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Les bulldozers s'activent depuis plusieurs mois pour défricher les 3.000 hectares.

Les bulldozers s’activent depuis plusieurs mois pour défricher 3.000 hectares de brousse.

A l’ouest du Cameroun, un projet de culture intensive sur 3 000 hectares prévoit de produire 12 000 tonnes de maïs d’ici trois ans. Objectif : être moins dépendant des matières premières importées et approvisionner les élevages de poulets du pays.

 

Un projet de culture intensive du maïs sur 3.000 hectares, est en cours d’exécution dans la région de l’ouest du Cameroun. “Destiné à l’’élevage du poulet, il permettra notamment de palier les incessantes pénuries du maïs, qui cause des préjudices chaque année à la filière avicole”, explique François Djonou, promoteur d’Agribio (Agriculture biologique) Sarl, l’exploitation de maïs. A Bangangté, la terre qui accueillera cette culture, est encore en train d’être défrichée. Ici, les travaux ont commencé depuis Mars 2012. En témoigne une parcelle de terre parsemée de jeunes pousses et des morceaux d’arbres morts. Elle porte encore des traces de raies de tracteurs, stigmates de la déforestation. “On y a trouvé un boa, il y a une semaine, se souvient le chef de chantier. Les ouvriers se le sont partagés”.

3000 hectares sont défrichés à Bangangté.

François Djonou et son équipe parcourent l’exploitation.

Un jeune ingénieur montre les premiers maïs.

Un jeune ingénieur montre les premiers maïs.

Un peu plus loin, à l’aide de grosses chaînes qui les relient, deux bulldozers, déracinent des arbres, tout en émettant des bruits assourdissants. Même les hautes herbes qu’ils rencontrent au passage, subissent le même sort. “Vous assistez là au défrichage et à la déforestation. Je suis  content, ça avance bien”, se réjouit François Djonou. “Un tracteur de 150 chevaux au moins, munis d’un super extirpateur viendra ramasser racines, herbes et troncs d’arbres. Ensuite, un autre tracteur viendra achever ces travaux, pour préparer les semis”, poursuit-il.

Sur une autre parcelle, un tracteur passe après le labour en pulvérisant des herbicides. “Nous voulons éviter que les herbes ne repoussent à cet endroit, car on va bientôt procéder aux semis”, soutient le promoteur d’Agribio Sarl. Il a fait prélever et envoyer en Afrique du Sud un échantillon des terres pour des analyses en laboratoire qui permettront un ajustement de la fertilisation.

Plusieurs tracteurs travaillent à l'extirpation des racines avant les semis.

Plusieurs tracteurs travaillent à l’extirpation des racines avant les semis.

Des ouvriers lors de la pause.

Des ouvriers lors de la pause.

Deux récoltes par an

La première récolte sera effectuée en saison sèche, entre novembre et décembre “afin que le maïs sèche dans les champs”, explique Djonou. Les tracteurs, huit au total, ont été importés d’Italie. Tout comme les semoirs, les supers extirpateurs et les accessoires.

Les terres acquises par Agribio sont une concession de l’Etat pour une durée limitée (99 ans). Une convention a également été signée entre la structure et les autorités traditionnelles de Bangangté pour leur exploitation. La superficie cultivée pour le moment est de 600 hectares. Le fleuve Noun, situé à 150 mètres, a été déterminant pour le choix du site. “Ce cours d’eau servira pour l’irrigation pendant la petite saison de pluie de mars, car nous comptons produire deux fois par an“, affirme l’entrepreneur agricole. Des semences améliorées d’origine sud africaines, permettront d’obtenir, espère t-il, jusqu’à 8 tonnes de maïs par hectare. La structure récoltera (quand elle exploitera pleinement les 3.000 hectares dans un délai de trois ans) alors jusqu’à 12.000 tonnes de maïs par an pour combler le déficit de la production nationale, qui est de 120.000 tonnes. Au Cameroun, la demande annuelle en maïs est estimée à 1 500 000 tonnes pour une production de 1 380 000 tonnes.

Le fleuve Noun, situé à 150 mètres, a été déterminant pour le choix du site.

Le fleuve Noun, situé à 150 mètres, a été déterminant pour le choix du site.

Des engrais stockés dans l'exploitation agricole.

Des engrais stockés dans l’exploitation agricole.

500 millions Fcfa investis

Pour tirer un plus grand profit du domaine, le maïs sera souvent alterné par le soja et les arachides. Ceci afin d’éviter “la monoculture, qui use le sol et fait baisser le rendement” poursuit François Djonou qui a fait une partie de ses études en Belgique et qui se déplace régulièrement en Europe (il était par exemple récemment au Space de Rennes). L’investissement engagé jusqu’à présent s’élève à 500 millions. L’essentiel de cette somme étant des fonds personnels de l’entrepreneur qui n’a bénéficié qu’en dernier ressort d’un financement de Pro PME, une institution bancaire. Plusieurs paramètres à l’instar de la sécurisation des terres, auraient pu motiver davantage le promoteur de l’exploitation agricole. “Au Cameroun, dit-il, on ne peut pas avoir un titre foncier de plus de 100 hectares. Les concessions de l’Etat, elles, ne permettent pas de louer des terres au-delà de 99 ans. Ce qui n’encourage pas l’investissement à long terme, car on n’a pas l’assurance d’être toujours le propriétaire des lieux au-delà de la durée du contrat”. Autres difficultés, au Cameroun, les structures qui exercent dans le domaine agricole ne sont pas exempts d’impôt. Ce qui pourrait également décourager Agribio. “On nous demandera de payer des taxes parce qu’on est une exploitation de grande taille. Pourtant, à défaut de pouvoir nous subventionner, l’Etat devrait nous dispensés du paiement des impôts”, regrette-t-on à Agribio. Au Cameroun comme ailleurs, chacun voit midi à sa porte.

Anne Matho

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François Djonou dans son exploitation de maïs à Banganté

Il est le prototype même de l’agriculteur qui a réussi. Grâce à l’agriculture, François Djonou est le propriétaire d’une école primaire moderne à Douala. Construit en 2010, l’établissement entièrement carrelé, est équipé de caméras de surveillance et de climatiseurs. Agribio, l’exploitation de maïs de 3.000 hectares qu’il est en train de cultiver à Banganté (Ouest du Cameroun), n’est pas la seule structure agricole qu’il possède. L’homme est également le directeur général de Socavb Sarl, une ferme spécialisée dans la production des poussins d’un jour. Il produit aussi des aliments pour volailles qui rentrent dans la fabrication de la provende. Medivet est une autre de ses entreprises. Elle s’occupe de l’importation et de la distribution des médicaments vétérinaires.

François Djonou parcourt sa propriété (une exploitation agricole de 3.000 hectares pour cultiver le maïs) en voiture.

En tant qu’entrepreneur agricole, François Djonou ne cesse de multiplier les initiatives pour conquérir le marché camerounais. Ce qui lui permet de faire des bénéfices. Toujours à l’affût de l’innovation, il a introduit sur le marché en juin, en collaboration avec la firme hollandaise Hendrix, un aliment complet, qui réduirait selon lui, le taux de maladie et de mortalité des poussins. “La granulométrie du produit, qui correspond à l’âge du poussin, permet une croissance plus rapide. Contrairement aux autres aliments, dont les composants parfois très fins ne sont pas tous consommés par les poussins”, soutient Djonou. Un autre produit vétérinaire a également été importé. En acidifiant le tube digestif, ce médicament protégerait les poulets contre les salmonelloses (principale cause de diarrhée dans les fermes). Il est également utilisé comme désinfectant des canalisations d’eau destinée à la boisson de l’élevage avicole. Comme on le voit, l’entrepreneur camerounais a plusieurs cordes à son arc.

A. MATHO

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