archive

Archives Mensuelles: janvier 2014

Une femme travaille dans une usine de riz, située à Benue, un Etat fédéral du Nigeria.

Une femme travaille dans une usine de riz, située à Benue, un État fédéré du Nigeria. Crédit photo : Reuters

Semences de qualités, subventions… Autant d’ingrédients qui ont permis d’augmenter la production de riz de 8,4 % en moyenne en Afrique depuis 2007/2008, années des émeutes de la faim. Producteurs, chercheurs, investisseurs et experts sont optimistes. Le continent pourra atteindre l’autosuffisance en 2020.

 

2007 et 2008, des jeunes descendent dans les rues pour dénoncer  l’explosion des prix alimentaires à travers tout le continent. Ces émeutes de la faim semblent derrière nous, grâce notamment à l’augmentation de la production de riz.

«Nous sommes passés de 80 tonnes récoltées en 2008 à 800 tonnes en 2012 », raconte, par exemple, Salifu Bah Ndichengoh, président de Bambalang Ndop farmers federation of Unions of CIG (Commun initiative group), un groupe d’environ 800 riziculteurs camerounais. Cette performance a été possible grâce à une subvention publique. «Nous avons reçu 19 millions Fcfa en 2011, explique le président de l’organisation paysanne. Ce qui nous a permis d’acheter des semences améliorées par les chercheurs, des engrais, des fongicides et des herbicides».

Grâce à ce don, le groupe s’est agrandi, la superficie cultivée multipliée par cinq. « Alléchés par les dons, des membres nous ont rejoint portant la surface cultivée à 250 hectares, contre 50 hectares par le passé », ajoute Salifu.

 

Prix revalorisés

Cet accroissement de la superficie, complétée par un partenariat avec l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad Cameroun), a favorisé l’augmentation de la production. «Les chercheurs viennent nous former sur les techniques de  préparation du terrain, l’application et la sélection des semences, poursuit-il. Ils nous fournissent en semences améliorées ».

Grâce à cette formation, les producteurs obtiennent désormais un riz de bonne qualité qui rivalise avec celui importé, plus prisé sur le marché local. «Nous sommes passés de 50% de grains brisés à 15% », se vante Salifu. Désormais les producteurs obtiennent de meilleurs prix pour leurs produits. Ils vendent le sac de 50 kilogrammes 16 000 Fcfa, contre 14 000 Fcfa par le passé.

Comme ces riziculteurs camerounais, de nombreux autres producteurs africains ont reçu subventions et formations pour faire face à la crise. Ce qui a entraîné une augmentation de la production, selon des témoignages recueillis au cours du troisième congrès du riz en Afrique qui s’est tenu à Yaoundé en octobre dernier[1].

Soutenir les producteurs

Riziculteur béninois et président du cadre régional de concertation des producteurs de riz (CRCOPR) – le groupe riz du réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles (ROPPA) de l’Afrique de l’Ouest – Pascal Gbenou confirme la tendance. «Il y a eu un accroissement de la production. A partir de 2008, il y a eu du soutien public à la riziculture. Nous, producteurs, nous sommes convaincus que si on apporte suffisamment de soutien, nous serons en mesure de nourrir les populations ». « Il y a eu changement des politiques au niveau des pays depuis 2008. Les résultats de la recherche qui dormaient sont désormais valorisés avec la mise au point des semences améliorées qui augmentent le rendement», ajoute-t-il.

Ces observations de terrain sont confortées par les enquêtes. Selon le Centre africain du riz (Africarice), la production africaine augmente de 8,5% chaque année depuis 2007/2008, contre 3,5 % par le passé. «Ce qui montre que le Continent est en train d’engranger une révolution verte dans le secteur riz», apprécie Eric Tollens, membre du conseil d’administration d’Africarice.

Les prévisions sont aussi bonnes. «Le Suivi du marché de riz de la FAO (Smr) prévoit que l’Afrique produira cette année 2% de plus que la récolte de l’année dernière », a précisé Ren Wang, Assistant Directeur général à la FAO. En même temps, le Smr prédit aussi une baisse des importations de 12,6 millions tonnes, soit 7% de moins qu’en 2012.

 

70 % de terres non cultivées

Africarice espère même qu’à l’horizon 2020, l’Afrique atteindra 80 % d’autosuffisance en riz. Ce qui entraînera une diminution de 5 millions de tonnes d’importations. L’organisation a mis au point un partenariat signé par 25 pays africains pour atteindre cet objectif.

Il consiste notamment à amener la recherche à travailler en partenariat sur le rendement ou la qualité. Lancée depuis mai dernier par Africarice, une nouvelle variété de riz Arica (Variétés de riz avancées pour l’Afrique) permettra d’accroître le rendement. Elle  produit un rendement  d’au moins 15 % de plus que les variétés Nerica (Nouveau riz pour l’Afrique) mises au point par la recherche.

L’Afrique dispose d’un autre atout de taille pour atteindre ses objectifs. «Seulement 30% des terres sont cultivées et l’eau est abondante », explique Eric Tollens. Pour Aboubacar Diallo, riziculteur malien, il faut tempérer l’enthousiasme. «On n’est pas totalement sorti de la crise, qui était structurelle et non pas conjoncturelle. Chaque 25 ans, l’Afrique et le monde connaissent des crises. Les importations augmentent en même temps que la production. C’est un paradoxe !», s’est-il exclamé. En effet, l’Afrique produit environ 12 millions de tonnes, et en importe… autant.

Anne Matho

 

Encadré 1

Semences de riz amélioré exposées au cours du troisième congrès du riz en Afrique.

Semences de riz amélioré exposées au cours du troisième congrès du riz en Afrique.

Un ivoirien produit 8,5 tonnes de riz à l’hectare !


La production de riz en Côte d’Ivoire est prometteuse. Marcel Yao Kouakou, riziculteur ivoirien a réussi à atteindre 8,5 tonnes à l’hectare. Ce qui constitue une révolution, le rendement moyen en Côte d’Ivoire étant  de 3 à 4 tonnes à l’hectare.  L’utilisation d’une variété de semences améliorées par la recherche a rendu possible cette performance de Marcel. Elle est mise au point par le Centre africain du riz, basé au Bénin. Dans le programme national d’investissement agricole mis en œuvre en Côte d’ivoire par Yaanovel dans le district de Yamoussoukro en partenariat avec l’entreprise suisse Novel, cette variété améliorée est vulgarisée auprès de petits producteurs. «Nous formons les petits producteurs sur la multiplication de ces semences améliorées en partenariat avec Sygenta », a indiqué Denis Koko, chef du projet riz de Yaanovel. Dans le cadre du projet, les producteurs reçoivent des intrants et du matériel de production. En retour, Yaanovel se réserve l’exclusivité de leur production. Dans le cadre de ce partenariat public-privé, le district de Yamoussoukro apporte près de 1000 hectares qui ont été mis à la disposition de Yanovel pour en faire une superficie tampon de production en régie. En retour, Yaanovel apporte son appui technique pour les engrais, les traitements et la mécanisation.

Anne Matho

 

Encadré 2

Des semences adaptées à la terre ferme

Le riz n’est plus seulement cultivé dans les bas-fonds au Cameroun. Depuis mai 2011, les petits agriculteurs de Sangmelima, Batouri, Dimako et Ngoumakong situés en zone forestière, produisent pour la première fois du riz sur la terre ferme comme les autres denrées agricoles à l’instar du maïs, du manioc ou du taro. Ils ont reçu de nouvelles variétés de riz pluvial Nerica adaptées aux plateaux, mises au point par Africarice. Ce qui explique cette prouesse.  « La récente mise en circulation des variétés NERICA adaptées aux plateaux et aux bas-fonds a été saluée par nos riziculteurs », jubile Madeleine Tchuente, la Ministre camerounaise de la recherche scientifique et de l’innovation. En outre, le cycle de production de ces nouvelles variétés est court. 115 jours maximum contre 135 jours en moyenne pour les variétés ordinaires. «Le Nerica est une semence hybride issue de la fécondation d’une variété de riz asiatique caractérisée par un fort rendement avec une variété africaine tolérante à la sécheresse», a expliqué MarieNoëlle Ndjiondjop, généticienned’AfricaRice.

Anne Matho

 

Les articles ont été produits à l’occasion du troisième Congrès du riz en Afrique.


[1] Co-organisé par AfricaRice et la FAO en collaboration avec l’Institut de Recherche Agricole pour le Développement (IRAD Cameroun), le congrès avait pour thème «La science rizicole pour la sécurité alimentaire à travers le développement de l’agriculture familiale et de l’industrie agroalimentaire en Afrique».

Technicien supérieur d'agriculture, le jeune Ngoumkoué Tiwa Guyrlain est Lauréat de la catégorie « producteur modèles zone forestière à 1 saison de pluies (Littoral, Sud Ouest). Il produit de l'ananas, maïs et poulet de chair à Nlohé, arrondissement de Manjo (Moungo),

Technicien supérieur d’agriculture, le jeune Ngoumkoué Tiwa Guyrlain est Lauréat de la catégorie « producteur modèles zone forestière à 1 saison de pluies (Littoral, Sud Ouest). Il produit de l’ananas, maïs et poulet de chair à Nlohé, arrondissement de Manjo (Moungo),

Le but est de susciter des vocations en valorisant le métier d’agriculteur.

 

Les premiers lauréats des Agric awards La Voix du Paysan, concours organisé par  le Service d’appui aux initiatives locales de développement (Saild), une organisation non gouvernementale, sont connus. Ils ont reçu leurs prix le 13 novembre dernier à Yaoundé au cours d’une cérémonie présidée par Janvier Mongui Sossomba, le Président de la Chambre d’Agriculture, des pêches, de l’élevage et des forêts du Cameroun.

La dernière initiative du genre, le Comice agropastoral, abandonné depuis  janvier 2011, était l’œuvre de l’Etat. Les «Agric Awards » seront organisés chaque année, assurent ses promoteurs. «Je suis heureux d’avoir participé à ce concours, même si je n’ai pas gagné», a expliqué Pierre Nanfah, un nominé qui produit du poivre de Penja, récemment certifié « Indication géographique protégée ». Read More

%d blogueurs aiment cette page :