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Archives Mensuelles: janvier 2016

Dorothy : "Quand la production sera industrialisée, le sachet sera vendu à 100 Fcfa".

Dorothy : « Quand la production sera industrialisée, le sachet sera vendu à 100 Fcfa ».

Dorothy Selamo, une ancienne enseignante s’attaque au problème de malnutrition en produisant des pâtes alimentaires faîtes avec du macabo, du manioc et de l’igname, au lieu d’utiliser le blé importé d’Europe comme ses concurrents.

Un grand pas vers la valorisation des produits locaux au Cameroun. Macabo, manioc, pommes de terre et ignames sont des tubercules utilisés désormais comme ingrédients principaux entrant dans la fabrication des pâtes alimentaires. Délégué du groupe d’initiative commune Gariland International, Dorothy Selambo est le cerveau de cette initiative possible grâce à la mise au point d’une technique innovante. « Elle consiste à permettre aux pâtes alimentaires de maintenir leur viscoélasticité après la cuisson. C’est d’ailleurs pourquoi la durée de la cuisson ne doit pas excéder 3 à 5 minutes», explique-elle. La formule utilisée pour la fabrication de ces pâtes labellisées « Miondonini », est protégée par l’Organisation de la propriété intellectuelle. Dorothy Selambo avoue que des recherches se poursuivent pour trouver d’autres recettes dans son usine située à Mbalmayo où elle réside depuis quelques mois. Elles permettront aux pâtes de conserver leur visco-élasticité quand bien même le délai de cuisson est dépassé.

500 Fcfa le sachet
Le choix de transformer les tubercules locaux, au lieu d’utiliser du blé importé d’Europe comme les autres opérateurs de la filière pâte alimentaire, n’est pas un hasard. La Délégué de Gariland désirait s’attaquer au problème de mauvaise alimentation dans les écoles en offrant des produits riches en fibres. C’est pourquoi en 2002, elle a abandonné son métier d’enseignante au Collège Advantiste d’Odza à Yaoundé pour se lancer dans les affaires. «J’étais triste de constater que seulement 5% des institutions d’enseignement possèdent une cantine conventionnelle. Celles qui en ont vendent une nourriture trop grasse ou riche en sucre », confie-elle.
La promotrice des Miondonini souhaitait également ajouter de la valeur à la production locale. A l’en croire, « Les tubercules constituent l’aliment de base pour 90% de la population subsaharienne. Ils sont disponibles partout et sont cultivés dans toutes les zones agro écologiques d’Afrique ». Il s’agissait aussi d’offrir des produits accessibles à toutes les bourses. « Quand la production sera industrialisée, le sachet de 300g sera vendu à 100Fcfa », espère-t-elle. C’est loin d’être le cas actuellement. 300g de Miondonini coûtent 500Fcfa, contre 350Fcfa pour un sachet de 500g de La Pasta, le principal producteur de pâtes alimentaires au Cameroun. «Ma clientèle cible reste les pauvres et ceux qui ont un faible pouvoir d’achat, insiste-t-elle. Les Miondonini seront à la portée de tous quand les problèmes d’emballage seront résolus et la production ne sera plus artisanale ».

Un avenir promoteur
Actuellement, seulement 130 à 150 sachets sont produits par jour. La structure manque de fonds non seulement pour acheter les équipements nécessaires pour augmenter sa production, mais aussi pour engager du personnel qualifié, s’offrir des emballages et s’approvisionner en tubercules. « J’ai constamment besoin de cash », confie Dorothy.
Autres problèmes rencontrés, la promotrice des Miondonini cite le manque de collaboration avec des experts techniques et technologiques. « Je ne peux pas atteindre mes objectifs de production en travaillant toute seule. Je ne peux pas cultiver les différentes variétés de manioc toute seule. En plus, j’ai besoin de grandes superficies de terre. Ce qui n’est pas à la portée de ma bourse », déplore la Délégué de Gariland qui souhaite également un appui du gouvernement.
L’avenir semble promoteur malgré les difficultés. La fabricante des pâtes alimentaires négocie actuellement un projet de collaboration avec Camlait (Cameroun lait), une entreprise agroalimentaire qui transforme des produits laitiers. « Nous sommes en train de finaliser un protocole d’agrément, révèle-t-elle. Il permettra une industrialisation à long terme des Miondonini ». Un autre projet de collaboration avec l’entreprise Africa Company SARL permettra d’obtenir environ 5677 hectares de terres à Belabo (Est du Cameroun) pour cultiver les tubercules. «Le propriétaire des terres aura un pourcentage sur le rendement », confie Dorothy qui semble très satisfaite par ce contrat.

En attendant…la promotion continue
En attendant la réalisation de ces projets, le côté promotion des Miondonini est assuré. L’année dernière le Ministre du Commerce a commandé deux tonnes de pâtes pour participer à une exhibition qui se déroulait en marge de la Coupe du Monde de football 2014 qui s’est tenue au Brésil. «Le Cameroun y était représenté non seulement pour jouer, mais aussi pour afficher les potentialités de notre pays et les promouvoir », explique la délégué de Gariland qui a récemment participé au Salon Expo Milan 2015 en Italie pour exposer ses produits. Le premier contact avec le public s’est véritablement déroulé en 2008. «Pour la première fois nos produits étaient exhibés durant les journées nationales de l’excellence pour la recherche scientifique et l’innovation”, se rappelle-t-elle.
La production étant limitée, on ne retrouve pas encore les Miondonini dans les grandes surfaces du Cameroun. Il faut se rendre notamment au restaurant Le Club Municipal à Yaoundé pour en déguster. « Pour le moment la vente se fait de porte en porte », confirme Dorothy.
Anne Matho

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