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Archives Mensuelles: janvier 2017

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Un travailleur récolte des graines de palmiers à huile dans une plantation industrielle.

Des Camerounais demandent le non renouvellement d’un contrat qui octroie 20 000 hectares de forêts à l’entreprise SGSOC pour la culture du palmier à huile. Ils ont signé une pétition et envoyé une lettre pour exprimer leur opposition.

Paul Biya, le Président du Cameroun, a reçu une pétition qui lui demande de ne pas renouveler le contrat signé avec la Sithe Global SustainableOils Cameroun  (Sgsoc).  Cette entreprise qui est la filiale locale de la multinationale américaine Heraklès Farms cultive du palmier à huile sur 20 000 hectares de forêts qui lui ont été octroyés par le gouvernement dans le sud-ouest du pays. Le contrat qui a duré trois ans,  a expiré le 25 novembre 2016.  Un nouvel accord est dans l’attente.  Ce qui a incité des organisations non gouvernementales (Ong) à  s’associer pour lancer une pétition.

Initiée par Greenpeace Africa, Save Wildlife Conservation Fund et Rettet den Regenwald EV (RainforestRescue), la pétition a recueilli 180 281 signatures. «Il s’agit de démontrer une forte opposition publique contre l’entreprise Sgsoc», explique Eric Ini, le  Responsable des activités forestières pour Greenpeace Africa.

« Nous sommes encouragés par le fait que de nombreux Camerounais ont signé cette pétition», poursuit-il. Greenpeace Afrique et ses partenaires espèrent que Paul Biya entendra la voix de milliers de Camerounais insatisfaits, qui s’opposent fermement au renouvellement du contrat signé entre l’Etat et la filiale locale de la multinationale américaine Heraklès Farms. A en croire Reinhard Behrend, le Directeur de RainforestRescue, le projet d’huile de palme de l’entreprise SGSOC ne détruirait pas seulement les moyens de subsistance des populations locales de la région du Sud-ouest, mais serait aussi une menace pour les forêts tropicales primaires, les parcs nationaux ainsi que les réserves forestières abritant une biodiversité unique.

Des champs détruits

Plusieurs autorités traditionnelles des villages riverains de la plantation de palmiers à huile ont également exprimé leur opposition au renouvellement du contrat signé. En octobre 2016, ils ont envoyé une lettre au Président du Cameroun dans ce sens. «C’est un projet controversé qui ne respecte en aucun cas les meilleures pratiques et règles de développement.  Le contrat est l’origine de nombreux conflits fonciers et des conflits inter-villageois, qui n’existaient pas avant son implémentation », dénoncent-ils dans la lettre tout en déplorant l’absence d’un dialogue pour discuter et résoudre ces problèmes.

Chef de Babensi II, Joseph Ejuba Ewane décrie les violations des clauses du contrat par la Sgsoc. «L’entreprise empiète sur nos terres agricoles et même sur celles des villages qui ne sont inclues dans le projet. Elle a même déjà apposé des marques dans beaucoup d’autres champs qu’elle prévoie détruire. Nous exhortons le président à mettre un terme à ces abus».

La filiale de la multinationale américaine Heraklès Farms n’a pas respecté ses engagements avec les communautés conformément à ce qui était prévu dans le cahier de charges. Électrification des villages, contribution à l’accès aux soins de santé et à l’éducation…Rien n’a été fait!  A en croire les chefs des villages riveraines de la plantation de palmiers à huile, la Sgsoc n’a pas payé le loyer annuel des surfaces allouées pendant trois ans. Plus grave encore, l’entreprise a violé les clauses sur le respect de l’environnement. « Ruisseaux, berges des rivières, systèmes de captage d’eau ont été détruits par l’entreprise. Ce qui a entrainé l’érosion des sols», déplorent les chefs de villages.

Anne Matho

 

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Anatole Ebete expérimente la culture de l’oignon en zone forestière à Ebeba II

Réussir la production de l’oignon dans la zone forestière du sud est désormais possible. Ingénieur agronome, Anatole Ebete a mis au point un procédé permettant d’obtenir jusqu’à 30 tonnes par hectare.

 

Obtenir de bons rendements dans la culture de l’oignon est désormais possible dans la zone forestière du sud du Cameroun. Autrefois, les agriculteurs qui se lançaient dans la production de cette denrée n’obtenaient que des pourritures. Il s’agit d’un problème lié à l’environnement. « Les conditions écologiques sont impropres à la culture de l’oignon dans le sud à cause de l’acidité du sol, la prévalence des champignons microscopiques, le sol argileux et un relief en pente », explique l’Ingénieur agronome Anatole Ebete. Il a découvert un procédé qui permet de pallier le problème. La technique consiste à réaliser une pépinière à partir des graines, plus précisément des semences de la variété pluviale Julio. Elle est la seule ayant résisté au cours des tests dans les conditions humides à en croire l’ingénieur. « Les plants seront prélevés puis repiqués dans le champ. C’est la méthode de semis par plants repiqués», précise-t-il.

Réduire les importations d’oignons

Le sol de la pépinière est ensuite désinfecté en utilisant une bouillie de fongicide ou en le recouvrant d’un plastique. Négliger cette étape peut s’avérer désastreux. « À cause de la de la prévalence en zone de forêt des champignons microscopiques dans le sol, il y aura fonte de semis (problème récurrent en pépinière) », explique Anatole. Un producteur de la Mvila s’est intéressé au procédé. S’étant contenté d’appliquer quelques étapes de l’itinéraire technique, il a échoué au stade pépinière où tous les plants ont disparu. «Il a avoué avoir oublié de désinfecter le sol de la pépinière des champignons microscopiques », confie l’agronome.

La prochaine étape consiste à préparer le champ c’est-à-dire, «défricher, abattre des arbres, araser des souches, et bruler des andains comme on procède  pour cultiver les arachides ». Les cendres de bois sont récupérées. Le producteur doit ensuite confectionner des planches assez hautes. « Au début des pluies, appliquer la chaux dans certaines planches et la cendre de bois dans d’autres », recommande l’ingénieur. Ces deux produits permettront de relever le niveau d’acidité du sol à la norme. En effet, explique Anatole, l’oignon ne supporte pas les sols ayant un taux d’acide inférieur à 5,8 comme c’est le cas dans le sud du Cameroun.

Il invite les producteurs à épandre le fumier bien décomposé si l’on en dispose, puis l’engrais NPK une semaine après. «Enfouir  l’ensemble dans le sol et habiller les plants de moitie», conseille-t-il. Les plants seront repiqués à un écartement de 15 au 12cmx10cm. Un mois après semis,  du sulfate de potassium mélangé à l’Urée est répandu sur les cultures. L’opération est répétée deux mois après repiquage. « La récolte a lieu 120 jours après repiquage ou lorsque 50% des plants sont couchés », recommande l’agronome.

Les producteurs se lancent

Le procédé ayant fait l’objet d’un article parut dans le journal « La Voix du Paysan », l’ingénieur agronome est de plus en plus sollicité par les producteurs. Membre du groupe de femmes productrices GIC FAEBE, Sophie Eloundou espère qu’en août prochain, elle aura réuni les fonds pour se lancer dans la culture de l’oignon.

« Le budget du projet, sur 1 000m2 avait été arrêté à 150 000FCFA lorsque la main d’œuvre est assurée par les membres eux-mêmes. Et mes honoraires ont été fixés à la somme dérisoire de 5 000FCFA (cinq mille francs) par descente, plus 1500FCFA de frais de transport, pour un total de 08 interventions », explique Anatole. Le groupe COOP-TOM, a pour sa part, promis de s’engager sur 01ha. Anatole leur prédit un échec : «Lorsqu’ils n’ont pas trouvé la semence de la variété JULIO à Yaoundé, ils ont acheté celle de la variété RED CREOLE, de leur propre initiative. Cette variété n’a jamais démontré son adaptabilité à l’écologie des zones de forêt tropicale ».

L’agronome espère que son procédé pourra permettre au Cameroun de réduire ses importations s’il est adopté par les producteurs du sud. En 2013 par exemple, le pays a importé 3 794 tonnes d’oignon pour une valeur marchande d’environ 2,6 milliards de FCFA pendant la période de pénurie (Septembre à Janvier). En même temps le prix de l’oignon sur le marché local a augmenté. En 2014, le prix du sac de 120kg est passé de 17 000  à 120 000 FCFA dans les marchés de Yaoundé.

Anne Matho

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