arrivaient plus à nourrir la volaille », précise-t-il. En plus, ils ont été ruinés, car contraints de vendre leurs productions à un prix très bas par rapport au prix de revient. « Suite à cette pénurie, le prix du poulet dans les marché est passé de 2000 Fcfa à 2500Fcfa. Mais la clientèle a boudé ce prix », apprend-on à l’Ipavic.

Plus de 230 000 poussins étouffés

Cette pénurie n’épargne pas les accouveurs. A en croire François Djonou, depuis juillet, des poussins ont été tués, faute d’acheteurs, leur alimentation représentant une charge supplémentaire pour l’accouveur. Pour la seule semaine du 08 août, plus de 230 000 petits poulets ont été abattus, soit près de la moitié de la production hebdomadaire du Cameroun.

Malheureusement, les dégâts ne se limitent pas aux poussins. Faute de maïs, les aviculteurs sont contraints de tricher sur la formulation de l’alimentation destinée aux géniteurs. « Ils leur donnent moins de maïs », se désole François Djonou. Ce changement dans la composition de la provende affecte la performance des animaux. « La volaille produit moins d’œufs et les poulets de chairs n’ont plus une bonne croissance », explique t-il.

La pénurie actuelle du maïs n’est pas une surprise. En 2009, une enquête de l’Ipavic, prévoyait qu’en 2011, la demande nationale en maïs avoisinerait 3 millions de tonnes, contre une production nationale stagnante. Le déficit, mathématiquement, devait alors atteindre près de 2 millions de tonnes. Ces prévisions avaient été transmises au gouvernement, qui n’a malheureusement pas pris des mesures adéquates pour faire face à la situation.

Selon l’Interprofession avicole du Cameroun, le manque de maïs pour l’alimentation animale découle de l’absence d’une véritable politique agricole au Cameroun, notamment en ce qui concerne la filière maïs. En septembre 2009, un autre déficit avait contraint le gouvernement du Cameroun à subventionner l’importation de plus de 4.200 tonnes de maïs pour satisfaire la demande nationale. Hélas, le problème n’a pas été durablement résolu.

Retard des pluies

Pourtant, depuis 2005, l’État a accordé environ 2 milliards de Fcfa (3 millions €) de subventions à la production du maïs. Mais selon une enquête de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic), une organisation de la société civile, 62 % de ce montant auraient été détournés. « Certains fonctionnaires du ministère de l’Agriculture ont créé des groupes d’initiative commune (GIC) fictifs pour détourner ces fonds », avait dénoncé Bernard Njonga, président de l’Acdic.

D’après François Djonou, la pénurie s’est accentuée cette année à cause des facteurs climatiques. « Il y a eu un retard des pluies. Par conséquent, le maïs n’a pas pu être récolté à temps », dit-il. Toutefois, le responsable de l’Ipavic espère que les récoltes actuellement en cours, atténueront le manque. Mais, il faudra attendre, estime t-il, la mi-septembre, pour avoir du maïs sec, plus approprié à l’alimentation de la volaille.

Anne Matho  

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