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Catherine ASHTON, High Representative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy.

Catherine ASHTON, High Representative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy.

Les pays d’Afrique de l’Ouest vont perdre 11,9 milliards d’Euros de taxes sur les produits importés si le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’union européenne signe l’accord de partenariats économiques (APE) aujourd’hui à Bruxelles.

Un collectif regroupant le Comité français pour la solidarité internationale, SOS Faim, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (Roppa) et de nombreuses autres organisations de la société civile d’Afrique et d’Europe, s’oppose à la signature de l’accord de partenariats économiques (APE) par le Conseil des ministres des affaires étrangères européennes. Il s’agit d’un texte de libre échange entre l’Union européenne (UE) et les pays de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedao), qui sera soumis aux diplomates aujourd’hui à Bruxelles. L’accord vise à supprimer 75% de droits de douanes sur les importations venant de l’Union européenne. Ce qui provoque l’indignation des organisations de la société civile des deux continents. « Les états de la Cedeao ont tout à y perdre car ils ne pourraient plus continuer à taxer les 11,9 milliards d’Euros de produits importés de l’UE en 2013 si l’APE était signé, puis ratifié. D’où des pertes budgétaires qui ne pourront être compensées », plaide le collectif. La contrepartie proposée par l’occident est dérisoire à l’en croire : « L’UE au lieu d’offrir un financement additionnel au Fond européen de développement existant veut plutôt « un recyclage » marginal d’autres fonds communautaires déjà programmés ».

Une Concurrence européenne déloyale

Les organisations de la société civile croient savoir que l’agriculture paysanne et vivrière de l’Afrique de l’Ouest sera affectée par cet accord. Tout comme la souveraineté alimentaire et tous les projets actuels de transformation locale et de développement de l’industrie régionale. «Ces secteurs seront frappés de plein fouet par une concurrence européenne déloyale (l’Agriculture européenne étant subventionnés contrairement à celle d’Afrique), destructrices d’emplois et par une dépendance accrue vis-à-vis des cours des marchés mondiaux », préviennent-elles, tout en mettant en garde contre les effets collatéraux. L’Europe s’expose au risque de faire face dans les prochaines années à une augmentation de l’immigration africaine. Car, « Cet accord renforcera une migration massive de populations privées d’avenir dans leur pays, dans un contexte où la population d’Afrique de l’ouest fera plus que doubler d’ici 2050 ; atteignant 807 millions d’habitants (contre 526 millions pour l’UE à la même date)». L’accord pourra également affecter l’économie européenne. «Il encouragera l’importation par l’UE de matières premières brutes plutôt que la réduction des bilans matières de la production européenne », s’insurge la société civile. Considérant ces problèmes, le collectif invite le conseil de l’Union européenne à ne pas signer l’APE et à exiger des études d’impacts indépendantes. Anne Matho

Manifestation de protestation contre les APE au Cameroun. Crédit photo: Acdic

Manifestation de protestation contre les APE au Cameroun. Crédit photo: Acdic

Paupérisation des éleveurs, découragement des investisseurs non européens, baisse de la production et de la consommation des produits locaux au profit de ceux importés d’Europe…sont autant de conséquences que les producteurs d’Afrique de l’ouest craignent depuis la signature des APE en juillet dernier.

Les producteurs d’Afrique de l’ouest dénoncent la signature des accords de partenariat économique (APE) entre les pays membres de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et l’Union européenne. Réunis au sein du Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), ils l’ont fait savoir dans un communiqué rendu public en juillet dernier. Cette signature implique une libre circulation des biens entre les deux régions à travers la suppression des droits de douane. Problème : les deux partis n’ont pas les mêmes moyens. Les agriculteurs européens reçoivent généralement des subventions, contrairement à leurs collègues africains. Le Roppa croit savoir que cette situation entrainera «la déstabilisation de l’agriculture» des pays de la Cedeao à cause des prix pratiqués sur le marché africain. A raison : les produits exportés d’Europe, pourront être vendus moins chers en Afrique comparés aux denrées locales. «Les produits fortement subventionnés européens (plus de 270 milliards de FCFA, environ 414 millions d’Euro) en réduisant la production régionale par un dumping parfaitement légalisé par les APE vont réduire la rentabilité de nombreux produits agricoles », prévient le Roppa.

Distorsions dans les flux d’investissement
L’organisation craint pour les acteurs de la filière laitière africaine qui pourraient être les plus pénalisés. «Les produits européens vont induire une baisse des prix relatifs notamment pour les groupes les plus vulnérables constitués par les éleveurs et les femmes vendeuses de lait. Ce faisant, ils vont renforcer une dégradation sans précédent de leurs conditions de vie», avertit l’organisation ouest-africaine.
Le camp favorable nie tout en bloc et y voit plutôt des effets bénéfiques pour les investissements en Afrique. Faux, s’insurge le groupe de producteurs africains. Ils rappellent que même sans les APE, les investisseurs du monde choisiront l’Afrique de l’ouest qui rapporte le plus de bénéfice par franc investit dans le monde.
«Selon le magazine the «Economist», l’Afrique au sud du Sahara est la première région des intentions d’investissement dans le monde. Il y a donc un consensus mondial à ce niveau », expliquent-ils. Le Roppa craint qu’au contraire, les APE découragent les investisseurs non européens en accordant plus de privilèges aux européens. « Ces accords introduisent des distorsions dans les flux d’investissement vers la région en développant une préférence implicite pour les investissements européens aux dépends de ceux d’autres continents », dénonce l’organisation. Elle redoute par ailleurs que les investisseurs des autres parties du monde (Américains notamment) exigent les mêmes faveurs accordées aux européennes. Le Roppa dément une autre rumeur selon laquelle les APE sont favorables à l’intégration économique et au développement. « En subventionnant implicitement les produits européens, elles créent un détournement de commerce en faveur de l’Europe et découragent la production et la consommation des produits locaux au profit des importations de produits européens », s’insurge l’organisation.
Anne Matho

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