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Industrie agroalimentaire

Crédit photo : Greenpeace

Crédit photo : Greenpeace

Bien qu’ayant obtenu une autorisation du Président Paul Biya d’exploiter environ 20 000 hectares dans le Sud-ouest du Cameroun pour la production du palmier à huile, la Sgsoc, filiale du groupe américain, ne débutera ses travaux qu’après avoir laissé le temps à l’administration de récupérer le bois qui s’y trouve.

Le début des activités de Sithe Global Sustainable Oils Limited (Sgsoc) sur les 20 000 hectares de forêts octroyés par un décret de Paul Biya dans le Sud-ouest n’est pas pour demain. La société filiale de l’américain Herakles Farms devra d’abord remplir les exigences de la loi forestière.
Problème : de grandes quantités de bois, sur toute la superficie, doivent être exploitées par le ministère et vendus aux enchères. Une partie des fonds issus de la vente sera versée aux populations riveraines sous forme de redevance forestière. «Les populations et les collectivités territoriales décentralisées auront droit à 50% des recettes: 40% pour les communes et 10% pour les populations», explique Joseph Nsengue Levodo, Délégué régional du Minfof (Ministère des forêts et de la faune) pour la région du littoral. Le reste des fonds devra être versé au Trésor public.
«Le Minfof gère les ressources forestières sur les terres même si celles-ci relèvent du Ministère des domaines et des affaires foncières, poursuit Joseph Nsengue Levodo. Car la législation forestière veut que, lorsqu’on affecte un domaine forestier, l’administration des forêts envoie ses agents sur le terrain afin qu’ils coupent et récupèrent le bois qui s’y trouve avant l’utilisation des terres». Le non respect de cette disposition expose le contrevenant à de lourdes amendes. «Le Minfof pourra lui imputer de payer la valeur des ressources forestières en contrepartie de ce qu’elle aurait coupé », prévient le responsable du Minfof.

25 millions de Fcfa d’amende

Pour ce même motif, la Sgsoc avait déjà subi les foudres du Ministère en juin 2012. Dénoncées par les populations riveraines et de nombreuses Organisations non gouvernementales, ses activités avaient été stoppées après un contrôle de l’observateur indépendant au contrôle forestier. Il lui avait notifié une amende d’environ 25 millions Fcfa. Il avait noté que la Sgsoc n’avait « pas suivi les modalités et procédures légales conduisant à l’aliénation du domaine forestier permanent ».
Sans attendre que le Minfof intervienne pour effectuer les coupes de récupération, la Sgsoc avait déboisé une zone de jachère de plusieurs hectares pour l’implantation de sa pépinière, défriché environ 1,6 ha pour l’implantation d’une parcelle d’essai, utilisé des arbres abattus pour la construction d’un pont sur le cours d’eau Bakebé, et ouvert une route d’environ 3 km avec abattage et dessouchage d’arbres. Ce qui lui a valu cette amende.
Faux, affirme l’entreprise américaine mise en cause : «Herakles Farms n’a jamais reçu une amende, peine ou mesure d’arrêter le travail. Nous avions suivi la procédure adéquate et avions à l’époque notifié au Minfof notre intention de commencer les travaux. N’ayant reçu aucune réponse 60 jours plus tard, comme le stipule la loi, nous avons commencé le défrichement. » . Au moment des faits, cette firme américaine devait exploiter 73 000 ha de terre, beaucoup plus qu’aujourd’hui.
En mai 2013, la filiale camerounaise d’Heraklès Farms a, à nouveau, été obligée de suspendre ses activités. Dans un communiqué, elle indiquait répondre ainsi à une injonction du ministère des Forêts qui lui demandait de «cesser de défricher près de la pépinière Talangaye ». Dans un communiqué radio, le Ministre en charge des Forêts a indiqué qu’il avait seulement « demandé à l’opérateur d’observer une règlementation spécifique à la conservation forestière qui se trouvait être violée ». Il avait alors rappelé que «la signature d’une convention avec le gouvernement n’exemptait pas l’entreprise du respect de l’ensemble des procédures et contraintes environnementales».

Anne Matho (JADE)

Encadré : Les éléments constitutifs du dossier
Avant les coupes de récupération, le concessionnaire doit effectuer une étude d’impact environnemental. «Il s’agit d’une obligation de la loi forestière, car le défrichement de la forêt aura des conséquences. Il va affecter le climat, la biodiversité, les animaux. Les populations qui vivent autour n’auront plus le bois de chauffe», souligne Joseph Nsengue Levodo, le Délégué régional du Minfof.
Cette étude, réalisée aux frais du concessionnaire, doit obéir à «des normes fixées par l’Administration pour assurer la conservation, le développement ou, le cas échéant, la récupération des ressources naturelles». Les résultats sont ensuite soumis à l’administration des forêts qui sera, à son tour, chargée de «faire les contrôles et vérifications pour s’assurer que les études ont été bien menées ».
La filiale camerounaise d’Herakles Farms devra réaliser un inventaire des ressources en bois présentes sur les 20 000 hectares. « Attention ! Le processus ne peut pas avancer si la réglementation n’est pas respectée. Dans le cas contraire, le Minfof n’autorisera pas le défrichage de la forêt », prévient le délégué.
A.M.
Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

 

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Les oranges séchées «Fette di Sole »

Les oranges séchées «Fette di Sole » à Fruit Logistica 2014

Campobasso Marco réussit à accroître la durée de vie des oranges en les séchant. L’innovation est en voie de remporter le prix Innovation Award 2014 de Fuit Logistica, une foire internationale qui regroupe les professionnels de la filière fruits et légumes en ce moment à Berlin.

De petites tranches d’oranges séchées attirent les visiteurs du salon Fruit Logistica qui regroupe en ce moment des milliers de professionnels de la filière fruits et légumes à Berlin. Ensachés dans des boîtes en verre, ces produits labellisés « Fette di Sole » ne laissent pas indifférents les participants qui se succèdent toutes les 5 minutes devant le stand. «Comment avez-vous réussi ça ?», s’interroge un visiteur. « C’est un secret familial. Motus et bouche cousue », répond en plaisantant Campobasso Marco, le petit producteur italien qui a mis au point cette innovation. En voie de remporter le prix Innovation Award 2014 de Fuit logistica, « la «Fette di Sole » est obtenue grâce à un procédé de séchage très lent qui maintient les caractéristiques naturelles des oranges », expliquent les organisateurs de Fruit logistica sur leur site web. «Si une entreprise est disposée à payer un million d’euro, je veux bien lui révéler le processus de séchage», a poursuivi toujours en plaisantant Compobasso.

Campobasso Marco, le producteur des « Fette di Sole »

Campobasso Marco, le producteur des « Fette di Sole »

Aucune information sur la durée du séchage. L’agriculteur conserve jalousement son secret. Le produit séché peut être conservé pendant 6 mois. A condition de le maintenir sous une température de 15°c au moins. Il est nécessaire de le tenir hors de la portée de la lumière. Ce procédé plus rentable, permet à l’Italien de transformer plus de 20% de sa production. Il vend 5 tranches d’oranges séchées soit l’équivalent d’une demi-tranche de ce fruit à 1.8 euros. Ce montant est revu à la baisse en cas d’achat en gros. A titre de comparaison, Marco vend un kilogramme d’orange frais à 1.3 euro maximum.

Un goût exquis
Javier Jimexez, un participant du salon qui a goûté le fruit est satisfait. «C’est bon. La saveur pure d’orange se ressent», apprécie-t-il tout en relevant des limites : «le produit est trop sec. Il faut mixer avec d’autres saveurs pour obtenir un meilleur goût ». Grâce à cette innovation, l’orange pourrait occuper une place de choix dans le classement des fruits et légumes les plus exportés par les pays d’Afrique de l’ouest et du centre vers l’Union européenne. Pour le moment, elle est classée très loin derrière la banane, l’ananas, la mangue, la goyave et l’avocat qui sont les cinq fruits les plus exportés dans les deux régions, selon les données du Comité de liaison Europe-Afrique-Caraïbes-Pacific (Coleacp), recueillies auprès de l’Office statistique de l’Union européenne Eurostat. Délégué de l’organisation de producteurs « Unité agropastorale du Cameroun », et Secrétaire général du Coleacp, Jean Marie Sop salue l’innovation. «C’est une bonne nouvelle pour nous, producteurs africains. On pourra désormais conserver plus longtemps les oranges au lieu de les laisser pourrir dans nos villages».

Le Cameroun très bien représenté à la foire par Jean Marie Sop.

Le Cameroun très bien représenté à la foire par Jean Marie Sop.

Il est favorable à l’acquisition de cette innovation. A condition qu’elle soit rentable. «Le séchage de l’orange est compliqué parce que ce fruit contient environ 90% d’eau. Ce qui implique qu’après le séchage, on n’obtienne pas grand-chose. Pour 1 kg d’orange séchée, on obtiendra par exemple 2 à 5 kg de fruits séchés alors qu’avec cette même quantité, on a 10 g d’ananas séché. Est-ce que le consommateur africain disposera d’un pouvoir d’achat conséquent pour l’acheter ?», s’interroge-t-il.
Anne Matho

L’article a été produit à l’occasion du salon agricole Fruit Logistica 2014, grâce à l’aide du Comité de liaison Europe-Afrique-Caraïbes-Pacific (Coleacp).

Chaque année, le Belge consomme en moyenne sept kilos de chocolat. Le chocolat, un produit de tradition qui pourrait bien devenir un produit de luxe. La pénurie de cacao menace depuis quelques années. La demande est plus forte que l’offre. Résultat: le cacao se fait rare et les prix explosent. D’où ces deux questions: comment les acteurs de la filière s’y prennent-ils? Et puis: quelle est la cause de cette pénurie?

Si le cacao vient à manquer, c’est que les producteurs, principalement en Afrique de l’Ouest, n’y trouvent plus leur compte. Marieke Poissonnier, spécialiste de la filière cacao chez Oxfam revèle que l’on « constate là-bas que les conditions de vie, de travail, sont très mauvaises et que les cacaoculteurs quittent leurs champs ». Read More

L’INVITE » de TV5MONDE présenté par Patrick SIMONIN le 07/11/11 : Aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Jean Ziegler a été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation.
Avec sa franchise habituelle, il dénonce la faim comme un crime de masse bien organisé.

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

“Tous les marchés de Yaoundé, pour ne citer que ceux-là, sont inondés de poulets importés”, révèle l’Association citoyenne de défense des Intérêts collectifs (Acdic), une organisation paysanne. Selon elle, 110 tonnes ont été vendues au Cameroun en 2011. Pourtant, suite à la campagne “poulet congelé importé” menée en 2004 par l’organisation paysanne pour sensibiliser les populations sur les effets pervers de ces produits pour la santé, l’Etat camerounais a interdit l’importation de poulets congelés. Commanditées par l’Acdic, des analyses en laboratoire à l’institut Pasteur de Yaoundé, ont révélé que 83,5% des poulets importés vendus sur les marchés camerounais sont impropres à la consommation humaine. Ils sont porteurs de bactéries (salmonelles et campylobacter).

A en croire l’Acdic, ces produits proviennent des pays frontaliers, notamment de la Guinée Equatoriale. L’absence d’une véritable politique pour booster la production nationale en poulet de chair favorise le phénomène. Les aviculteurs camerounais n’arrivent pas à satisfaire la demande à cause des incessantes pénuries de maïs, responsables de la destruction des poussins d’un jour et de la cherté de la provende. Autant de problèmes, qui entraînent la rareté du poulet et l’inflation des prix sur le marché, incitant des opérateurs économiques véreux à importer du poulet congelé, vendu moins chers. Ces produits frauduleux coûtent environ 2.000 Fcfa, contre 2.500 Fcfa au moins pour le poulet local.

Anne Matho

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée, vidée et rincée.

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée,
vidée et rincée.

Abattoir automatique nouvellement créé, la Société des produits agricoles du Cameroun (Spac) approvisionne le marché local en volaille de bonne qualité sanitaire, à en croire les promoteurs. Une révolution sur le marché national du poulet de chair.

 

L’offre en poulet prêt à consommer s’améliore au Cameroun. La Société des produits agricoles du Cameroun (Spac), un abattoir construit à Bafang (150 km au nord de Douala) en 2010, abat et emballe du poulet en respectant les normes bios sécuritaires. Les performances de ses équipements permettent de traiter jusqu’à 2500 oiseaux à l’heure. La structure possède une camionnette, qui lui permet de collecter la volaille qu’elle met sur le marché. En provenance d’une ferme, l’engin qui transporte les poulets de chairs vient de s’arrêter devant l’abattoir. Les employés de la Spac saisissent immédiatement les oiseaux piailleurs et les amènent à l’intérieur de l’usine. “Nous les abattons au fur et à mesure qu’on les apporte, généralement par bande de 6000. Nous en avons déjà abattus, ce matin vers 8h30. Nous allons recommencer vers 11h30 avec cette vague qui vient d’arriver”, affirme Philippe Ngome Ebanga, le chef d’usine. A chaque roulement, les viscères sont évacués et la chaîne d’abattage nettoyée. “Ils font l’hygiène des lieux parce qu’il faut éviter les contaminations. On ne mélange pas les bandes. En cas de contamination, il faut qu’on sache chez quels fermiers les poulets ont été infectés”, confie-t-il.

“…pas de salmonelles”

Un contrôle qualité est effectué sur les produits de la Spac en laboratoire au Centre Pasteur de Yaoundé, qui donne son quitus pour la distribution des produits sur le marché. “Ils font des analyses et constatent qu’il n’y a pas de salmonelles, ni aucune autre maladie qui pourrait être engendrée par mon poulet”, soutient Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac.

Une employée montre le produit final.

Une employée montre le produit fini.

Le dispositif de traitement des poulets abattus et nettoyés par cette société les met à l’abri des contaminations. Tout le contraire dans les marchés locaux où les poulets sont souvent abattus et nettoyés dans une totale insalubrité. “A la Spac, explique Tcheumeni, le poulet est accroché sur les carrousels. Ensuite, il va progresser et arriver au point d’anesthésie qui va ralentir son rythme cardiaque”. Le promoteur de l’abattoir  ajoute par ailleurs que ses produits répondent également à la norme Halal: “Après l’anesthésie, on fait saigner le poulet, égorgé par un musulman. La distance entre le bac d’anesthésie et celui de trempage a été mesuré afin que la saignée soit totale”. Ensuite, la volaille est plumée, nettoyée plusieurs fois et rincée. Le processus est automatique et coordonné par une équipe spécialisée. La chaîne comporte également une balance automatique qui indique le grammage et une ensacheuse. “Les produits sont refroidis avant d’être emballés afin que la durée de conservation soit plus longue”, indique Philippe Ngome Ebanga.

Contrats d’intégration

«Nous avons trois chambres froides où les poulets sont conservés en attendant le dispatching chez nos clients», enchaîne Tcheumeni qui entend par cette précaution garantir des produits sains aux clients. La Spac a formé 350 aviculteurs afin de s’approvisionner en animaux de qualité. Seuls 40 sont installés à ce jour. “Nous le faisons progressivement, explique Tcheumeni. Le temps de détecter tous ce qu’il y’a comme difficultés et inconvénients au niveau des différents fermiers, et de pouvoir juguler tous les problèmes qui pourraient survenir par la suite”. La Spac a développé avec ces producteurs, une sorte de contrat d’intégration, qui prévoit la fourniture des poussins d’un jour, la provende et la prophylaxie. Pour appartenir à ce réseau, le producteur doit posséder des installations d’une capacité de 500 poulets au moins. L’abattoir met également à la disposition de ses partenaires, un médecin vétérinaire. “Il fait le tour de toutes les fermes pour s’assurer de la bonne conduite de l’élevage avicole”, relève le directeur de l’entreprise, qui se réserve en retour l’exclusivité de la production des éleveurs. Le kilogramme de poulet lui est cédé par les éleveurs à 1700 Fcfa. L’abattoir y prélève par ailleurs les coûts engagés pour subventionner la production. Sur le marché, le kilogramme de poulets produits par la Spac est vendu à 2350 Fcfa.

Anne Matho

INTERVIEWS

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni

“Nous allons fournir 15 millions de poulets l’an…”

Le directeur de la Spac nous explique comment cinq personnes décidées à moderniser l’élevage et à lutter contre le chômage ont créé l’abattoir de Bafang. Leur ambition : livrer 15 millions de poulets par an sur le marché camerounais.

 

Qui sont les propriétaires de l’abattoir ?

C’est un abattoir 100% privé. Nous sommes un groupe d’investisseurs de cinq administrateurs. Ingénieur électrotechnicien, je suis titulaire  d’un M.B.A en management. J’ai travaillé pendant 16 ans en entreprise, au sein du groupe Barry Callebaut (l’un des plus grands chocolatiers dans le monde), représenté ici par Sic Cacao. J’étais responsable technique dans cette structure. En 2004, j’ai décidé de démissionner et de voler de mes propres ailes. Christophe Ekeng, l’un des autres associés est également ingénieur. Il a longtemps travaillé comme directeur chez Air Liquide et Mercédès également. Il est actuellement le président de la Chambre de commerce. Les autres administrateurs sont des financiers.

Quel est le coût de l’investissement ?

Le coût total du projet est d’environ 5 milliards de Fcfa. Pour l’installation des fermiers, nous avons été accompagnés par le Fonds national de l’emploi, qui s’est occupé de leur formation. Nous avons bénéficié d’un don du gouvernement japonais d’environ 500 millions de Fcfa à travers le ministère du Développement et de la Planification du territoire.

De combien de poulets avez-vous besoin pour faire tourner l’abattoir?

Faire tourner l’abattoir dépend des sources d’écoulement parce qu’on ne doit pas produire pour stocker, mais pour vendre. Pour vendre, il faut qu’il y ait de la clientèle. Donc nous produisons en fonction de notre clientèle. Et pour le moment, c’est à peu près 10.000 poulets par mois. Actuellement, nous vendons strictement au Cameroun, à des grands consommateurs que sont les hôtels, les supermarchés, les grands restaurants à l’instar de ceux qui s’occupent des plateformes pétrolières en mer.

Quelles sont vos ambitions ?

Au Cameroun, on a besoin de 45 millions de poulets par an. Nous qui sommes le plus gros abattoir, notre objectif est d’en fournir 15 millions par année. Avec notre capacité, c’est possible. Nous voulons également aider à résoudre le problème de chômage des jeunes de la région. C’est également possible, car l’activité que nous leur proposons n’a pas besoin de beaucoup de connaissances pour être conduite. En plus, l’aviculture n’a pas besoin de grandes superficies parce qu’ici les gens n’en ont pas. Il n’y a plus de vaste étendue pour l’élevage. A travers ce projet, nous voulons également booster la culture locale de maïs.

Propos recueillis par Anne Matho

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

“La Spac facilite la vente de ma production…”

 Gaston Deutchoua, aviculteur depuis 30 ans, explique les changements intervenus dans sa vie d’éleveur depuis qu’il collabore avec la Spac.

Comment a commencé le partenariat avec la Spac ?

Le minimum d’apport personnel exigé par la Spac c’est les bâtiments d’une capacité de 500 poulets. En tant que fermier, j’avais déjà des installations. Donc, je suis allé les solliciter. Une équipe de la Spac est venue visiter ma ferme. Elle a constaté que mes installations respectent les normes. Elle a également trouvé que ma manière d’élèver les poulets de chair est bonne.

Qu’est ce qui a changé depuis que vous coopérez avec la Spac ?

Avant l’arrivée de cette structure, j’étais aviculteur depuis près de 30 ans Depuis que nous collaborons avec l’abattoir, j’écoule plus facilement ma production. La Spac nous donne les aliments, les poussins, et organise la prophylaxie. Elle nous facilite la tâche en nous apportant tout sur place. Avant, je devais me déplacer pour aller acheter tous ces produits. Je dépensais énormément d’argent en frais de transport, sans être certain de trouver les produits sur place. Je devais aller à Bafoussam ou à Douala, pour trouver des poussins d’un jour. Parfois j’en importais de l’étranger. J’étais alors confronté aux problèmes de démarches portuaires.

Donc, vous écoulez plus facilement votre production ?

Si j’ai une bande de mille poulets, la Spac les achète tous à la fois. Avant, il m’était difficile de vendre rapidement mes poulets : les commerçants ne voulaient pas toujours acheter au prix que je fixais. J’étais donc parfois obligé de garder des poules de plus de 40 jours dans ma ferme. Par conséquent, il fallait payer beaucoup plus de provende pour les nourrir. Ce faisant, j’étais perdant, puisqu’à partir de 40 jours le poulet consomme énormément de provendes et c’est cela qui coûte cher. Avec la Spac, nous produisons avec un indice d’environ 2,2. Donc, on dépense 2 kilogrammes d’aliment pour obtenir un poulet d’un kilogramme. Avant, faute de clients, on pouvait atteindre un indice de 3 kilogrammes par kilo. Car, plus le poulet est gros, plus il consomme.

Propos recueillis par Anne Matho

Les bulldozers s'activent depuis plusieurs mois pour défricher les 3.000 hectares.

Les bulldozers s’activent depuis plusieurs mois pour défricher 3.000 hectares de brousse.

A l’ouest du Cameroun, un projet de culture intensive sur 3 000 hectares prévoit de produire 12 000 tonnes de maïs d’ici trois ans. Objectif : être moins dépendant des matières premières importées et approvisionner les élevages de poulets du pays.

 

Un projet de culture intensive du maïs sur 3.000 hectares, est en cours d’exécution dans la région de l’ouest du Cameroun. “Destiné à l’’élevage du poulet, il permettra notamment de palier les incessantes pénuries du maïs, qui cause des préjudices chaque année à la filière avicole”, explique François Djonou, promoteur d’Agribio (Agriculture biologique) Sarl, l’exploitation de maïs. A Bangangté, la terre qui accueillera cette culture, est encore en train d’être défrichée. Ici, les travaux ont commencé depuis Mars 2012. En témoigne une parcelle de terre parsemée de jeunes pousses et des morceaux d’arbres morts. Elle porte encore des traces de raies de tracteurs, stigmates de la déforestation. “On y a trouvé un boa, il y a une semaine, se souvient le chef de chantier. Les ouvriers se le sont partagés”.

3000 hectares sont défrichés à Bangangté.

François Djonou et son équipe parcourent l’exploitation.

Un jeune ingénieur montre les premiers maïs.

Un jeune ingénieur montre les premiers maïs.

Un peu plus loin, à l’aide de grosses chaînes qui les relient, deux bulldozers, déracinent des arbres, tout en émettant des bruits assourdissants. Même les hautes herbes qu’ils rencontrent au passage, subissent le même sort. “Vous assistez là au défrichage et à la déforestation. Je suis  content, ça avance bien”, se réjouit François Djonou. “Un tracteur de 150 chevaux au moins, munis d’un super extirpateur viendra ramasser racines, herbes et troncs d’arbres. Ensuite, un autre tracteur viendra achever ces travaux, pour préparer les semis”, poursuit-il.

Sur une autre parcelle, un tracteur passe après le labour en pulvérisant des herbicides. “Nous voulons éviter que les herbes ne repoussent à cet endroit, car on va bientôt procéder aux semis”, soutient le promoteur d’Agribio Sarl. Il a fait prélever et envoyer en Afrique du Sud un échantillon des terres pour des analyses en laboratoire qui permettront un ajustement de la fertilisation.

Plusieurs tracteurs travaillent à l'extirpation des racines avant les semis.

Plusieurs tracteurs travaillent à l’extirpation des racines avant les semis.

Des ouvriers lors de la pause.

Des ouvriers lors de la pause.

Deux récoltes par an

La première récolte sera effectuée en saison sèche, entre novembre et décembre “afin que le maïs sèche dans les champs”, explique Djonou. Les tracteurs, huit au total, ont été importés d’Italie. Tout comme les semoirs, les supers extirpateurs et les accessoires.

Les terres acquises par Agribio sont une concession de l’Etat pour une durée limitée (99 ans). Une convention a également été signée entre la structure et les autorités traditionnelles de Bangangté pour leur exploitation. La superficie cultivée pour le moment est de 600 hectares. Le fleuve Noun, situé à 150 mètres, a été déterminant pour le choix du site. “Ce cours d’eau servira pour l’irrigation pendant la petite saison de pluie de mars, car nous comptons produire deux fois par an“, affirme l’entrepreneur agricole. Des semences améliorées d’origine sud africaines, permettront d’obtenir, espère t-il, jusqu’à 8 tonnes de maïs par hectare. La structure récoltera (quand elle exploitera pleinement les 3.000 hectares dans un délai de trois ans) alors jusqu’à 12.000 tonnes de maïs par an pour combler le déficit de la production nationale, qui est de 120.000 tonnes. Au Cameroun, la demande annuelle en maïs est estimée à 1 500 000 tonnes pour une production de 1 380 000 tonnes.

Le fleuve Noun, situé à 150 mètres, a été déterminant pour le choix du site.

Le fleuve Noun, situé à 150 mètres, a été déterminant pour le choix du site.

Des engrais stockés dans l'exploitation agricole.

Des engrais stockés dans l’exploitation agricole.

500 millions Fcfa investis

Pour tirer un plus grand profit du domaine, le maïs sera souvent alterné par le soja et les arachides. Ceci afin d’éviter “la monoculture, qui use le sol et fait baisser le rendement” poursuit François Djonou qui a fait une partie de ses études en Belgique et qui se déplace régulièrement en Europe (il était par exemple récemment au Space de Rennes). L’investissement engagé jusqu’à présent s’élève à 500 millions. L’essentiel de cette somme étant des fonds personnels de l’entrepreneur qui n’a bénéficié qu’en dernier ressort d’un financement de Pro PME, une institution bancaire. Plusieurs paramètres à l’instar de la sécurisation des terres, auraient pu motiver davantage le promoteur de l’exploitation agricole. “Au Cameroun, dit-il, on ne peut pas avoir un titre foncier de plus de 100 hectares. Les concessions de l’Etat, elles, ne permettent pas de louer des terres au-delà de 99 ans. Ce qui n’encourage pas l’investissement à long terme, car on n’a pas l’assurance d’être toujours le propriétaire des lieux au-delà de la durée du contrat”. Autres difficultés, au Cameroun, les structures qui exercent dans le domaine agricole ne sont pas exempts d’impôt. Ce qui pourrait également décourager Agribio. “On nous demandera de payer des taxes parce qu’on est une exploitation de grande taille. Pourtant, à défaut de pouvoir nous subventionner, l’Etat devrait nous dispensés du paiement des impôts”, regrette-t-on à Agribio. Au Cameroun comme ailleurs, chacun voit midi à sa porte.

Anne Matho

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