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L'Oncc a favorisé le déploiement de conseillers agricoles sur le terrain pour encadrer les planteurs.

Au Cameroun, la production cacaoyère a augmenté de près de 28 000 tonnes au cours de la campagne 2010-2011. L’intervention des pouvoirs publics a largement contribué à cette hausse.

La filière cacao se porte bien. Selon l’Office national du cacao-café (Oncc) la production commercialisée a atteint son plus grand score depuis plus de 2 saisons, soit environ 218 702 tonnes au cours de la dernière saison (2010-2011) contre 190 871 tonnes en 2009/2010 et 205 032 tonnes en 2008/2009. Ce résultat est la conséquence d’un plan de relance de la filière cacao-café mis en place par les pouvoirs publics depuis 2004. Objectifs du projet : «promouvoir la marque Cameroun, optimiser la récolte, sécuriser les revenus des producteurs, multiplier les plants et produire des intrants», apprend-t-on à l’Oncc. Dans cette optique, de nombreux acteurs publics se sont déployés dans les différentes zones de production.

La Société de développement du cacao (Sodecao), organisme public qui encadre les planteurs, a lancé depuis 2006 un programme de production et de distribution de plants améliorés. Le but étant d’en fournir 6 millions par an, soit la quantité nécessaire pour créer 5 000 ha de nouvelles exploitations modernes. Ce projet a permis de régénérer les vergers cacaoyers (d’une superficie estimée à 400 000 ha), près de la moitié des plantations camerounaises ayant plus de quarante ans. La mise à la disposition des organisations de producteurs  du matériel végétal amélioré ainsi que des intrants nécessaires au traitement du verger, a aussi été l’élément déclencheur de l’engouement des cacaoculteurs pour la création de nouvelles plantations.

Pour sa part, de concert avec les pouvoirs publics, l’Oncc a multiplié des actions de sensibilisation auprès des populations rurales pour l’extension des exploitations agricoles et l’entretien du verger existant. Conséquence, «les populations qui avaient abandonné les cacaoyères, sont retournés dans les champs », d’après l’Oncc.

Des agriculteurs encadrés

Des initiatives visant à assurer un meilleur encadrement des agriculteurs sur de bonnes pratiques culturales se sont accrues. Elles varient d’un organisme à l’autre. En plus d’organiser des séminaires de formation, l’office a par exemple favorisé le déploiement de conseillers agricoles sur le terrain pour encadrer les planteurs

Autres facteurs ayant contribué à booster la production des cacaoculteurs, le prix moyen du kilogramme du cacao sur le marché national. Il a presque doublé dans certaines régions du pays notamment à l’Est, allant de 575 Fcfa en 2008/2009 à 1075 Fcfa à partir de 2009/2010. Dans ces zones, les mécanismes de ventes groupées, et une meilleure organisation des marchés périodiques ont largement contribué à cette embellie des prix. « Ces 2 initiatives ont permis de limiter les ventes aux coxeurs, des acheteurs non agréés qui achètent les produits à un coût bas aux cacaoculteurs pour les revendre», explique l’Oncc.

N’eût été le mauvais état des routes dans certains villages et le coût des transports, la production camerounaise aurait été plus importante. «A cause de ces contraintes, de nombreux producteurs dans les zones reculées préfèrent vendre dans les pays voisins », apprend-t-on à l’Oncc. Ces problèmes n’entame en rien la détermination qui gouvernement, qui a arrêté, à travers le Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (Minader) une stratégie de développement de la filière visant à atteindre une production de 350.000 tonnes à l’horizon 2015.  

Anne Matho

(Syfia Cameroun) Regroupés en associations, les producteurs de café procèdent désormais à des ventes groupées de leur production. Soutenue par l’État et des bailleurs de fonds, l’initiative commence à porter ses fruits.

L’histoire du café camerounais n’est pas un long fleuve tranquille. Les planteurs camerounais aperçoivent enfin le bout du tunnel après les années sombres qui ont suivi la chute des cours mondiaux il y a une vingtaine d’années. La remontée des prix depuis 2004 a redynamisé cette filière et poussé les producteurs à s’organiser pour mieux tirer profit de cette embellie. À la Bourse de Londres, le café Robusta, variété la plus cultivée au Cameroun, atteint aujourd’hui 2 286 $ la tonne (près de 1 500 €) soit 1,5 € le kilo alors qu’il avait plongé jusqu’à 0,30 € au début de cette décennie.

Melong, arrondissement de la région du Moungo, et grand bassin de production de café, retrouve peu à peu le sourire. Les cours, cimentées et bordées de parpaings pour la plupart, servent de séchoir à café. De vieilles voitures hors d’usage garées devant quelques cases témoignent d’un passé glorieux. Depuis trois ans qu’ils se sont regroupés pour vendre leur café, les planteurs de cette région, à 230 km au nord de Douala, vivent mieux. « Nous nous sommes rendu compte que les coxeurs (acheteurs ambulants et non agréés de café, Ndlr) nous trompaient beaucoup dans la mesure où c’est eux qui fixaient le prix d’achat et proposaient l’unité de mesure », explique David Tiako, planteur et président de la Fédération des unions des GIC et coopératives de Melong.

 

Les séquelles de la libéralisation

Les membres de cette organisation de producteurs stockent leur café dans trois magasins et l’acheminent ensuite à trois usines de décorticage où il est pesé soigneusement et payé au kilogramme. Une stratégie qui leur permet de gagner plus qu’en vendant directement aux coxeurs. Ces intermédiaires sont nés après la libéralisation de l’économie à partir de 1994 et le démantèlement de l’Office de commercialisation des produits de base, qui contrôlait toute la filière.

« Le gouvernement et les bailleurs de fonds n’apportent du soutien qu’à des groupes organisés et identifiables », rappelle David Tiako. Dans la province du Sud-Ouest, les caféiculteurs prenant exemple sur les cacaoculteurs qui se sont regroupés, encouragés, eux aussi, par les bailleurs et le gouvernement. Dans l’arrondissement de Konye, les planteurs réunis au sein de la Konye Famers Cooperative (KOFACO) arrivent ainsi à tirer un meilleur prix de leur café. « Présentement, les coxeurs achètent le kilo de café à des planteurs individuels à 560 Fcfa (0,85 €), mais nous autres regroupés au sein de la KOFACO et qui disposons au final de très grandes quantités le négocions à 810 Fcfa (1,23 €) avec les industriels », se félicite Ndedi Bau Akama, membre de cette coopérative et président de l’association des producteurs professionnels du Sud-Ouest. « Notre principal objectif en cette année, rappelle-t-il, est de sensibiliser les producteurs de toute la région à se mettre ensemble et à céder désormais leurs produits à travers des ventes groupées qui sont plus rentables. »

Beaucoup reste à faire, toutefois, pour convaincre tous les planteurs, surtout les petits, d’adhérer à ce système de ventes groupées « Je ne suis pas concerné par les variations des prix. Je vends généralement mon café aux coxeurs avant même de l’avoir récolté », se résigne Pierre Kemegne, un aide soignant à la retraite sans pension et qui ne survit plus que de sa plantation depuis environ dix ans. Beaucoup gardent la nostalgie du temps d’avant la libéralisation. « Les propriétaires d’usines à café nous prenaient les récoltes et nous les payaient à un prix homologué par le gouvernement », se souvient Nono Corbeau, un planteur. En plus, les producteurs bénéficiaient de nombreux avantages : engrais subventionnés et ristournes reversées chaque année à tous, par exemple.

 

Des planteurs mieux informés

Aujourd’hui, afin de permettre aux planteurs de vivre de leur travail, le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) diffuse dans les médias les prix bord champ qui tiennent compte de la marge bénéficiaire des intermédiaires, les prix Free on board (FOB) qui représentent le prix du kilo au départ du port de Douala et les prix CAF c’est-à-dire la valeur du kilogramme de café sur le marché international pendant les campagnes caféières. Mais, non scolarisés pour la plupart, les paysans n’ont généralement pas accès à ces informations ou ne savent pas les interpréter.

Par ailleurs, l’État et des Ong comme la Catholic organisation for relief and développement, basée en Hollande, ont favorisé la création de marchés périodiques où se rencontrent sans intermédiaires les producteurs et leurs clients. Leur café est ici acheté à bon prix à condition qu’il soit d’excellente qualité.

Toutes ces initiatives vont certes dans le bon sens, mais elles sont encore loin d’avoir permis au café camerounais de rattraper son retard. En 2007, la production a été de 47 000 t, bien loin des 120 000 t qu’elle atteignait dans les années 1980.

 

ENCADRE

 

Profession : coxeur

 

(Syfia Cameroun) Chasseurs de cerises à bon prix, les coxeurs, acheteurs non agréés de café, prêtent de l’argent aux producteurs en échange d’un certain volume de café de la récolte à venir. Quatre à cinq mois avant la récolte, juste après la floraison, ces intermédiaires proposent 9 à 10 000 Fcfa (13 à 15 €) pour 50 kg de café, soit 200 Fcfa/kg. Ce prix remonte progressivement au cours de la campagne pour approcher les 13 000 Fcfa (19 €) en décembre, quand les premiers grains séchés entrent en usine.

« Nous prenons des risques énormes, justifie Marcel Nguenang, un de ces acheteurs, car, au moment où nous leur faisons ces prêts, nous n’avons aucune assurance que le café atteindra même ce prix sur le marché international quand nous choisirons à notre tour de le vendre. » Constitués en petits groupes, les coxeurs suivent l’évolution des prix sur le marché international et relèvent les prix d’achat aux producteurs tout en veillant à conserver de bonnes marges.

Charles Nforgang

 

Source: syfia.info

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