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Archives Mensuelles: octobre 2015

Concours de labour au Salon Plein champ des Cuma à N'dali au Nord du Bénin. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Concours de labour au Salon Plein champ des Cuma à N’dali au Nord du Bénin. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Grâce à leur union en Coopératives d’utilisation du matériel agricole, des agriculteurs béninois ont désormais accès aux équipements agricoles modernes. Ils ont ainsi pu tripler les superficies cultivées avec des tracteurs et accru les rendements. Leurs conditions de vie se sont améliorées.

Superficies et rendements sont désormais élevés depuis que des petits producteurs béninois ont accès aux tracteurs et autres matériels agricoles modernes. C’est le fruit de leur regroupement en Coopératives d’utilisation du matériel agricole (Cuma). Ils ont investi en commun pour acquérir des équipements agricoles qu’ils ne pouvaient pas acquérir de façon isolée à cause des prix élevés.
À Sokka Hameau, un village de l’Est du Bénin, le groupe Se Seru qui rassemble huit agriculteurs en Cuma, a augmenté de 140% la superficie cultivée pour la production du maïs. La surfacée allouée pour la culture du coton a triplé. Coordonnateur national de l’Union national des Cuma du Bénin, Koffivi Nouwogou  salue ces bons résultats. «Tout cela a été possible parce que les villageois se sont organisés en Cuma pour l’acquisition de tracteurs de 30 et 60 chevaux. Les producteurs ont pu labourer de grandes superficies en un laps de temps que ne le permettraient pas la daba ou les bœufs, qui sont fatigants».
Un changement est également observé à Sinanwongourou, une localité du nord du Bénin où les six membres du groupe La panthère ont multipliée par 2 au cours de la campagne 2011-2012, la superficie qu’ils cultivaient grâce à l’acquisition d’un tracteur Sonalika de puissance 60 ch. Cette surface a augmenté l’année suivante, allant de 90,25 hectares à 102,72 hectares. «L’utilisation de tracteur pour la préparation du sol a fait doubler les rendements des différentes spéculations, poursuit Koffivi. Une bonne préparation du sol est facteur d’un bon rendement. La daba ne peut pas permettre de bien préparer le sol » .

Membre d'une Cuma, Adèle a été formée à l'utilisation des tracteurs. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Membre d’une Cuma, Adèle a été formée à l’utilisation des tracteurs. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Investir en commun
Cet accroissement s’est accompagné par une augmentation du rendement. A Tokanmé – Aliho, dans le département du Département du Couffo située dans le sud-ouest du Bénin, la Cuma Agbétro, a doublé sa production de Niébé (Haricot). Son rendement qui était de 1, 02 tonne par hectare avant la création de la Cuma en 2009, a atteint 2,27 par hectare deux ans plus tard. Le maïs est passé de 880 kg par hectare à environ 2 tonnes pour la même superficie en 2013.
A travers le bénin, plus de 850 producteurs se sont organisés en Cuma pour tirer profit du matériel agricole, au lieu de privilégier une utilisation individuelle qui requiert coût élevé. Cette initiative est inspirée du modèle français des Cuma qui est basée sur « l’organisation volontaire de petits groupes solidaires d’agriculteurs qui investissent en commun dans les équipements, s’organisent collectivement pour les utiliser sur leurs exploitations et se structurent en réseau pour la formation, la représentation et les échanges de pratiques », expliquent un groupe d’experts dans une étude intitulée «Une expérience originale de mécanisation partagée en Afrique : les coopératives d’utilisation de materiel agricole du Bénin. Dans l’ouvrage paru en avril 2015 et cofinancé par la Foundation Farm, les auteurs soulignent le mode d’organisation des Cuma pour satisfaire les membres et préserver la cohésion du groupe. « Un ordre de passage du tracteur pour le labour est établi. Dans la plupart des cas, deux passages sont effectués chez chaque membre afin de minimiser les risques de non-satisfaction ». Dans la majorité des cas, relèvent-ils, les tours de passage sont décidés en assemblée générale au début de la campagne, par consensus. Dans les autres cas, les tours de passage se font par tirage au sort par « zone » où plusieurs producteurs sont installés.
En ce qui concerne la quote part des membres pour l’achat des équipements, les experts indiquent que le montant de l’apport en capital de chacun est fonction des superficies que celui-ci souhaite labourer avec le tracteur : « chacun contribue aux charges d’exploitation du matériel proportionnellement à son utilisation ». A en croire les auteurs de l’ouvrage, c’est ce partage du coût de l’équipement facilite indéniablement l’accès à la motorisation aux petits agriculteurs.
Les Cuma emploient des mécaniciens qui sont formés à la conduite, l’entretien et au réglage du tracteur.

Les rendements ont augmenté. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Les rendements ont augmenté. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Des conditions de vie améliorées
Tout n’est pourtant pas rose dans le ciel des Cuma. Une fois le capital réuni, il n’est pas toujours évident de trouver des équipements répondant aux besoins des agriculteurs. En effet, les agriculteurs n’ont pas les moyens d’acheter le matériel auprès des distributeurs privés, qui pratiquent des prix élevés. Par conséquent, ils en font importer ou doivent en acquérir auprès des programmes ponctuels de l’Etat ou d’ONG.
« En raison de ces difficultés, 44 % des Cuma sont encore au stade de la recherche d’équipement », expliquent les experts. « L’attente, qui peut durer des années, décourage certains membres, et le groupe se recompose alors autour d’un noyau plus restreint », ajoutent-ils. A ce problème, s’ajoute celui d’un manque de fonds pour assumer les pannes imprévues et le renouvellement du tracteur une fois que l’équipement est acquis.
Les revenus générés par l’augmentation de la production ont permit d’améliorer les conditions de vie des adhérents. «Ils arrivent désormais à assurer les soins de santé de leur famille, envoyent les enfants à l’école et leur famille mangent à leur faim », confirme Nouwogou Koffivi, le Coordonateur national de l’Union national des Cuma du Bénin. Les marches à pieds sur de longues distances sont devenues rares : des adhérents la CUMA se sont dotés de véhicules. « Ils ont payé des engins à deux roues et un président s’est offert une voiture », explique Nouwogo.
Président de la Cuma La panthère, Gros Démon Tamou Sabi confie avoir acheté son propre tracteur d’occasion de marque MF 275, qu’il pense mettre bientôt à la disposition du groupe. Comme la plupart des membres de cette coopérative, Il a également acquis une parcelle à Kandi. Une maison louée au plus offrant y est construite.
Des membres de Cuma ont réhabilité les propriétés existantes. C’est le cas de Raymond Katchika, le secrétaire de la Cuma Agbletro qui affirme avoir changé la toiture de sa maison auparavant en paille en tôle, grâce aux revenus tirés de la vente de ses produits agricoles de la campagne 2012 – 2013.
En dehors des services qu’elles rendent à leurs adhérents, les CUMA participent au développement de leur localité. « Des dons en espèces pour la réalisation des infrastructures communautaires ont été octroyés et des équipements appartenant aux Cumas ont été utilisés pour le transport du sable devant servir pour la construction de la maison des jeunes et des bâtiments devront abriter l’école du village Sinanwongourou», conclut Nouwogo.
Anne Matho

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