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Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

“Tous les marchés de Yaoundé, pour ne citer que ceux-là, sont inondés de poulets importés”, révèle l’Association citoyenne de défense des Intérêts collectifs (Acdic), une organisation paysanne. Selon elle, 110 tonnes ont été vendues au Cameroun en 2011. Pourtant, suite à la campagne “poulet congelé importé” menée en 2004 par l’organisation paysanne pour sensibiliser les populations sur les effets pervers de ces produits pour la santé, l’Etat camerounais a interdit l’importation de poulets congelés. Commanditées par l’Acdic, des analyses en laboratoire à l’institut Pasteur de Yaoundé, ont révélé que 83,5% des poulets importés vendus sur les marchés camerounais sont impropres à la consommation humaine. Ils sont porteurs de bactéries (salmonelles et campylobacter).

A en croire l’Acdic, ces produits proviennent des pays frontaliers, notamment de la Guinée Equatoriale. L’absence d’une véritable politique pour booster la production nationale en poulet de chair favorise le phénomène. Les aviculteurs camerounais n’arrivent pas à satisfaire la demande à cause des incessantes pénuries de maïs, responsables de la destruction des poussins d’un jour et de la cherté de la provende. Autant de problèmes, qui entraînent la rareté du poulet et l’inflation des prix sur le marché, incitant des opérateurs économiques véreux à importer du poulet congelé, vendu moins chers. Ces produits frauduleux coûtent environ 2.000 Fcfa, contre 2.500 Fcfa au moins pour le poulet local.

Anne Matho

La Tadu Dairy Cooperative Society transforme le lait trait par ses membres. Sur cette photo, Patu Jume Shang, la gérante de la coopérative, exhibe fièrement du beurre et du fromage transformés dans la laiterie.

La Tadu Dairy Coopérative Society, une organisation paysanne du Nord-Ouest, a réussi le pari de mettre sur le marché camerounais des produits laitiers à base du lait de vache trait localement.

La Tadu Dairy Cooperative Society révolutionne le secteur des produits laitiers au Cameroun. Contrairement aux autres entreprises camerounaises de transformation de produits laitiers, la Coopérative a décidé de se passer du lait importé pour transformer sa propre production. Depuis 2009 (date à laquelle elle s’est lancée dans la transformation) l’organisation axe sa production exclusivement sur la collecte du lait trait par ses 517 membres, tous des bergers de Tadu, un village du Nord-Ouest du Cameroun. Pour relever ce pari, il a fallu former les éleveurs aux bonnes pratiques de la traite des vaches. « Au départ, le lait collecté n’était pas de bonne qualité », explique Patu Jume Shang, la gérante de la coopérative. Grâce à ces formations, la structure a pu augmenter la quantité de lait collecté, passée de 50 l en 2009 à 200 l aujourd’hui.

De bonnes perspectives

Fort de ce succès, la Tadu Dairy Cooperative Society voit loin. Elle veut augmenter sa production de plus de 70% avant la fin 2011. Dans 3 ans, la Coopérative souhaite même collecter une quantité de lait frais qui atteindra la capacité maximale des équipements de la laiterie, soit 1500 litres de lait par jour. Pour atteindre cet objectif, l’organisation envisage de se lancer dans la recherche de grossistes qui viendront acheter les produits laitiers dans sa zone de production.  « La plupart de nos clients sont des vendeurs ambulants et des tenants de boutiques qui achètent peu », se désole Patu Jume Shang.

Les produits de la Tadu Dairy Cooperative ont rencontré du succès au Comice agropastoral d’Ebolowa 2011. Sur cette photo, une visiteuse sort du stand de l’organisation avec du lait qu’elle vient d’acheter.

Actuellement, l’organisation assure elle-même la distribution. Cette activité représente une charge de plus qui freine l’augmentation de la production. « Nous ne pouvons pas tout faire en même temps. Nous collectons, nous transformons et nous assurons la distribution. C’est trop de travail. », explique la responsable de la coopérative. Pour ne rien arranger, l’état des routes constitue un frein pour la distribution et pourrait décourager les éventuels distributeurs. En saison des pluies, les routes sont impraticables à Tadu. Généralement, en cette période, la structure se trouve dans l’obligation d’arrêter la production, ce qui cause un manque à gagner. « Non seulement, nous perdons le lait stocké, mais en plus, nous ne satisfaisons pas des commandes » explique Patu.

Rechercher une énergie alternative

Toujours dans l’optique de réaliser ses ambitions, l’organisation paysanne envisage également d’acquérir une source de production d’énergie alternative à l’électricité. Les coupures d’électricité sont très fréquentes à Tadu. La laiterie étant alimentée par l’énergie électrique, elle se trouve alors incapable de produire lorsqu’il y a coupure. Ces délestages qui durent parfois des journées entières freinent la production. Pour résoudre ces désagréments, la coopérative va choisir une autre source d’énergie: au vent, à l’hydrogène ou à l’énergie solaire. Elle va également demander aux producteurs d’agrandir leur bétail. « Plus il y aura de vaches, plus il y aura du lait », explique Patu Jume Shang. Difficile d’atteindre cet objectif. Les éleveurs de Tadu manquent de financement.

La laiterie de la Tadu Dairy Coopérative Society est un don du Ministère de l’élevage, de la pêche et des industries animales (Minader).  Les équipements qui s’élèvent à 80 millions de Fcfa ont été financés grâce aux fonds PPTE 2009 (Pays pauvres très endettés).  Pour le moment les produits de la coopérative ne sont présents que dans les régions du Nord Ouest et du Littoral camerounais. Mais elle compte étendre son marché dans le Centre et le sud-Ouest.

Anne Matho

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