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Des femmes en train de presser des noix de palme

(Syfia Cameroun) Au Cameroun, les palmeraies du groupe français Bolloré s’étendent pour combler le déficit d’huile de palme. Mais aussi pour produire des biocarburants. Un projet critiqué par la société civile qui y voit une menace de plus contre la sécurité alimentaire.

Dans les plantations de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm), à Mbambou (environ 70 km au sud-est de Douala), une pépinière de plants de palmiers à huile s’étend sur près d’un hectare. « Ces milliers de jeunes plants seront mis en terre au début de l’année 2009 sur les nouvelles terres récemment aménagées », indique Jonas Sepnop, un employé de cette ex-société d’État, rachetée en 2000 par la société belge Socfinco, liée au groupe français Bolloré. Non loin de là, les travaux de construction d’une nouvelle usine de transformation d’huile de palme avancent. « C’est pour répondre à la pénurie d’huile », lâche simplement Cyprien Mbondié, le directeur commercial.
Le Cameroun, pourtant plus gros producteur d’huile de palme de la région (200 000 t en 2007), doit en importer d’Asie à des prix de plus en plus élevés avec la hausse des cours mondiaux : environ 50 000 t cette année pour combler le déficit de production dû au vieillissement des plantations et à une pluviométrie insuffisante. Résultat, en deux ans, le prix de vente au détail a presque doublé, atteignant 600 à 800 Fcfa le litre (0,90 à 1,21 €). L’huile de palme est utilisée dans la plupart des recettes de cuisine et par les savonneries. Mais, depuis 2005, la Socapalm l’utilise aussi pour produire du biocarburant. À la Direction générale, à Douala, on se refuse à confirmer l’existence de ce projet qui absorberait une partie de la production au détriment de la consommation des ménages. Un secret de polichinelle, car, glisse sous anonymat un employé, « les travaux sur la production de biodiesel à partir de l’huile de palme sont conduits dans notre usine de Kienké, vers Kribi ».

Contre les biocarburants
Jean-Marie Libert, d’ailleurs responsable du projet biocarburant de la Socapalm, avait été clair lors d’une conférence internationale sur les biocarburants qui a réuni au Burkina Faso, en 2007, des experts techniques, des décideurs politiques et économiques et des Ongs : « Nous voulons explorer les différentes pistes que peuvent offrir l’huile de palme et ses dérivés comme sources énergétiques, et y impliquer les pays africains en les amenant à jouer un rôle dans l’élaboration des produits offrant une alternative écologique et économique au gasoil. » Il avait même révélé qu’à l’instar de la Socapalm, la Safacam et la Ferme suisse, qui appartiennent au groupe Bolloré, expérimentaient, elles aussi, la production de biodiesel. Ces trois sociétés (sur cinq au Cameroun) assurent, à elles seules, environ 80 % de la production nationale d’huile de palme sur 40 000 ha.
Faire tourner des moteurs avec une huile qui pourrait utilement servir dans la cuisine suscite des réactions. « On ne peut pas comprendre qu’on parle de produire des biocarburants avec de l’huile de palme au moment où la consommation du pays est déficitaire », s’insurge Bernard Njonga, président de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC). Nous sommes totalement contre ces biocarburants puisqu’ils concurrencent les produits alimentaires. » Un tel projet, argumente-t-il, signifie étendre les surfaces cultivées au détriment des cultures vivrières. « N’oubliez pas, met-il en garde, que les émeutes de février dernier avaient également pour origine la production des agrocarburants à l’étranger au détriment des denrées alimentaires ». Les manifestations contre la vie chère avaient fait des dizaines de morts au Cameroun et paralysé le pays pendant 5 jours.

Protestations villageoises
Localement, le développement des plantations de palmier à huile suscite aussi des oppositions. À Mbambou, les riverains ont protesté, il y a quelques mois, contre l’occupation de 7 500 ha de terres que l’État a rétrocédées à la Socapalm pour étendre ses palmeraies. Ils estiment que ces terres leur appartiennent et qu’ils ont donc le droit de les cultiver. Mais faute de disposer de titres fonciers en bonne et due forme, leurs revendications n’aboutissent pas. Les autorités administratives de la localité leur ont signifié qu’ils n’avaient aucun droit à faire valoir sur ces terres, mais que la société leur réservera des espaces pour les cultures vivrières. Mêmes récriminations dans l’arrondissement de Dibombari (25 km à l’ouest de Douala), où se trouvent les plus grandes plantations de la Socapalm. « Lors des réunions avec les responsables, nous avons demandé 500 ha pour cultiver et les chefs de Mbonjo 125 ha. Nous n’avons rien eu jusqu’ici », se plaint Isaac Mondo, chef du village Bomono. Ici, le palmier à huile est omniprésent depuis une quinzaine d’années et les paysans sont régulièrement traînés devant les tribunaux par la Socapalm pour occupation illégale des terres ou vol de noix de palme. Les riverains des autres sites de la société (à Mbongo, Eseka ou Kienke) sont en proie à la même insécurité foncière.
Face à ces problèmes et au développement des biocarburants, en général, l’attitude des autorités oscille. Paul Biya, le président camerounais, dans son message de fin d’année dernière, avait déclaré ne voir « que des avantages à ce que le Cameroun étudie la possibilité de développer la production des biocarburants à partir de certaines productions agricoles résiduelles (comme les résidus de la canne à sucre, Ndlr) ». Cette onction politique a été aussitôt suivie de la venue du Français Charles Million, directeur de Agro Energie Développement (AED), avec un projet de production de biodiesel à partir de jatropha, mais aussi de tournesol dont l’huile est comestible. Badel Ndanga Ndinga, ministre de l’Industrie, lui, est allé plus loin en encourageant AED à entreprendre aussi des recherches sur d’autres plantes comme… l’huile de palme.
Source : http://www.syfia.info

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