archive

Archives Mensuelles: octobre 2013

L’INVITE » de TV5MONDE présenté par Patrick SIMONIN le 07/11/11 : Aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Jean Ziegler a été rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation.
Avec sa franchise habituelle, il dénonce la faim comme un crime de masse bien organisé.

Les paysans sèchent les grains de café sur des plateformes à Oku.

Les paysans sèchent les grains de café sur des plateformes à Oku.

Vanté comme l’un des meilleurs du Cameroun, le café d’Oku jouit d’une bonne réputation à travers le monde grâce à son arôme. Avec l’embellie des prix, la majorité des 1500 caféiculteurs rajeunissent ou agrandissent leurs plantations. Reportage.

 

La plantation d’Ezechiel Nkwan a fière allure, dans le village Oku, à 125 kilomètres de Bamenda. De jeunes caféiers aux tiges et branches minces s’étendent sur 1 hectare et demi. Ils sont de petite taille et de couleur uniforme. Tout le contraire des arbres qui s’y trouvaient autrefois. “Regardez, indique Ezéchiel en montrant de la main des arbres noirs et teintés de moisissure blanche qui poussent sur une autre parcelle. Ce sont de vieux caféiers qui, il y a deux ans encore, recouvraient entièrement ce champ. Mais à cause de leur faible rendement ils sont progressivement abattus pour être remplacés par de plus jeunes plants”. 

Cette plantation de 2 hectares qui produisait jusqu’à 7 sacs de café par saison quand elle lui a  été léguée par ses parents, n’est plus rentable. “Mes caféiers matures ont  plus de 16 ans, et ne me donnent plus satisfaction. La saison dernière, j’en ai récolté 1 sac et demi seulement. Je veux accroître ma production. C’est pourquoi j’ai décidé de régénérer mon champ en plantant de nouvelles variétés de caféiers à haut rendement ”, explique le producteur.

Comme Ezekiel, la grande majorité des 1500 caféiculteurs d’Oku rajeunissent ou agrandissent depuis sept ans leurs plantations. Conséquence, la production augmente. “Nous avons produit 182 424 tonnes l’année dernière, contre 114 130 tonnes de café en 2010”, se félicite Patrick Ebsy, le président de la Oku Area Cooperative Union, l’organisation paysanne locale qui collecte, traite et vend le café des producteurs de la localité.

Le ministère de l’Agriculture et du développement durable (Minader) a octroyé plusieurs milliers de plants de café arabica à haut rendement à la coopérative. Cette dernière, qui a développé une pépinière, l’a réparti entre ses 14 groupements d’agriculteurs regroupés en Groupes d’initiatives communes (Gic). Ces organisations les distribuent, à leur tour, aux petits producteurs, favorisant ainsi la régénération ou la création de nouvelles plantations.

 

Café flatteur, sucré et fruité…”

L’environnement d’Oku est favorable à la culture du café. Cette denrée tire ses saveurs de la montagne. “C’est de l’arabica cultivé sur les hauteurs du Mont Oku, confie Matthew Ngangwa Mbibe, le directeur de la coopérative. Ce village est situé à 1800 mètres d’altitude”. Le sol de couleur noire est d’origine volcanique. Les plantations sont implantées sur des pentes et des collines. La forêt Kilum-Ijim  et ses grands arbres qui s’étendent sur plusieurs hectares, rafraîchissent l’air.  A Oku, le temps oblige les habitants à porter des vêtements épais. Le café tire également ses saveurs de ce climat, à en croire le directeur de la coopérative : ”A cause du froid, les “cerises” restent plus longtemps sur les arbres avant de mûrir : huit mois ici, contre six pour les autres localités chaudes du Cameroun”.

Ici, le café est une affaire de familles.

Ici, le café est une affaire de familles.

Ces bienfaits de la nature sont complétés par un traitement particulier (fully-washed) du café, propre à l’Arabica (variété cultivée à Oku). “Dans ce village, explique Matthew Ngangwa Mbibe, les producteurs dépulpent le café moins de 3 heures après la cueillette. Les graines sont  ensuite fermentées dans les  24 heures et lavées à l’eau propre avant d’être séchées”. Sous forme de longues tables en bambous, des plateformes sont visibles dans la cour de la majorité des cases. “Les paysans sèchent sur ces surfaces, indique le directeur de la coopérative. Nous leur interdisons de poser le café sur le sol pour éviter qu’il ne s’imprègne de l’odeur de la terre”.

Le café d’Oku jouit d’une bonne réputation comparativement aux autres « cerises » produites au Cameroun. “Nous avons toujours des preneurs. Même lorsqu’il y a du café en abondance sur le marché”, se vante le président de la coopérative. A l’étranger, les spécialistes ne tarissent pas d’éloges. Café flatteur, à la fois sucré et fruité,  le café de Oku développe des notes d’agrumes, de raisin sec, de noisette et de frangipane. Le côté gourmand fait penser à la brioche du petit-déjeuner, commente Lionel Lugat, torréfacteur et juge sensoriel français sur un site web.

 

Embellie du prix du café

Après le séchage, le café est amené dans l’usine de la coopérative qui assure elle-même le traitement final avant de le vendre. Les producteurs bénéficient de formations. “Nous formons nous-mêmes les 31 délégués de nos Gic (Groupes d’initiatives communes), au moins 3 fois par an. Ils vont à leur tour transmettre ces connaissances à leurs collègues qui rencontrent des difficultés dans leurs champs”, explique Patrick Ebsy, le président de l’Oku Area Cooperative Union. Les producteurs participent également à divers séminaires organisés par le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (Cicc) et l’Office national du cacao et du café (Oncc). La Oku Community Radio, la radio locale, diffuse des programmes pour éduquer et sensibiliser aux meilleures pratiques.

Des employés de la coopérative vérifient la qualité du café traité

Des employés de la coopérative vérifient la qualité du café traité

A Oku, les producteurs préparent déjà la nouvelle saison. Les caféiers ne portent plus de graines ce week-end de mars. “Elles ont été récoltées mûres, comme nous le leur recommandons”, souligne Patrick Ebsy. Vestiges de la dernière saison, quelques baies vertes ou brunes sont encore accrochées sur les branches. Finies les mauvaises herbes qui entouraient les caféiers. Les plantations sont débroussaillées et nettoyées, comme l’exige la coopérative.

Les producteurs ne s’échinent plus au travail pour rien. Ils sont motivés par l’embellie du prix du café, qui est passé de 500 Fcfa à 700 Fcfa. Les planteurs sont mieux rémunérés depuis que la coopérative est devenue autonome et vend elle-même sa production au plus offrant.

 

Manque de matériel de séchage

La Oku Area Cooperative Union s’est détachée, depuis deux ans, de la North West Cooperative Union (Nwca), une organisation qui regroupe l’ensemble des coopératives de la région du nord-ouest du Cameroun, à cause des problèmes de gestion. “La Nwca qui était chargée de commercialiser notre café, ne nous reversait pas la totalité du prix de vente, à cause des problèmes de gestion. On ne pouvait donc pas mieux payer les producteurs”, explique Patrick Ebsy.

Une partie des revenus a permis de réhabiliter quelques routes en 2010. “Il s’agit des voies qui relient la coopérative à quelques-uns de nos Gic”, indique Matthew Ngangwa Mbibe, le directeur de la coopérative. Il a recruté dix employés de plus pour travailler à l’usine et rechercher de nouveaux clients. Engrais, pesticides, fongicides et autres produits phytosanitaires sont vendus par l’organisation paysanne à bas prix (parfois moitié moins que ceux pratiqués sur le marché), grâce à des subventions octroyées par l’Etat.

Tout n’est pourtant pas rose dans le ciel des agriculteurs d’Oku. La pratique du dépulpage, par exemple, n’est pas aisée. “Les paysans ne sont pas tous propriétaires de machines adaptées pour cette tâche, déplore le directeur.  Ils les empruntent très souvent  et  sont souvent dans l’incapacité de dépulper le café dans les délais  recommandés pour stopper la fermentation des grains”.

Autres problèmes rencontrés par les producteurs, le manque de matériel de séchage. “Faute d’argent pour acheter des bâches afin de recouvrir les plateformes pour sécher, les producteurs sont obligés d’utiliser des bambous, qui pourrissent sous l’action de la pluie. Ils sont donc obligés d’en confectionner de nouvelles  chaque année”, conclut-il.

Anne Matho

Interview

Mr. Gérard Ngubi Mkong

Mr. Gérard Ngubi Mkong

Gérard Ngubi Mkong, chef d’agence à l’ONCC

“Un très bon café, mais…”

Gérard Ngubi Mkong, chef d’agence à l’Office national du cacao et du café (Oncc) vante la spécificité du café d’Oku, tout en souhaitant plus d’homogénéité dans la qualité de la production.

Afrique Agriculture : Que pensez-vous du café de Oku ?

Gérard Ngubi Mkong : C’est un très bon café, mais la qualité n’est pas homogène. Ici à Oku, chaque producteur fait le premier traitement de son café à savoir le dépulpage, le lavage, la fermentation et le séchage, avant de l’amener à l’usine. Cela implique que chaque producteur apporte sa qualité à lui. Quand on met toute cette production ensemble, la qualité n’est pas homogène. Ce problème ne peut être résolu que si la Coopérative acquiert une station de lavage “fully washing”. Or, pour l’instant la coopérative n’a pas des fonds pour acquérir une telle machine.

Dommage, car avec cette technologie, le traitement du café est centralisé. Ce qui fait que la qualité est homogène. Après la cueillette, les producteurs apportent directement les cerises fraîches à la station de lavage, qui pratique le dépulpage, le lavage, la fermentation et le séchage du café. Si vous observez le café séché ici, dans l’usine de la Oku area Cooperative Union, vous verrez qu’il y a certaines graines plus sombres, plus brunes. Cela indique que le producteur a gardé son café plusieurs heures avant de dépulper. Alors que pour avoir une bonne qualité, on doit dépulper immédiatement après la cueillette. Au-delà, la fermentation va commencer. Ce qui affecte la qualité du café.

 

Quand les paysans sèchent eux-mêmes leur production, cela affecte-t-il la qualité ?

Ils ont une plateforme pour sécher dans l’usine de la coopérative. Ce qui est une bonne chose. Mais, dans la mesure où chaque producteur sèche avant d’apporter son café ici, on ne sait pas s’ils sèchent à même le sol ou pas. Or, en séchant au sol, le café prend le goût de la poussière. Seule certitude, dans certains villages, les producteurs sèchent très bien. Mais on ne peut pas exclure que certains producteurs sèchent à même le sol même s’il y a une éducation pour limiter ce problème. A noter qu’il y a aussi un projet mené par l’entreprise exportatrice Olam pour former les producteurs sur la conduite à tenir dans les champs.

Croyez-vous en l’avenir du café de Oku ?

La qualité intrinsèque du café d’Oku est très bonne. Donc, oui, je crois en l’avenir de ce café. Les cafés qui viennent d’altitude élevée ont des caractéristiques qui sont très appréciées des consommateurs. La coopérative de Oku vend son café à un opérateur qui prend soin de le traiter et le conserver  séparément. Cet opérateur le vend sous le label “café de Oku”, y compris à l’export. C’est un marché de niches pour les cafés de qualité supérieure. Le label est un plus. Avant, ce café était traité avec les autres productions de la NWCA (l’Union des coopératives du nord-ouest du Cameroun). Ce qui n’apportait aucune valeur ajoutée.

Propos recueillis par Anne Matho

%d blogueurs aiment cette page :