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Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée, vidée et rincée.

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée,
vidée et rincée.

Abattoir automatique nouvellement créé, la Société des produits agricoles du Cameroun (Spac) approvisionne le marché local en volaille de bonne qualité sanitaire, à en croire les promoteurs. Une révolution sur le marché national du poulet de chair.

 

L’offre en poulet prêt à consommer s’améliore au Cameroun. La Société des produits agricoles du Cameroun (Spac), un abattoir construit à Bafang (150 km au nord de Douala) en 2010, abat et emballe du poulet en respectant les normes bios sécuritaires. Les performances de ses équipements permettent de traiter jusqu’à 2500 oiseaux à l’heure. La structure possède une camionnette, qui lui permet de collecter la volaille qu’elle met sur le marché. En provenance d’une ferme, l’engin qui transporte les poulets de chairs vient de s’arrêter devant l’abattoir. Les employés de la Spac saisissent immédiatement les oiseaux piailleurs et les amènent à l’intérieur de l’usine. “Nous les abattons au fur et à mesure qu’on les apporte, généralement par bande de 6000. Nous en avons déjà abattus, ce matin vers 8h30. Nous allons recommencer vers 11h30 avec cette vague qui vient d’arriver”, affirme Philippe Ngome Ebanga, le chef d’usine. A chaque roulement, les viscères sont évacués et la chaîne d’abattage nettoyée. “Ils font l’hygiène des lieux parce qu’il faut éviter les contaminations. On ne mélange pas les bandes. En cas de contamination, il faut qu’on sache chez quels fermiers les poulets ont été infectés”, confie-t-il.

“…pas de salmonelles”

Un contrôle qualité est effectué sur les produits de la Spac en laboratoire au Centre Pasteur de Yaoundé, qui donne son quitus pour la distribution des produits sur le marché. “Ils font des analyses et constatent qu’il n’y a pas de salmonelles, ni aucune autre maladie qui pourrait être engendrée par mon poulet”, soutient Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac.

Une employée montre le produit final.

Une employée montre le produit fini.

Le dispositif de traitement des poulets abattus et nettoyés par cette société les met à l’abri des contaminations. Tout le contraire dans les marchés locaux où les poulets sont souvent abattus et nettoyés dans une totale insalubrité. “A la Spac, explique Tcheumeni, le poulet est accroché sur les carrousels. Ensuite, il va progresser et arriver au point d’anesthésie qui va ralentir son rythme cardiaque”. Le promoteur de l’abattoir  ajoute par ailleurs que ses produits répondent également à la norme Halal: “Après l’anesthésie, on fait saigner le poulet, égorgé par un musulman. La distance entre le bac d’anesthésie et celui de trempage a été mesuré afin que la saignée soit totale”. Ensuite, la volaille est plumée, nettoyée plusieurs fois et rincée. Le processus est automatique et coordonné par une équipe spécialisée. La chaîne comporte également une balance automatique qui indique le grammage et une ensacheuse. “Les produits sont refroidis avant d’être emballés afin que la durée de conservation soit plus longue”, indique Philippe Ngome Ebanga.

Contrats d’intégration

«Nous avons trois chambres froides où les poulets sont conservés en attendant le dispatching chez nos clients», enchaîne Tcheumeni qui entend par cette précaution garantir des produits sains aux clients. La Spac a formé 350 aviculteurs afin de s’approvisionner en animaux de qualité. Seuls 40 sont installés à ce jour. “Nous le faisons progressivement, explique Tcheumeni. Le temps de détecter tous ce qu’il y’a comme difficultés et inconvénients au niveau des différents fermiers, et de pouvoir juguler tous les problèmes qui pourraient survenir par la suite”. La Spac a développé avec ces producteurs, une sorte de contrat d’intégration, qui prévoit la fourniture des poussins d’un jour, la provende et la prophylaxie. Pour appartenir à ce réseau, le producteur doit posséder des installations d’une capacité de 500 poulets au moins. L’abattoir met également à la disposition de ses partenaires, un médecin vétérinaire. “Il fait le tour de toutes les fermes pour s’assurer de la bonne conduite de l’élevage avicole”, relève le directeur de l’entreprise, qui se réserve en retour l’exclusivité de la production des éleveurs. Le kilogramme de poulet lui est cédé par les éleveurs à 1700 Fcfa. L’abattoir y prélève par ailleurs les coûts engagés pour subventionner la production. Sur le marché, le kilogramme de poulets produits par la Spac est vendu à 2350 Fcfa.

Anne Matho

INTERVIEWS

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni

“Nous allons fournir 15 millions de poulets l’an…”

Le directeur de la Spac nous explique comment cinq personnes décidées à moderniser l’élevage et à lutter contre le chômage ont créé l’abattoir de Bafang. Leur ambition : livrer 15 millions de poulets par an sur le marché camerounais.

 

Qui sont les propriétaires de l’abattoir ?

C’est un abattoir 100% privé. Nous sommes un groupe d’investisseurs de cinq administrateurs. Ingénieur électrotechnicien, je suis titulaire  d’un M.B.A en management. J’ai travaillé pendant 16 ans en entreprise, au sein du groupe Barry Callebaut (l’un des plus grands chocolatiers dans le monde), représenté ici par Sic Cacao. J’étais responsable technique dans cette structure. En 2004, j’ai décidé de démissionner et de voler de mes propres ailes. Christophe Ekeng, l’un des autres associés est également ingénieur. Il a longtemps travaillé comme directeur chez Air Liquide et Mercédès également. Il est actuellement le président de la Chambre de commerce. Les autres administrateurs sont des financiers.

Quel est le coût de l’investissement ?

Le coût total du projet est d’environ 5 milliards de Fcfa. Pour l’installation des fermiers, nous avons été accompagnés par le Fonds national de l’emploi, qui s’est occupé de leur formation. Nous avons bénéficié d’un don du gouvernement japonais d’environ 500 millions de Fcfa à travers le ministère du Développement et de la Planification du territoire.

De combien de poulets avez-vous besoin pour faire tourner l’abattoir?

Faire tourner l’abattoir dépend des sources d’écoulement parce qu’on ne doit pas produire pour stocker, mais pour vendre. Pour vendre, il faut qu’il y ait de la clientèle. Donc nous produisons en fonction de notre clientèle. Et pour le moment, c’est à peu près 10.000 poulets par mois. Actuellement, nous vendons strictement au Cameroun, à des grands consommateurs que sont les hôtels, les supermarchés, les grands restaurants à l’instar de ceux qui s’occupent des plateformes pétrolières en mer.

Quelles sont vos ambitions ?

Au Cameroun, on a besoin de 45 millions de poulets par an. Nous qui sommes le plus gros abattoir, notre objectif est d’en fournir 15 millions par année. Avec notre capacité, c’est possible. Nous voulons également aider à résoudre le problème de chômage des jeunes de la région. C’est également possible, car l’activité que nous leur proposons n’a pas besoin de beaucoup de connaissances pour être conduite. En plus, l’aviculture n’a pas besoin de grandes superficies parce qu’ici les gens n’en ont pas. Il n’y a plus de vaste étendue pour l’élevage. A travers ce projet, nous voulons également booster la culture locale de maïs.

Propos recueillis par Anne Matho

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

“La Spac facilite la vente de ma production…”

 Gaston Deutchoua, aviculteur depuis 30 ans, explique les changements intervenus dans sa vie d’éleveur depuis qu’il collabore avec la Spac.

Comment a commencé le partenariat avec la Spac ?

Le minimum d’apport personnel exigé par la Spac c’est les bâtiments d’une capacité de 500 poulets. En tant que fermier, j’avais déjà des installations. Donc, je suis allé les solliciter. Une équipe de la Spac est venue visiter ma ferme. Elle a constaté que mes installations respectent les normes. Elle a également trouvé que ma manière d’élèver les poulets de chair est bonne.

Qu’est ce qui a changé depuis que vous coopérez avec la Spac ?

Avant l’arrivée de cette structure, j’étais aviculteur depuis près de 30 ans Depuis que nous collaborons avec l’abattoir, j’écoule plus facilement ma production. La Spac nous donne les aliments, les poussins, et organise la prophylaxie. Elle nous facilite la tâche en nous apportant tout sur place. Avant, je devais me déplacer pour aller acheter tous ces produits. Je dépensais énormément d’argent en frais de transport, sans être certain de trouver les produits sur place. Je devais aller à Bafoussam ou à Douala, pour trouver des poussins d’un jour. Parfois j’en importais de l’étranger. J’étais alors confronté aux problèmes de démarches portuaires.

Donc, vous écoulez plus facilement votre production ?

Si j’ai une bande de mille poulets, la Spac les achète tous à la fois. Avant, il m’était difficile de vendre rapidement mes poulets : les commerçants ne voulaient pas toujours acheter au prix que je fixais. J’étais donc parfois obligé de garder des poules de plus de 40 jours dans ma ferme. Par conséquent, il fallait payer beaucoup plus de provende pour les nourrir. Ce faisant, j’étais perdant, puisqu’à partir de 40 jours le poulet consomme énormément de provendes et c’est cela qui coûte cher. Avec la Spac, nous produisons avec un indice d’environ 2,2. Donc, on dépense 2 kilogrammes d’aliment pour obtenir un poulet d’un kilogramme. Avant, faute de clients, on pouvait atteindre un indice de 3 kilogrammes par kilo. Car, plus le poulet est gros, plus il consomme.

Propos recueillis par Anne Matho

Flambée du prix de la provende, baisse de la performance des pondeuses, destruction des poussins…Depuis le mois d’avril dernier, la filière avicole est en crise, à cause de la rareté du maïs sur le marché camerounais.

L’aviculture camerounaise va mal. « Le maïs, aliment qui constitue les 70 % de la provende est introuvable dans les marchés », explique François Djonou, le secrétaire général de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic). La production nationale n’arrive plus à couvrir la demande. Comme conséquence de cette pénurie, le prix du kilogramme de maïs a augmenté. Il est passé de 160Fcfa, à plus de 250 Fcfa depuis avril 2011. Cette surenchère est désastreuse pour la filière avicole.

A en croire le responsable de l’Ipavic, incapable d’acheter à ce prix, les petits éleveurs de 200 à 300 bandes et certains grands aviculteurs, ont abandonné les fermes. « Ils n’arrivaient plus à nourrir la volaille », précise-t-il. En plus, ils ont été ruinés, car contraints de vendre leurs productions à un prix très bas par rapport au prix de revient. « Suite à cette pénurie, le prix du poulet dans les marché est passé de 2000 Fcfa à 2500Fcfa. Mais la clientèle a boudé ce prix », apprend-on à l’Ipavic.

Plus de 230 000 poussins étouffés

Cette pénurie n’épargne pas les accouveurs. A en croire François Djonou, depuis juillet, des poussins ont été tués, faute d’acheteurs, leur alimentation représentant une charge supplémentaire pour l’accouveur. Pour la seule semaine du 08 août, plus de 230 000 petits poulets ont été abattus, soit près de la moitié de la production hebdomadaire du Cameroun.

Malheureusement, les dégâts ne se limitent pas aux poussins. Faute de maïs, les aviculteurs sont contraints de tricher sur la formulation de l’alimentation destinée aux géniteurs. « Ils leur donnent moins de maïs », se désole François Djonou. Ce changement dans la composition de la provende affecte la performance des animaux. « La volaille produit moins d’œufs et les poulets de chairs n’ont plus une bonne croissance », explique t-il.

La pénurie actuelle du maïs n’est pas une surprise. En 2009, une enquête de l’Ipavic, prévoyait qu’en 2011, la demande nationale en maïs avoisinerait 3 millions de tonnes, contre une production nationale stagnante. Le déficit, mathématiquement, devait alors atteindre près de 2 millions de tonnes. Ces prévisions avaient été transmises au gouvernement, qui n’a malheureusement pas pris des mesures adéquates pour faire face à la situation.

Selon l’Interprofession avicole du Cameroun, le manque de maïs pour l’alimentation animale découle de l’absence d’une véritable politique agricole au Cameroun, notamment en ce qui concerne la filière maïs. En septembre 2009, un autre déficit avait contraint le gouvernement du Cameroun à subventionner l’importation de plus de 4.200 tonnes de maïs pour satisfaire la demande nationale. Hélas, le problème n’a pas été durablement résolu.

Retard des pluies

Pourtant, depuis 2005, l’État a accordé environ 2 milliards de Fcfa (3 millions €) de subventions à la production du maïs. Mais selon une enquête de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic), une organisation de la société civile, 62 % de ce montant auraient été détournés. « Certains fonctionnaires du ministère de l’Agriculture ont créé des groupes d’initiative commune (GIC) fictifs pour détourner ces fonds », avait dénoncé Bernard Njonga, président de l’Acdic.

D’après François Djonou, la pénurie s’est accentuée cette année à cause des facteurs climatiques. « Il y a eu un retard des pluies. Par conséquent, le maïs n’a pas pu être récolté à temps », dit-il. Toutefois, le responsable de l’Ipavic espère que les récoltes actuellement en cours, atténueront le manque. Mais, il faudra attendre, estime t-il, la mi-septembre, pour avoir du maïs sec, plus approprié à l’alimentation de la volaille.

Anne Matho  

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