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Les paysans sèchent les grains de café sur des plateformes à Oku.

Les paysans sèchent les grains de café sur des plateformes à Oku.

Vanté comme l’un des meilleurs du Cameroun, le café d’Oku jouit d’une bonne réputation à travers le monde grâce à son arôme. Avec l’embellie des prix, la majorité des 1500 caféiculteurs rajeunissent ou agrandissent leurs plantations. Reportage.

 

La plantation d’Ezechiel Nkwan a fière allure, dans le village Oku, à 125 kilomètres de Bamenda. De jeunes caféiers aux tiges et branches minces s’étendent sur 1 hectare et demi. Ils sont de petite taille et de couleur uniforme. Tout le contraire des arbres qui s’y trouvaient autrefois. “Regardez, indique Ezéchiel en montrant de la main des arbres noirs et teintés de moisissure blanche qui poussent sur une autre parcelle. Ce sont de vieux caféiers qui, il y a deux ans encore, recouvraient entièrement ce champ. Mais à cause de leur faible rendement ils sont progressivement abattus pour être remplacés par de plus jeunes plants”. 

Cette plantation de 2 hectares qui produisait jusqu’à 7 sacs de café par saison quand elle lui a  été léguée par ses parents, n’est plus rentable. “Mes caféiers matures ont  plus de 16 ans, et ne me donnent plus satisfaction. La saison dernière, j’en ai récolté 1 sac et demi seulement. Je veux accroître ma production. C’est pourquoi j’ai décidé de régénérer mon champ en plantant de nouvelles variétés de caféiers à haut rendement ”, explique le producteur.

Comme Ezekiel, la grande majorité des 1500 caféiculteurs d’Oku rajeunissent ou agrandissent depuis sept ans leurs plantations. Conséquence, la production augmente. “Nous avons produit 182 424 tonnes l’année dernière, contre 114 130 tonnes de café en 2010”, se félicite Patrick Ebsy, le président de la Oku Area Cooperative Union, l’organisation paysanne locale qui collecte, traite et vend le café des producteurs de la localité.

Le ministère de l’Agriculture et du développement durable (Minader) a octroyé plusieurs milliers de plants de café arabica à haut rendement à la coopérative. Cette dernière, qui a développé une pépinière, l’a réparti entre ses 14 groupements d’agriculteurs regroupés en Groupes d’initiatives communes (Gic). Ces organisations les distribuent, à leur tour, aux petits producteurs, favorisant ainsi la régénération ou la création de nouvelles plantations.

 

Café flatteur, sucré et fruité…”

L’environnement d’Oku est favorable à la culture du café. Cette denrée tire ses saveurs de la montagne. “C’est de l’arabica cultivé sur les hauteurs du Mont Oku, confie Matthew Ngangwa Mbibe, le directeur de la coopérative. Ce village est situé à 1800 mètres d’altitude”. Le sol de couleur noire est d’origine volcanique. Les plantations sont implantées sur des pentes et des collines. La forêt Kilum-Ijim  et ses grands arbres qui s’étendent sur plusieurs hectares, rafraîchissent l’air.  A Oku, le temps oblige les habitants à porter des vêtements épais. Le café tire également ses saveurs de ce climat, à en croire le directeur de la coopérative : ”A cause du froid, les “cerises” restent plus longtemps sur les arbres avant de mûrir : huit mois ici, contre six pour les autres localités chaudes du Cameroun”.

Ici, le café est une affaire de familles.

Ici, le café est une affaire de familles.

Ces bienfaits de la nature sont complétés par un traitement particulier (fully-washed) du café, propre à l’Arabica (variété cultivée à Oku). “Dans ce village, explique Matthew Ngangwa Mbibe, les producteurs dépulpent le café moins de 3 heures après la cueillette. Les graines sont  ensuite fermentées dans les  24 heures et lavées à l’eau propre avant d’être séchées”. Sous forme de longues tables en bambous, des plateformes sont visibles dans la cour de la majorité des cases. “Les paysans sèchent sur ces surfaces, indique le directeur de la coopérative. Nous leur interdisons de poser le café sur le sol pour éviter qu’il ne s’imprègne de l’odeur de la terre”.

Le café d’Oku jouit d’une bonne réputation comparativement aux autres « cerises » produites au Cameroun. “Nous avons toujours des preneurs. Même lorsqu’il y a du café en abondance sur le marché”, se vante le président de la coopérative. A l’étranger, les spécialistes ne tarissent pas d’éloges. Café flatteur, à la fois sucré et fruité,  le café de Oku développe des notes d’agrumes, de raisin sec, de noisette et de frangipane. Le côté gourmand fait penser à la brioche du petit-déjeuner, commente Lionel Lugat, torréfacteur et juge sensoriel français sur un site web.

 

Embellie du prix du café

Après le séchage, le café est amené dans l’usine de la coopérative qui assure elle-même le traitement final avant de le vendre. Les producteurs bénéficient de formations. “Nous formons nous-mêmes les 31 délégués de nos Gic (Groupes d’initiatives communes), au moins 3 fois par an. Ils vont à leur tour transmettre ces connaissances à leurs collègues qui rencontrent des difficultés dans leurs champs”, explique Patrick Ebsy, le président de l’Oku Area Cooperative Union. Les producteurs participent également à divers séminaires organisés par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (Cicc) et l’Office national du cacao et du café (Oncc). La Oku Community Radio, la radio locale, diffuse des programmes pour éduquer et sensibiliser aux meilleures pratiques.

Des employés de la coopérative vérifient la qualité du café traité

Des employés de la coopérative vérifient la qualité du café traité

A Oku, les producteurs préparent déjà la nouvelle saison. Les caféiers ne portent plus de graines ce week-end de mars. “Elles ont été récoltées mûres, comme nous le leur recommandons”, souligne Patrick Ebsy. Vestiges de la dernière saison, quelques baies vertes ou brunes sont encore accrochées sur les branches. Finies les mauvaises herbes qui entouraient les caféiers. Les plantations sont débroussaillées et nettoyées, comme l’exige la coopérative.

Les producteurs ne s’échinent plus au travail pour rien. Ils sont motivés par l’embellie du prix du café, qui est passé de 500 Fcfa à 700 Fcfa. Les planteurs sont mieux rémunérés depuis que la coopérative est devenue autonome et vend elle-même sa production au plus offrant.

 

Manque de matériel de séchage

La Oku Area Cooperative Union s’est détachée, depuis deux ans, de la North West Cooperative Union (Nwca), une organisation qui regroupe l’ensemble des coopératives de la région du nord-ouest du Cameroun, à cause des problèmes de gestion. “La Nwca qui était chargée de commercialiser notre café, ne nous reversait pas la totalité du prix de vente, à cause des problèmes de gestion. On ne pouvait donc pas mieux payer les producteurs”, explique Patrick Ebsy.

Une partie des revenus a permis de réhabiliter quelques routes en 2010. “Il s’agit des voies qui relient la coopérative à quelques-uns de nos Gic”, indique Matthew Ngangwa Mbibe, le directeur de la coopérative. Il a recruté dix employés de plus pour travailler à l’usine et rechercher de nouveaux clients. Engrais, pesticides, fongicides et autres produits phytosanitaires sont vendus par l’organisation paysanne à bas prix (parfois moitié moins que ceux pratiqués sur le marché), grâce à des subventions octroyées par l’Etat.

Tout n’est pourtant pas rose dans le ciel des agriculteurs d’Oku. La pratique du dépulpage, par exemple, n’est pas aisée. “Les paysans ne sont pas tous propriétaires de machines adaptées pour cette tâche, déplore le directeur.  Ils les empruntent très souvent  et  sont souvent dans l’incapacité de dépulper le café dans les délais  recommandés pour stopper la fermentation des grains”.

Autres problèmes rencontrés par les producteurs, le manque de matériel de séchage. “Faute d’argent pour acheter des bâches afin de recouvrir les plateformes pour sécher, les producteurs sont obligés d’utiliser des bambous, qui pourrissent sous l’action de la pluie. Ils sont donc obligés d’en confectionner de nouvelles  chaque année”, conclut-il.

Anne Matho

Interview

Mr. Gérard Ngubi Mkong

Mr. Gérard Ngubi Mkong

Gérard Ngubi Mkong, chef d’agence à l’ONCC

“Un très bon café, mais…”

Gérard Ngubi Mkong, chef d’agence à l’Office national du cacao et du café (Oncc) vante la spécificité du café d’Oku, tout en souhaitant plus d’homogénéité dans la qualité de la production.

Afrique Agriculture : Que pensez-vous du café de Oku ?

Gérard Ngubi Mkong : C’est un très bon café, mais la qualité n’est pas homogène. Ici à Oku, chaque producteur fait le premier traitement de son café à savoir le dépulpage, le lavage, la fermentation et le séchage, avant de l’amener à l’usine. Cela implique que chaque producteur apporte sa qualité à lui. Quand on met toute cette production ensemble, la qualité n’est pas homogène. Ce problème ne peut être résolu que si la Coopérative acquiert une station de lavage “fully washing”. Or, pour l’instant la coopérative n’a pas des fonds pour acquérir une telle machine.

Dommage, car avec cette technologie, le traitement du café est centralisé. Ce qui fait que la qualité est homogène. Après la cueillette, les producteurs apportent directement les cerises fraîches à la station de lavage, qui pratique le dépulpage, le lavage, la fermentation et le séchage du café. Si vous observez le café séché ici, dans l’usine de la Oku area Cooperative Union, vous verrez qu’il y a certaines graines plus sombres, plus brunes. Cela indique que le producteur a gardé son café plusieurs heures avant de dépulper. Alors que pour avoir une bonne qualité, on doit dépulper immédiatement après la cueillette. Au-delà, la fermentation va commencer. Ce qui affecte la qualité du café.

 

Quand les paysans sèchent eux-mêmes leur production, cela affecte-t-il la qualité ?

Ils ont une plateforme pour sécher dans l’usine de la coopérative. Ce qui est une bonne chose. Mais, dans la mesure où chaque producteur sèche avant d’apporter son café ici, on ne sait pas s’ils sèchent à même le sol ou pas. Or, en séchant au sol, le café prend le goût de la poussière. Seule certitude, dans certains villages, les producteurs sèchent très bien. Mais on ne peut pas exclure que certains producteurs sèchent à même le sol même s’il y a une éducation pour limiter ce problème. A noter qu’il y a aussi un projet mené par l’entreprise exportatrice Olam pour former les producteurs sur la conduite à tenir dans les champs.

Croyez-vous en l’avenir du café de Oku ?

La qualité intrinsèque du café d’Oku est très bonne. Donc, oui, je crois en l’avenir de ce café. Les cafés qui viennent d’altitude élevée ont des caractéristiques qui sont très appréciées des consommateurs. La coopérative de Oku vend son café à un opérateur qui prend soin de le traiter et le conserver  séparément. Cet opérateur le vend sous le label “café de Oku”, y compris à l’export. C’est un marché de niches pour les cafés de qualité supérieure. Le label est un plus. Avant, ce café était traité avec les autres productions de la NWCA (l’Union des coopératives du nord-ouest du Cameroun). Ce qui n’apportait aucune valeur ajoutée.

Propos recueillis par Anne Matho

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Un producteur de café à l'ouest du Cameroun.Subventions, remise en culture des caféières abandonnées, acquisition de matériels pour la collecte et la production du café… Depuis 2002, plusieurs initiatives boostent la production dans l’Ouest du Cameroun. Résultat : environ 5.000 tonnes de café arabica ont été produites l’année dernière, contre 4.000 tonnes en 2011.

Progressivement, la filière café de l’ouest du Cameroun se remet de la crise économique des années 1990. Cette dernière avait engendré une chute drastique de la production de plus de 80%, suite au désengagement de l’Etat des activités de production et d’appui financier aux organisations paysannes. Cette période n’est plus qu’un mauvais souvenir. L’année dernière, la récolte s’élèvait à 5.000 tonnes, contre 4.000 tonnes en 2011.

Un plan de relance

Cette performance est en partie due au plan national de relance de la filière café, initié par le gouvernement depuis 2002. “Ce programme a permis à l’Uccao (Union centrale des sociétés Coopératives agricoles de l’Ouest) d’obtenir des subventions pour travailler dans l’intérêt de ses six coopératives partenaires”, explique Jean Feugueng, le directeur des activités agricoles et coopératives à l’Uccao.  Cette organisation collecte et exporte la production de café des six coopératives agricoles de l’Ouest du Cameroun, sous forme moulue ou brute. En 2007 par exemple, une convention signée avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), a permis à l’Uccao de financer la production de plants qui sont mis gratuitement à la disposition des 110.000 producteurs membres des coopératives.

Une pépinière de caféiers à Bafoussam.

La structure a également distribué aux coopératives 1145 tonnes d’engrais l’an dernier. “Ce que la structure n’avait plus fait ces quinze dernières années”, soutient le directeur. Cette année 2.500 tonnes seront également réparties entre les organisations paysannes.

Encouragés par l’Uccao et ses partenaires et par la hausse des prix du café sur le marché international, les paysans ont planté des caféiers. Ils avaient abandonné cette culture pour se lancer dans les productions vivrières, suite à la chute des prix sur le marché international pendant la crise économique des années 90. De même, les caféières délaissées reprennent vie. Les effets de cette reprise se font déjà ressentir. « La superficie de café, cultivée à l’Ouest du Cameroun, croît de 90 hectares chaque année depuis 2009 », explique Jean Feugueng. Cette augmentation s’est fait ressentir sur la production, qui a également grimpé de 35%.

Innovations profitables

Suite à une décision du conseil d’administration de l’Uccao prise en 2008, la structure équipe les coopératives agricoles d’unités de traitement du café nature en café lavé « fully washed ». A Bafang, Dschang, Santchou et Bafoussam, les coopératives en ont bénéficié. Dépulpage, lavage et séchage du café ne sont plus pratiqués par les agriculteurs adhérents de ces organisations. Ces tâches sont à présent effectuées par les machines de fully washed. Une technologie payante aussi pour l’Uccao qui obtient un café haut de gamme, très coûteux et prisé sur le marché international. “La différence de prix entre un café nature et un café fully washed est de 20 à 30 %”, signale le responsable de l’Uccao.

La structure fournit aux coopératives des pick-up pour le ramassage du café dans les villages. A présent, les paysans bénéficiaires ne dépensent plus en frais de transport pour aller livrer leurs produits. Ils font des économies et peuvent investir dans d’autres secteurs d’activités. “En accord avec les producteurs, nous arrêtons un calendrier pour venir collecter leur récolte chez eux”, explique Feugueng. Là encore, l’organisation y trouve un avantage certain dans la mesure où elle collecte plus de café. “Des coxeurs (acheteurs non agréés de café) sillonnent les villages pour acheter, à vil prix, la production des villageois. Grâce à nos véhicules, nous nous rendons sur le terrain avant eux et collectons un maximum de café avant leur arrivée”, explique-t-on à l’Uccao. Tous ces efforts en faveur des producteurs ont contribué à accroître la production.

Anne Matho

(Syfia Cameroun) Regroupés en associations, les producteurs de café procèdent désormais à des ventes groupées de leur production. Soutenue par l’État et des bailleurs de fonds, l’initiative commence à porter ses fruits.

L’histoire du café camerounais n’est pas un long fleuve tranquille. Les planteurs camerounais aperçoivent enfin le bout du tunnel après les années sombres qui ont suivi la chute des cours mondiaux il y a une vingtaine d’années. La remontée des prix depuis 2004 a redynamisé cette filière et poussé les producteurs à s’organiser pour mieux tirer profit de cette embellie. À la Bourse de Londres, le café Robusta, variété la plus cultivée au Cameroun, atteint aujourd’hui 2 286 $ la tonne (près de 1 500 €) soit 1,5 € le kilo alors qu’il avait plongé jusqu’à 0,30 € au début de cette décennie.

Melong, arrondissement de la région du Moungo, et grand bassin de production de café, retrouve peu à peu le sourire. Les cours, cimentées et bordées de parpaings pour la plupart, servent de séchoir à café. De vieilles voitures hors d’usage garées devant quelques cases témoignent d’un passé glorieux. Depuis trois ans qu’ils se sont regroupés pour vendre leur café, les planteurs de cette région, à 230 km au nord de Douala, vivent mieux. « Nous nous sommes rendu compte que les coxeurs (acheteurs ambulants et non agréés de café, Ndlr) nous trompaient beaucoup dans la mesure où c’est eux qui fixaient le prix d’achat et proposaient l’unité de mesure », explique David Tiako, planteur et président de la Fédération des unions des GIC et coopératives de Melong.

 

Les séquelles de la libéralisation

Les membres de cette organisation de producteurs stockent leur café dans trois magasins et l’acheminent ensuite à trois usines de décorticage où il est pesé soigneusement et payé au kilogramme. Une stratégie qui leur permet de gagner plus qu’en vendant directement aux coxeurs. Ces intermédiaires sont nés après la libéralisation de l’économie à partir de 1994 et le démantèlement de l’Office de commercialisation des produits de base, qui contrôlait toute la filière.

« Le gouvernement et les bailleurs de fonds n’apportent du soutien qu’à des groupes organisés et identifiables », rappelle David Tiako. Dans la province du Sud-Ouest, les caféiculteurs prenant exemple sur les cacaoculteurs qui se sont regroupés, encouragés, eux aussi, par les bailleurs et le gouvernement. Dans l’arrondissement de Konye, les planteurs réunis au sein de la Konye Famers Cooperative (KOFACO) arrivent ainsi à tirer un meilleur prix de leur café. « Présentement, les coxeurs achètent le kilo de café à des planteurs individuels à 560 Fcfa (0,85 €), mais nous autres regroupés au sein de la KOFACO et qui disposons au final de très grandes quantités le négocions à 810 Fcfa (1,23 €) avec les industriels », se félicite Ndedi Bau Akama, membre de cette coopérative et président de l’association des producteurs professionnels du Sud-Ouest. « Notre principal objectif en cette année, rappelle-t-il, est de sensibiliser les producteurs de toute la région à se mettre ensemble et à céder désormais leurs produits à travers des ventes groupées qui sont plus rentables. »

Beaucoup reste à faire, toutefois, pour convaincre tous les planteurs, surtout les petits, d’adhérer à ce système de ventes groupées « Je ne suis pas concerné par les variations des prix. Je vends généralement mon café aux coxeurs avant même de l’avoir récolté », se résigne Pierre Kemegne, un aide soignant à la retraite sans pension et qui ne survit plus que de sa plantation depuis environ dix ans. Beaucoup gardent la nostalgie du temps d’avant la libéralisation. « Les propriétaires d’usines à café nous prenaient les récoltes et nous les payaient à un prix homologué par le gouvernement », se souvient Nono Corbeau, un planteur. En plus, les producteurs bénéficiaient de nombreux avantages : engrais subventionnés et ristournes reversées chaque année à tous, par exemple.

 

Des planteurs mieux informés

Aujourd’hui, afin de permettre aux planteurs de vivre de leur travail, le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) diffuse dans les médias les prix bord champ qui tiennent compte de la marge bénéficiaire des intermédiaires, les prix Free on board (FOB) qui représentent le prix du kilo au départ du port de Douala et les prix CAF c’est-à-dire la valeur du kilogramme de café sur le marché international pendant les campagnes caféières. Mais, non scolarisés pour la plupart, les paysans n’ont généralement pas accès à ces informations ou ne savent pas les interpréter.

Par ailleurs, l’État et des Ong comme la Catholic organisation for relief and développement, basée en Hollande, ont favorisé la création de marchés périodiques où se rencontrent sans intermédiaires les producteurs et leurs clients. Leur café est ici acheté à bon prix à condition qu’il soit d’excellente qualité.

Toutes ces initiatives vont certes dans le bon sens, mais elles sont encore loin d’avoir permis au café camerounais de rattraper son retard. En 2007, la production a été de 47 000 t, bien loin des 120 000 t qu’elle atteignait dans les années 1980.

 

ENCADRE

 

Profession : coxeur

 

(Syfia Cameroun) Chasseurs de cerises à bon prix, les coxeurs, acheteurs non agréés de café, prêtent de l’argent aux producteurs en échange d’un certain volume de café de la récolte à venir. Quatre à cinq mois avant la récolte, juste après la floraison, ces intermédiaires proposent 9 à 10 000 Fcfa (13 à 15 €) pour 50 kg de café, soit 200 Fcfa/kg. Ce prix remonte progressivement au cours de la campagne pour approcher les 13 000 Fcfa (19 €) en décembre, quand les premiers grains séchés entrent en usine.

« Nous prenons des risques énormes, justifie Marcel Nguenang, un de ces acheteurs, car, au moment où nous leur faisons ces prêts, nous n’avons aucune assurance que le café atteindra même ce prix sur le marché international quand nous choisirons à notre tour de le vendre. » Constitués en petits groupes, les coxeurs suivent l’évolution des prix sur le marché international et relèvent les prix d’achat aux producteurs tout en veillant à conserver de bonnes marges.

Charles Nforgang

 

Source: syfia.info

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