archive

Archives Mensuelles: juin 2014

Un paysan tenant ses chèvres par la corde au marché de Ndu, dans le nord-ouest du Cameroun.

Un paysan tenant ses chèvres par la corde au marché de Ndu, dans le nord-ouest du Cameroun.

Grâce au projet « Chèvres », des producteurs de Ndu dans le Nord-Ouest du Cameroun ont été formés à l’élevage. Ils sont désormais plus conscients de la nécessité de bien les nourrir et d’éviter des croisements entre bêtes apparentées pour obtenir de meilleurs rendements.

«Observez les ressemblances au niveau de leurs visages. 80% des chèvres de la même famille présentent des similitudes sur cette partie du corps », explique Napoleon Nfor, agrovétérinaire et Consultant du « projet chèvres », à des paysans réunis autour de lui, au marché de Ndu, dans le nord-ouest du Cameroun où deux familles sur trois élèvent des chèvres.
Nullement perturbés par les bêlements, ces paysans qui l’écoutent religieusement apprennent ainsi à reconnaître les chèvres de la même famille.
L’objectif étant d’éviter le croisement entre ces animaux. «À cause de la consanguinité entre parents, deux cabris sur trois meurent de maladie dans cette localité», explique Napoleon Nfor. Il recommande aux éleveurs d’acheter de nouveaux mâles pour limiter les dégâts.
Cet échange avec les paysans s’inscrit dans le cadre de la plateforme d’innovation (PI) du projet Chèvres. Il s’agit d’une initiative de l’Institut international de la recherche sur le bétail (ILRI) à travers son programme Biosciences in Eastern and Central Africa (Beca) hub. Elle est mise en œuvre au niveau national par l’Université de Dschang grâce à l’appui financier du gouvernement suédois (Sida). «La PI est un système qui met en lien à travers le Cameroun tous les acteurs de la filière chèvre à savoir : restaurateurs, Ministère de l’élevage, chercheurs, institutions de microfinance, ONG, commerçants (maquignons, bouchers), producteurs et autres parties prenantes de la filière pour une meilleure gestion de la production», explique Séraphin Ayissi, Assistant du Coordonnateur national du projet.

Réduire le temps de production
Au marché de Ndu, l’équipe du projet était accompagnée des fonctionnaires du ministère de l’élevage, des chercheurs de l’institut de recherche agricole pour le développement (Irad) et des agents d’Ong.
« La rencontre avait pour objectif de renforcer les capacités de production des paysans du Nord-ouest du Cameroun », poursuit Séraphin Ayissi. La démarche se veut participative. « Au cours d’un atelier qui s’est tenu en février à Bamenda, a-t-il rappelé, les producteurs avaient identifié des problèmes spécifiques notamment au niveau de la nutrition, la santé et la reproduction. Il s’agit à présent de trouver ensemble des réponses ».

Une famille au marché des chèvres de Ndu

Une famille au marché des chèvres de Ndu

Les paysans ont assisté auparavant en salle, à une séance de castration de boucs, toujours dans l’optique d’éviter les croisements entre individus de la même famille.
Ils ont aussi appris à mieux nourrir leurs animaux. Plus question de leur donner uniquement de l’herbe. «Une à deux fois par semaine, leur donner aussi du tourteau de soja ou de coton, sans oublier de l’eau et du sel», conseille Napoleon Nfor, le Consultant du projet. « Vous avez constaté que vos cabris meurent après les mises bas. C’est parfois dû à un problème de nutrition. Le lait qui coule n’est pas suffisant pour les faire grandir parce que les mères n’ont pas été correctement nourries », a-t-il martelé, recommandant d’investir pour réduire le temps de production des bêtes : «Il faut jouer sur le temps de production. Quand tu laisses tes chèvres dans la forêt sans les nourrir, elles ne grandissent pas vite ».
Dommage, car la demande est très forte sur le marché local. Le prix de la chèvre est ainsi passé du simple au double au marché de Ndu, principal point de vente dans le nord ouest du Cameroun. «La demande est grandissante ici au point où à 10h, toutes les chèvres sont déjà vendues », témoigne Stephen Ngala, Président de “Goat and pig traders union of Ndu”, une organisation qui regroupe plus de 200 commerçants de chèvres et producteurs.
«Regardez, indique-t-il, en montrant des chèvres attachées côte à côte sur les trois quart de la clôture en bois du marché. Elles ont déjà tous été achetées ». Billets de banque en mains, revendeurs et acheteurs s’arrachent d’ailleurs les derniers animaux que les paysans tiennent par la corde. Ils approvisionnent aussi les grandes villes du Cameroun et le Gabon.

Billets de banque en mains, revendeurs et acheteurs s’arrachent les derniers animaux que les paysans tiennent par la corde.

Billets de banque en mains, revendeurs et acheteurs s’arrachent les derniers animaux que les paysans tiennent par la corde.

Mettre fin au vol des chèvres
La rencontre de Ndu a également permis de trouver les solutions au vol des chèvres, tant décrié par les éleveurs. Interdire le transport des chèvres nuitamment par moto, élaborer des carnets d’identification des éleveurs et des chèvres qui précise en cas de vente l’acheteur et la localité de provenance de l’animal… sont entre autres les solutions proposées par les participants.
Au terme de la rencontre, Emmanuel Ndzi, un producteur, se dit déterminé à appliquer les meilleures pratiques apprises. «Avant, je ne nourrissais pas mes bêtes, me contentant de les laisser brouter à l’air libre. Dès aujourd’hui, je vais les nourrir et leur donner à boire. J’espère qu’ainsi mes chèvres auront plus d’un cabri par mise-bas». Il s’engage par ailleurs à construire une case pour ses bêtes afin d’éviter qu’elles ne détruisent les cultures et créent des conflits.
Pareille rencontre suscite en outre des vocations : «Je vais encourager mon entourage à élever des chèvres pour gagner de l’argent. En effet, j’ignorais qu’on peut vivre décemment de cette activité et payer la scolarité des enfants », s’engage Japhet Njoya, un commerçant qui compte par cette activité améliorer ses revenus.
Le « Projet Chèvres » a déjà permis de former et rassembler les acteurs de la filière dans 3 régions du Cameroun, notamment à l’Ouest, le Nord et le Nord-Ouest. La prochaine étape du projet consistera à créer la PI de la région du Centre du Cameroun à Obala.
L’une des principales réalisations de ce projet qui s’achève en juillet 2015, a consisté à mettre sur pied une organisation permettant aux éleveurs de Kouoptamo dans l’ouest du Cameroun, de cotiser pour avoir accès aux soins de santé à bas prix. Le projet veut également promouvoir la production laitière des chèvres comme source de revenu.
Anne Matho

Encadré
Combiner le matériel génétique des chèvres

L’un des objectifs de la Plateforme d’innovation du projet « chèvres » est la connaissance du matériel génétique des chèvres de différentes régions du Cameroun pour une meilleure orientation des croisements. « En même temps qu’on travaille avec les éleveurs sur le terrain, nous prélevons les données. Ça peut-être du sang, du lait ou toutes autres données», explique Séraphin Ayissi. Ce qui permettra de relever les spécificités de chaque localité touchée par le projet. «Les marqueurs seront utilisés pour identifier les gènes responsables des performances. On pourra alors savoir s’il est possible d’obtenir de bons résultats en effectuant un croisement entre la chèvre du Nord par exemple et celle du Sud», a-t-il précisé.
Les chercheurs sont d’ores et déjà optimistes quant aux résultats. En effet, les régions visitées jusqu’à présent présentent des atouts. «Dans l’ouest du Cameroun, les chèvres ont des mises-bas multiples (deux à quatre cabris). Celles du nord produisent du lait en abondance. En combinant leur matériel génétique, on peut obtenir des individus ayant les deux traits », s’est félicité Séraphin. « Les résultats de la recherche seront mis à la disposition des producteurs », a-t-il assuré.
Anne Matho

Publicités
%d blogueurs aiment cette page :