archive

Transformation des denrées agricoles

Dorothy : "Quand la production sera industrialisée, le sachet sera vendu à 100 Fcfa".

Dorothy : « Quand la production sera industrialisée, le sachet sera vendu à 100 Fcfa ».

Dorothy Selamo, une ancienne enseignante s’attaque au problème de malnutrition en produisant des pâtes alimentaires faîtes avec du macabo, du manioc et de l’igname, au lieu d’utiliser le blé importé d’Europe comme ses concurrents.

Un grand pas vers la valorisation des produits locaux au Cameroun. Macabo, manioc, pommes de terre et ignames sont des tubercules utilisés désormais comme ingrédients principaux entrant dans la fabrication des pâtes alimentaires. Délégué du groupe d’initiative commune Gariland International, Dorothy Selambo est le cerveau de cette initiative possible grâce à la mise au point d’une technique innovante. « Elle consiste à permettre aux pâtes alimentaires de maintenir leur viscoélasticité après la cuisson. C’est d’ailleurs pourquoi la durée de la cuisson ne doit pas excéder 3 à 5 minutes», explique-elle. La formule utilisée pour la fabrication de ces pâtes labellisées « Miondonini », est protégée par l’Organisation de la propriété intellectuelle. Dorothy Selambo avoue que des recherches se poursuivent pour trouver d’autres recettes dans son usine située à Mbalmayo où elle réside depuis quelques mois. Elles permettront aux pâtes de conserver leur visco-élasticité quand bien même le délai de cuisson est dépassé.

500 Fcfa le sachet
Le choix de transformer les tubercules locaux, au lieu d’utiliser du blé importé d’Europe comme les autres opérateurs de la filière pâte alimentaire, n’est pas un hasard. La Délégué de Gariland désirait s’attaquer au problème de mauvaise alimentation dans les écoles en offrant des produits riches en fibres. C’est pourquoi en 2002, elle a abandonné son métier d’enseignante au Collège Advantiste d’Odza à Yaoundé pour se lancer dans les affaires. «J’étais triste de constater que seulement 5% des institutions d’enseignement possèdent une cantine conventionnelle. Celles qui en ont vendent une nourriture trop grasse ou riche en sucre », confie-elle.
La promotrice des Miondonini souhaitait également ajouter de la valeur à la production locale. A l’en croire, « Les tubercules constituent l’aliment de base pour 90% de la population subsaharienne. Ils sont disponibles partout et sont cultivés dans toutes les zones agro écologiques d’Afrique ». Il s’agissait aussi d’offrir des produits accessibles à toutes les bourses. « Quand la production sera industrialisée, le sachet de 300g sera vendu à 100Fcfa », espère-t-elle. C’est loin d’être le cas actuellement. 300g de Miondonini coûtent 500Fcfa, contre 350Fcfa pour un sachet de 500g de La Pasta, le principal producteur de pâtes alimentaires au Cameroun. «Ma clientèle cible reste les pauvres et ceux qui ont un faible pouvoir d’achat, insiste-t-elle. Les Miondonini seront à la portée de tous quand les problèmes d’emballage seront résolus et la production ne sera plus artisanale ».

Un avenir promoteur
Actuellement, seulement 130 à 150 sachets sont produits par jour. La structure manque de fonds non seulement pour acheter les équipements nécessaires pour augmenter sa production, mais aussi pour engager du personnel qualifié, s’offrir des emballages et s’approvisionner en tubercules. « J’ai constamment besoin de cash », confie Dorothy.
Autres problèmes rencontrés, la promotrice des Miondonini cite le manque de collaboration avec des experts techniques et technologiques. « Je ne peux pas atteindre mes objectifs de production en travaillant toute seule. Je ne peux pas cultiver les différentes variétés de manioc toute seule. En plus, j’ai besoin de grandes superficies de terre. Ce qui n’est pas à la portée de ma bourse », déplore la Délégué de Gariland qui souhaite également un appui du gouvernement.
L’avenir semble promoteur malgré les difficultés. La fabricante des pâtes alimentaires négocie actuellement un projet de collaboration avec Camlait (Cameroun lait), une entreprise agroalimentaire qui transforme des produits laitiers. « Nous sommes en train de finaliser un protocole d’agrément, révèle-t-elle. Il permettra une industrialisation à long terme des Miondonini ». Un autre projet de collaboration avec l’entreprise Africa Company SARL permettra d’obtenir environ 5677 hectares de terres à Belabo (Est du Cameroun) pour cultiver les tubercules. «Le propriétaire des terres aura un pourcentage sur le rendement », confie Dorothy qui semble très satisfaite par ce contrat.

En attendant…la promotion continue
En attendant la réalisation de ces projets, le côté promotion des Miondonini est assuré. L’année dernière le Ministre du Commerce a commandé deux tonnes de pâtes pour participer à une exhibition qui se déroulait en marge de la Coupe du Monde de football 2014 qui s’est tenue au Brésil. «Le Cameroun y était représenté non seulement pour jouer, mais aussi pour afficher les potentialités de notre pays et les promouvoir », explique la délégué de Gariland qui a récemment participé au Salon Expo Milan 2015 en Italie pour exposer ses produits. Le premier contact avec le public s’est véritablement déroulé en 2008. «Pour la première fois nos produits étaient exhibés durant les journées nationales de l’excellence pour la recherche scientifique et l’innovation”, se rappelle-t-elle.
La production étant limitée, on ne retrouve pas encore les Miondonini dans les grandes surfaces du Cameroun. Il faut se rendre notamment au restaurant Le Club Municipal à Yaoundé pour en déguster. « Pour le moment la vente se fait de porte en porte », confirme Dorothy.
Anne Matho

Publicités
Le bois marqué censé légal

Le bois marqué censé légal.

Exploitation illégale des essences de bois protégées, absence des marques de marteau sur le bois exploité… Les employés d’Horizon vert, une entreprise,  partagent les raisons des sanctions du gouvernement à leur encontre en juillet 2012.

 

C’est sans surprise que les dirigeants de la société Horizon vert, située à 19 km au sud-Est de Kribi, ont accueilli une décision du Ministère des forêts et de la faune (Minfof) qui les condamnait en juillet 2012 pour “exploitation illégale de souches protégées et non respect des normes techniques de marquage”. Directeur du personnel, Claude Ayenan reconnaît les faits. “C’est normal  quand il y a violation de la loi. Nos bois ont été saisis ici à cause de ces problèmes…On n’est pas contents, mais on fait de plus en plus d’efforts pour éviter que cette situation se reproduise.”

En violation de la législation forestière, des espèces de bois protégées sont transformées par Horizon vert en meubles et vendus très cher sur le marché local. Alors qu’elles nécessitent une autorisation spéciale du ministère des forêts pour leur exploitation.

Dans la menuiserie de l’entreprise, un ouvrier tape de toutes ses forces sur un marteau pour redresser une pièce de bois massif. Il s’agit du wengue, une essence protégée et dont l’exploitation est interdite.

 

Approvisionnés par des livreurs clandestins

Pour son approvisionnement en bois précieux, Horizon vert se fait livrer clandestinement. “Nos bois viennent de l’Est. On a des livreurs, des jongleurs, c’est comme ça qu’on les appelle. Ils font tout pour nous livrer des bois comme le wengue, le bubinga, le bété, l’iroko et le sapelli, qui sont des essences protégées. Ils trouvent des moyens pour traverser les postes de police et de douane”, témoigne l’ouvrier sous anonymat.

A la scierie de l’entreprise, un jeune homme qui travaille depuis plus de 10 ans à Horizon vert confirme  : “Les espèces protégées  sont transformées ici, tous les jours”. Le pot aux roses a été découvert par une équipe du ministère au cours d’un contrôle de routine, l’entreprise n’ayant pas réussi à prouver la légalité de son bois. “Chaque bois a un point de départ, explique Claude Ayenan. Tu achètes le bois ; le vendeur te donne le bordereau de livraison qui atteste que ça sort chez lui, sinon c’est un bois illégal. Quand tu achètes au dépôt, à Yaoundé, les agents du service des Eaux et Forêts ont déjà contrôlé et martelé. »

 

Près de 20 milliards de Fcfa de recettes

“Pour les bois qui viennent de brousse, poursuit-il, les agents du service des Eaux et Forêts te donnent des papiers qui signifient que tu as payé les taxes. Nous avons écopé de la sanction parce que nous n’avions pas respecté ces différentes étapes.”

Les bois ne portaient pas les marques du marteau du ministère des Forêts. Ce qui constitue une violation grave des règles pour assurer la traçabilité du bois. En plus de la saisie de son bois, l’entreprise Horizon Vert a dû payer une amende de 4 500 000 Fcfa. Selon le Centre pour la recherche forestière internationale (Cifor), près de 20 milliards de Fcfa de recettes échappent, chaque année, au Trésor public à cause de l’exploitation illégale.

Des contrôles boiteux à l’origine

Président de l’association nationale des forêts communautaires, Daniel Mouil dénoncent des dérives qui permettent aux entreprises exploitantes d’encaisser facilement de l’argent. “Dans ce secteur, on se livre à n’importe quel type d’opération à condition qu’on gagne de l’argent”, s’indigne-t-il. Il met par ailleurs en cause la rigueur des agents du ministère. “Si on parle de bois qui n’ont pas respecté les normes de marquage et qui traversent les équipes de police, c’est qu’il y a problème au niveau des contrôles”, dénonce Daniel Mouil.

Le sommier des infractions publié par le ministère des forêts en juillet 2012 présente une évolution du nombre d’entreprises sanctionnées pour “exploitation de souches protégées et non respect des normes techniques de marquage”. Malgré la sonnette d’alarme tirée par les agents de ce ministère, les exploitants forestiers semblent avoir du mal à y mettre un terme. La nouvelle réglementation prévue dans le cadre de l’accord passé entre le Cameroun et l’Union européenne (Apv Flegt) permettra peut-être de venir à bout de ces pratiques.

Jean Ismael Bekile et Anne Matho (JADE)

Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

Parc à bois d’un exploitant forestier à Eséka

Frais d’abattement des arbres non payés, projets sociaux oubliés : les communautés locales ont bien du mal à faire respecter leurs obligations aux entreprises qui exploitent leurs forêts. « Elles n’en ont jamais assez « , objectent les professionnels.

 

A Melombo (Village située à environ 75 km de Yaoundé), une dizaine de troncs d’arbres abattus sont abandonnés en plein air dans la forêt. À la merci des intempéries, ils ont pourri et sont recouverts de moisissure blanche. « Ces billes de

bois ont été  abandonnées ici par un exploitant forestier que nous avons sommé de

quitter notre forêt parce qu’il ne respectait pas le  contrat notarié qui nous liait », indique Rémy Nyada Ndi, le vice-président du groupe d’initiatives communes (Gic)

de la Communauté villageoise Melombo Okekat Faekele (Covimof), une organisation rurale propriétaire d’une forêt communautaire. L’exploitant forestier devait  verser 10 à 20.000 Fcfa par arbre abattu à la communauté locale. « Il retardait les paiements ou ne s’acquittait  pas de ces frais »,  s’insurge le responsable de la Communauté. Les villageois dénoncent également un abus de confiance. « Il utilisait nos lettres de voitures pour exploiter ailleurs, des essences qu’il ne trouvait pas ici », affirme Rémy Nyada Ndi.

 

Soupçonnée de complicité

 

Conséquence de cette supercherie, le Ministère des Forêts  et de la Faune (Minfof)  avait retiré l’agrément de Covimof. « Cet homme se servait de notre certificat d’exploitation pour se livrer à des trafics de toutes sortes. Nous avons été suspendus

parce que nous étions accusés d’être ses complices« , se plaint-il. La Covimof a clamé son innocence. « Pendant plus d’une année, nous ne pouvions pas exploiter notre forêt », explique Amougou Amougou Etienne, le délégué de la  Covimof

Finalement, après des vérifications effectuées sur le terrain par la Brigade Nationale de Contrôle (BNC) du Minfof et l’observateur Indépendant REM (Resource Extraction Monitoring), le certificat d’exploitation a été restitué.

Les contrôleurs ont constaté que « les bois abattus dans la forêt Covimof ont été évacués sous  forme de grumes » alors que c’est interdit dans les forêts communautaires. Autre difficulté, la communauté locale a dû saisir le préfet pour pouvoir récupérer les lettres de voiture qu’elle avait accordées à l’exploitant, l’autorisant ainsi à transporter du bois.

 

« Les populations ne sont jamais satisfaites « 

Nkolmetet, village voisin, a aussi connu des  conflits. En 2007, le délégué régional du Ministère a saisi la cargaison de bois d’un exploitant forestier qui n’avait pas respecté son cahier des charges, à savoir la construction d’un puits d’eau en faveur des villageois. « Les populations voulaient en découdre. Nous avons sollicité l’intervention de l’autorité administrative pour régler le problème », se souvient Julien Steve Mvondo, un responsable du groupe d’initiatives communes Oyenga. Responsable du bureau d’exploitation à la Société camerounaise de transformation du bois (Sctb), Hilaire Noutack, rejette ces accusations qui accablent les exploitants forestiers : « Les populations n’ont pas toujours raison. Elles ne sont jamais satisfaites et exigent toujours plus, même quand nous respectons nos cahiers de charges ». Si elle dénonce, elle aussi les abus des exploitants, Mireille Fouda Effa, chargée de Communication au Centre pour l’Environnement et le Développement (Ced), pointe aussi un doigt accusateur en direction des chefs de communautés locales. « Généralement, quand nous nous rendons sur le terrain pour vérifier  ce type d’abus, on constate que le chef du village ou une autre élite du village, a reçu de l’argent qu’il n’a pas reversé aux autres membres de la communauté ».

Anne Matho (JADE) 

 

ENCADRE

 

Lucien Mvondo : « On vous attribue une forêt communautaire pour relever le niveau de vie de la communauté »

Lucien Mvondo , un gestionnaire de forêt communautaire ayant une parfaite maîtrise des procédures, explique le processus d’acquisition et de gestion d’une  forêt communautaire. 

Que faut-il pour bénéficier d’une forêt communautaire ?

Lucien Mvondo : L’attribution d’une forêt communautaire nécessite d’abord la volonté de la communauté. Celle-ci doit être constituée en GiC, et manifester sa volonté par une demande adressée à l’administration des forêts. Cette demande est transmise par l’administration des départements. Quand les études vont au ministère des Forêts, on constate que les études ont été bien menés, on vous attribue une forêt communautaire pour relever le niveau de vie de la communauté.

Y a-t-il des documents spécifiques à fournir ?

Lucien Mvondo : Il faut une entité juridique signée par le ministère de l’agriculture, il faut les réunions de concertation, une grande étape qui peut prendre des mois. Il faut que la communauté soit suffisamment informée de ce qu’elle va faire, la raison d’être de cette affaire, maîtriser les lois et les règles en vigueur. Une fois cette étape terminée, il faut la grande étape finale qui est la réunion de concertation, qui est présidée par le préfet du département. Cette réunion consiste à recueillir l’adhésion massive des populations. Quand les populations devant le préfet acceptent gérer une forêt communautaire, en ce moment le préfet et les cinq services départementaux signent un document qui leur donne le droit de déposer une demande au ministère. Cette demande nécessite encore une autre étape : c’est l’obtention de la réservation de la zone sollicitée. Lorsqu’elle est donnée, il faut d’abord faire un inventaire de la zone sollicitée, après ça, il y a le service de la cartographie qui vient délimiter la zone, et puis un autre service chargé de l’inventaire entre en jeu. Quand l’inventaire est fini, on élabore le plan simple de gestion, ce plan est soumis au ministère de la forêt. Quand le ministère approuve que le plan simple de gestion a été légalement élaboré, en ce moment on vous attribue une forêt communautaire en passant par une réservation de la zone.

Quel est le coût du processus ?

Lucien Mvondo : Ce qui coûte très cher dans cette affaire, ce sont  les études socio-économiques, et puis l’inventaire systématique. Cet inventaire qui nécessite vraiment un travail sur le terrain, coûte des millions.

Entretien réalisé par Hugo Tatchuam (JADE)

Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

(Syfia Cameroun) Produire et vendre à l’exportation des légumes séchés de qualité irréprochable malgré le manque de moyens financiers. Tel est le défi que tente de relever seul un couple camerounais qui ne compte pas ses heures.

Aujourd’hui, une longue journée de travail s’annonce à ASD Sarl, une entreprise familiale de légumes séchés de Douala. Au programme, la production de n’dolé, le légume fétiche de la cuisine camerounaise, Vernonia S.P de son nom scientifique. « Nous ne sommes que deux à travailler ici », insiste le patron, Samuel Yemeli Kuété, 45 ans, aidé de son épouse Antoinette. Pour l’effeuillage, un garçon qui vit chez eux leur donne un coup de main. Et en cas de grosse commande, ils recrutent des salariés temporaires payés à la tâche. « Nous sommes debout depuis 4 h du matin. On a commencé par le nettoyage des légumes », lance le mari sans quitter des yeux la branche qu’il effeuille d’une main experte. À 10 h, l’effeuillage tire à sa fin. Antoinette profite d’une courte pause pour préparer le petit déjeuner. La tasse vite avalée, le travail reprend. Tandis qu’elle approvisionne la broyeuse en feuilles, lui lance la machine qui déchire le silence de son long vrombissement. À l’aide d’un bâton en bois, il remue les légumes dans le réceptacle de la machine. Il en sort au bout de quelques minutes une pâte verte baignant dans un jus mousseux tandis que le parfum suave caractéristique du n’dolé emplit la pièce. En une heure, l’opération est terminée. Le tout sera ensuite chauffé, essoré, pressé et placé dans un séchoir électrique. Le lendemain, le produit sera prêt à être emballé. Les sachets de n’dolé rejoindront dans le magasin de stockage ceux de piment, gombo, citronnelle, feuilles de manioc et autres légumes locaux. Les étiquettes sont rédigées en trois langues : français, anglais et arabe car les musulmans achètent les produits pour leurs clients du Moyen-Orient. Par l’intermédiaire des voyageurs et à la demande des diasporas africaines, les produits ASD se vendent aussi en France, en Belgique, au Canada et aux États-Unis. « Il ne manque que les grands pays d’Asie », résume le patron. « Non, rectifie sa femme. Récemment, un restaurant africain en Chine m’a passé une commande. »

Rebondir

Rien ne prédestinait cet ancien vendeur de disques à l’agro-alimentaire. Cela a fait « tilt dans sa tête » quand un ami qui voyageait régulièrement en Europe lui dit un jour combien les légumes africains étaient recherchés alors que lui voyait pourrir au Cameroun les légumes invendus. En 1995, il réunit toutes ses économies, remplit les formalités, recrute un ingénieur frais émoulu d’une école d’industries agro-alimentaires et des agents commerciaux. ASD, société à responsabilité limitée, est née ! Après six mois de fonctionnement, les commandes se mettent à affluer. Et patatras ! Un frère du village lui escroque 6 millions de Fcfa (9 146 €). « J’étais, soupire-t-il, dans l’impossibilité de livrer les commandes et de payer les salaires. La grève a éclaté et l’usine s’est arrêtée. » Il se retire alors dans son village natal. Ce n’est qu’il y a deux ans qu’il a réussi à faire redémarrer petit à petit son usine. Sans grands moyens. « Au début, nous faisions sécher les légumes en les étalant au soleil. » Exigeant quant à la qualité de ses produits, il a obtenu depuis un certificat de conformité du ministère de l’Agriculture et l’agrément de transformateur de fruits et légumes de celui du Commerce et de l’Industrie. Armé d’une volonté de fer, Samuel Yemeli Kuété est à présent en quête d’un financement qui pourrait lui permettre de décoller… définitivement. Il y consacre ses fins d’après-midi, une fois les tâches techniques terminées. Antoinette pendant ce temps se met en chasse de la matière première du lendemain. « C’est quand je rentre autour de 18 h-19 h que je commence à préparer le repas, dit-elle. Nous mangeons vers 22 h et on se couche pour se réveiller tôt le lendemain. » Le métier de patron n’est pas de tout repos !

Etienne Tassé          

Antoine Essengue Atanga, un cacaoculteur, transforme lui-même le dixième de sa production en beurre de cacao. Depuis 2009, il a rodé une bonne technique de fermentation, de séchage et de triage des fèves qui lui permet de réaliser des bénéfices.

L’ensemble de la production en cacao de Antoine Essengue Atanga n’est plus destiné à l’exportation. « C’est plus avantageux pour moi de fabriquer du beurre de cacao » explique le cacaoculteur. 1 kilogramme de fèves transformées en beurre lui revient à 5000 Fcfa contre 900 Fcfa lorsqu’il est vendu en fèves.

Le beurre de cacao nécessite des graines de bonne qualité. « Pour faire un bon beurre de cacao et garder toutes ses qualités médicinales, il faut une fève à la cabosse jaune, bien mûre. Les cabosses qui sont encore vertes ou partiellement mûres ont une pulpe plus solide et les fèves peuvent être dures à écraser« , explique Antoine. De ces cabosses mûres, l’agriculteur prélève des fèves qu’il met à  fermenter durant cinq ou six jours. La fermentation se fait à l’ombre, sur des feuilles de bananiers.

Le cacaoculteur entasse les fèves fraîches au centre des feuilles disposées sur le sol et les replie pour couvrir le tas. Sans oublier d’avoir, au préalable, trier les fèves qui ont germé, qui sont décolorées, ou atteintes de maladie. Les tas sont  couverts de manière à ce que l’air ne puisse pas y pénétrer. Après 2 ou 3 jours, l’agriculteur découvre les fèves pour les remuer. « Si on ne remue pas, certaines fèves ne seront pas fermentées et pourront germer », insiste- t-il. Après la fermentation, les fèves sont étalées au soleil pour sécher.

 

Trier et retrier les fèves

Les fèves qui germent, sont décolorées ou atteintes de maladie sont jetées. Le séchage sur les plates-formes est la méthode prisée par Antoine. « Elle permet d’éviter le contact des fèves avec le sol, la terre et les pierres et permet la circulation de l’air par en dessous » explique-t-il.

Sous un soleil ardent, les fèves à sécher sont remuées au moins une fois toutes les deux heures. Pendant la nuit ou en cas de pluie, il les couvre avec une bâche. Durant le séchage, le cacaoculteur trie à nouveau les fèves, enlevant les germées et les plates, ainsi que les déchets et les coques. L’opération se poursuit jusqu’à un séchage optimal. « Les fèves sont bien sèches lorsqu’elles émettent un craquement sec quand on les presse légèrement« , précise Antoine.

Puis les fèves sont grillées à feu doux. Le cacaoculteur les débarrasse ensuite de leurs enveloppes avant d’en écraser la pulpe au moulin. Il en résulte une pâte marron qu’Antoine fait cuire à  l’eau bouillante. « L’eau ne doit pas être trop bouillante, car on risque de perdre des éléments médicinales de la pâte « , avertit-il. La cuisson se fait en deux étapes, à raison de 10 litres d’eau pour 5 kilos de fèves. Dans un premier temps, Antoine immerge la pâte dans 7 litres et demi d’eau bouillante. Il tourne le mélange dans un sens unique. Il en résulte de l’huile que le cacaoculteur recueille.

 « Si le mélange est remué dans plusieurs sens, l’huile n’en sortira pas », affirme-t-il. Cette première huile recueillie, l’agriculteur verse les 2 litres et demi d’eau bouillante restante dans la marmite, recommence à remuer pour obtenir une seconde huile. Lorsque les règles de cuisson sont respectées, cinq kilos de fèves donnent 1 litre d’huile, qui, une fois refroidie, devient du beurre de cacao.

Anne Matho

%d blogueurs aiment cette page :