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Depuis 2004, la culture du Brachiaria, un fourrage,  permet aux éleveurs de bovins du Nord Cameroun, région sahélienne, de réduire les pertes de bétail liées au nomadisme en saison sèche et de faire des économies.

La saison sèche est désormais moins contraignante pour les éleveurs du Nord Cameroun. Grâce à la culture du Brachiaria, une plante fourragère, la transhumance est réduite. Plus encore, certains éleveurs ont complètement abandonné cette pratique. « Avant, on parcourait jusqu’à 300 km à pieds pour trouver des pâturages pour notre cheptel. Maintenant, nous élevons  sur place au village »,  explique Mamoudou Serno, délégué d’un Groupe d’initiative commune (Gic). Les 18 membres de ce GIC, situé dans l’Adamaoua, région nord du Cameroun, sont devenus sédentaires grâce à la culture du Brachiaria sur 16 hectares. Du coup, les risques liés au nomadisme ont été réduits, comme par exemple, les conflits fonciers sanglants qui opposent régulièrement  des éleveurs de bovins aux agriculteurs au Nord du Cameroun.

La plante fourragère offre plus d’avantages. Elle permet aux éleveurs d’engraisser leurs bovins. Depuis que les éleveurs du Gic Le paysan du Mbéré dans le Nord ont commencé la culture de cette plante, les bœufs adultes mâles peuvent peser jusqu’à 800 kilos, contre 500 kilos avant. Quant aux vaches, elles ont un poids pouvant atteindre 500 kilos, contre 400 kilos auparavant. « Le Brachiaria engraisse mieux » constate Mamoudou Serno, le délégué du Gic.

Réduire les pertes

Autres conséquences de la culture du Brachiaria, la réduction des pertes de bovins dus au nomadisme. « Quand j’allais en transhumance, mes bœufs mourraient, attaqués par des fauves et des serpents. Certains s’égaraient, et d’autres étaient grièvement blessés par les roches de la falaise », témoigne Amadou Tidiane, éleveur dans le département du Mayo Banou dans le Nord. Depuis 2008 (date à laquelle celui-ci  s’est lancé dans la culture fourragère), il a pu réduire en moyenne de 90%, les pertes d’animaux dues au nomadisme. Cependant, Amadou continue d’aller en transhumance. Malheureusement, ses 3 hectares de fourrage ne lui permettent pas de garder plus de 35 taureaux et vaches au village. Mais aujourd’hui, il ne parcourt que 200 km, contre près de 700 km avant la culture du Bracharia. En transhumance, les cheptels sont également exposés au vol.

La plante fourragère permet aux éleveurs de faire des économies. Pour l’alimentation de ses 35 taureaux et vaches, Amadou Tidiane achète 20 sacs de tourteaux à raison de 11 000 Fcfa le sac. Cette quantité d’aliment n’assure la nutrition de ses 35 animaux que pour 2 jours. En revanche, avec la culture du Brachiaria, il récolte du foin pour tenir toute la saison sèche à un coût moindre.

Selon des expériences de l’Institut de recherche pour le Développement (IRAD), la culture du Brachiaria peut permettre d’obtenir jusqu’à 20 tonnes de fourrage à l’hectare. Dans le cadre du projet « Microlivestock as food and feed in semi-urban Farming systems », un groupe de chercheurs international a relevé que « la culture du Brachiaria fournit les plus hauts rendements ». Ils expliquent cette performance par l’aptitude de cette plante à couvrir uniformément le sol, donc à occuper tout l’espace qui lui est dévolu.

Hausse des revenus

Les éleveurs revendent les graines issues du Brachiaria comme des semences pour accroître leurs revenus. Pour 1 hectare de Brachiaria cultivé, Amadou Tidiane récolte 250 kg de graines qu’il revend à 3000 Fcfa le kilogramme. Il a ainsi pu réalisé pendant la dernière récolte un bénéfice de plus de 2000 000 Fcfa.

La culture du Brachiaria est vulgarisée au Nord du Cameroun par l’Association pour la promotion de l’élevage au Sahel et en Savane (APESS). Cette organisation qui est également présente en Afrique de l’Ouest conduit à travers son bureau régional de Garoua, des activités d’accompagnement des coopératives, unions et GIC d’éleveurs au Cameroun.

Anne Matho

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