Le retour gagnant du riz local au Cameroun

Le riz produit par l’Unvda

Le riz produit par l’Unvda

Longtemps boudé par les consommateurs camerounais, le riz produit par l’Unvda, un organisme parapublic de développement agricole, se fraye une place sur le marché local depuis 2011.

 

Le riz local cultivé dans la Haute vallée du Noun se vend bien. “Depuis 2011, nous sommes toujours en rupture de stock pendant les fêtes de fin d’année”, se réjouit Chin Richard Wirnkar, directeur général de la Upper Nun Valley Development Authority (Unvda). Cette organisation, située à Ndop (37 km de Bamenda), collecte le riz produit par les 12.000 producteurs de cette région pour le traiter et le vendre.

Pourtant, suite à une crise de confiance des consommateurs camerounais dans les années 1990, le riz local était boudé. A Yagoua, Siantou et Ndop (sièges des organismes parapubliques, seuls agréés à commercialiser le riz local), la production était restée stockée dans les magasins. La crise de confiance était si profonde qu’entre 1996 à 2010, l’Unvda a cessé ses activités de commercialisation. En cause, une mauvaise publicité. “Le ministre camerounais de l’agriculture de l’époque avait affirmé en direct à la télévision que le riz camerounais ne cuit pas bien”, déplore Chin Richard Wirnkar.

 

Moins de 14% de teneur en eau

“Les consommateurs ont vite fait l’amalgame entre les produits que nous (entreprises parapubliques) mettons sur le marché et celui vendu par d’autres opérateurs qui, eux, ne traitent pas le paddy”, enchaîne-t-il, dénonçant “les opérateurs privés qui achètent à vil prix la production  des riziculteurs“. “ Ils vendent du riz qui n’est pas bien traité. Quand vous le préparez, vous obtenez de la pâte. En plus vous y retrouvez des impuretés de toutes sortes : de la coque, des cailloux etc”, déplore Chin Richard Wirnkar. Le riz traité par l’Unvda est de bonne qualité, à l’en croire. Après la récolte, l’organisation sèche ses grains au moins 6 mois avant de les usiner. Objectif : obtenir des produits qui ont une teneur en eau de moins de 14%.

Aujourd’hui, l’Unvda se remet de cette crise. Grâce à un financement de l’Etat octroyé en réponse à la grève de la faim survenue en 2008 au Cameroun, la structure a accru sa production. Celle-ci est passée de 1832 tonnes de riz paddy traité en 2010 à 3134 tonnes en 2012.

Pour obtenir ces résultats, l’Unvda a réhabilité 2.532 des 15.000 hectares de terres, que le gouvernement lui a octroyés pour développer la production du riz dans la Haute vallée du Noun. Barrages et canaux d’irrigation ont été rénovés. Abandonnées par les producteurs, les rizières étaient à la merci des bœufs en transhumance qui les ont détruites.

 

Riz frais et bio

L’aide de l’Etat a également servi à acquérir des engins lourds pour la réhabilitation des pistes rurales qui permettent d’acheminer le riz des rizières vers l’usine de l’Unvda. Des fonds ont enfin été prévus pour acheter le riz produit par les riziculteurs.

Pour vendre sa production croissante, l’Unvda s’est attelé à redorer l’image du riz produit dans la Haute vallée du Noun. L’organisation a multiplié ses interventions dans les médias depuis 2011. Cette stratégie de communication est complétée par une politique commerciale efficace. L’Unvda participe à diverses foires agricoles et manifestations culturelles. Elle en profite pour se faire une réputation.  “Les visiteurs qui goûtent notre riz ne peuvent plus s’en passer”, se félicite le responsable de la structure. La raison de ce succès ? “Notre riz est frais et bio. Contrairement au riz importé qui est de qualité douteuse (voire encadré) ; ce sont des stocks de sécurité qui ont perdu leur saveur parce qu’ils sont restés dix ans dans les silos en prévision des catastrophes naturelles ou des guerres”, affirme-t-il.

 

Vendu à 350 Fcfa/kg

Pour améliorer sa production, l’Unvda voit loin. L’organisation va recruter une dizaine de techniciens agricoles et des chauffeurs de tracteurs grâce à un financement du  Budget d’investissement public (Bip) 2012. Un séchoir moderne, récemment acquis, permettra de faire face à une forte demande pendant les fêtes de fin d’année notamment.  “Vingt-quatre heures après la récolte, le paddy sera séché au lieu d’attendre 6 mois.  Ensuite le riz sera usiné et vendu”, se réjouit le directeur général.

L’Unvda reste toutefois confronté à des difficultés qui limitent ses performances. L’usine n’est pas moderne. Vieille de 30 ans, la décortiqueuse n’est plus au point. Il faut changer des pièces ou en ajouter. En plus, beaucoup d’activités, à l’instar de la manutention, sont encore manuelles.

Autre problème, la baisse de productivité des semences utilisées par les riziculteurs. Introduites au Cameroun depuis près de trente ans, elles ont progressivement perdu leurs performances d’antan.

Le riz naturel blanc produit par l’Unvda est vendu à 350 fcfa le kilogramme. Le sac de 50 kgs s’arrache, lui, à 17.000 Fcfa. Ces produits sont vendus à Douala et à Yaoundé.

Le riz local produit par l’Unvda et les autres organisations parapubliques est estimé à 124 000 tonnes par an. Hélas, cette quantité ne satisfait pas à la demande nationale qui est de 500 000 tonnes par an, selon le ministère de l’Agriculture. En 2011, 545 000 tonnes de riz ont été importées pour un montant de 145 milliards de FCFA.

Anne Matho

 

Encadré

Importante saisie de riz importé

130 000 sacs de riz avarié ont été interceptés au Port autonome de Douala en mars dernier. “La cargaison estimée à 7000 tonnes provient du port de Yangon à Singapour”, indique  Prince Nasser Kemajou, coordonateur de l’organisation des droits de l’Homme et de protection des citoyens (Odhpc), une ONG basée à Douala. Le procès verbal dressé par les agents du contrôle phytosanitaire du port de Douala indique que “ce riz de marque Soleil, est moisi, et n’est pas bon pour la consommation”.

A. M.

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1 commentaire
  1. NYAFEU LONTCHEP STEPHANE a dit:

    Il est important d’encourager la production locale et de mettre sur pied une politique de protectionnisme afin d’emmener la population à consommer d’abord camerounais.

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