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Archives Mensuelles: février 2013

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

“Tous les marchés de Yaoundé, pour ne citer que ceux-là, sont inondés de poulets importés”, révèle l’Association citoyenne de défense des Intérêts collectifs (Acdic), une organisation paysanne. Selon elle, 110 tonnes ont été vendues au Cameroun en 2011. Pourtant, suite à la campagne “poulet congelé importé” menée en 2004 par l’organisation paysanne pour sensibiliser les populations sur les effets pervers de ces produits pour la santé, l’Etat camerounais a interdit l’importation de poulets congelés. Commanditées par l’Acdic, des analyses en laboratoire à l’institut Pasteur de Yaoundé, ont révélé que 83,5% des poulets importés vendus sur les marchés camerounais sont impropres à la consommation humaine. Ils sont porteurs de bactéries (salmonelles et campylobacter).

A en croire l’Acdic, ces produits proviennent des pays frontaliers, notamment de la Guinée Equatoriale. L’absence d’une véritable politique pour booster la production nationale en poulet de chair favorise le phénomène. Les aviculteurs camerounais n’arrivent pas à satisfaire la demande à cause des incessantes pénuries de maïs, responsables de la destruction des poussins d’un jour et de la cherté de la provende. Autant de problèmes, qui entraînent la rareté du poulet et l’inflation des prix sur le marché, incitant des opérateurs économiques véreux à importer du poulet congelé, vendu moins chers. Ces produits frauduleux coûtent environ 2.000 Fcfa, contre 2.500 Fcfa au moins pour le poulet local.

Anne Matho

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée, vidée et rincée.

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée,
vidée et rincée.

Abattoir automatique nouvellement créé, la Société des produits agricoles du Cameroun (Spac) approvisionne le marché local en volaille de bonne qualité sanitaire, à en croire les promoteurs. Une révolution sur le marché national du poulet de chair.

 

L’offre en poulet prêt à consommer s’améliore au Cameroun. La Société des produits agricoles du Cameroun (Spac), un abattoir construit à Bafang (150 km au nord de Douala) en 2010, abat et emballe du poulet en respectant les normes bios sécuritaires. Les performances de ses équipements permettent de traiter jusqu’à 2500 oiseaux à l’heure. La structure possède une camionnette, qui lui permet de collecter la volaille qu’elle met sur le marché. En provenance d’une ferme, l’engin qui transporte les poulets de chairs vient de s’arrêter devant l’abattoir. Les employés de la Spac saisissent immédiatement les oiseaux piailleurs et les amènent à l’intérieur de l’usine. “Nous les abattons au fur et à mesure qu’on les apporte, généralement par bande de 6000. Nous en avons déjà abattus, ce matin vers 8h30. Nous allons recommencer vers 11h30 avec cette vague qui vient d’arriver”, affirme Philippe Ngome Ebanga, le chef d’usine. A chaque roulement, les viscères sont évacués et la chaîne d’abattage nettoyée. “Ils font l’hygiène des lieux parce qu’il faut éviter les contaminations. On ne mélange pas les bandes. En cas de contamination, il faut qu’on sache chez quels fermiers les poulets ont été infectés”, confie-t-il.

“…pas de salmonelles”

Un contrôle qualité est effectué sur les produits de la Spac en laboratoire au Centre Pasteur de Yaoundé, qui donne son quitus pour la distribution des produits sur le marché. “Ils font des analyses et constatent qu’il n’y a pas de salmonelles, ni aucune autre maladie qui pourrait être engendrée par mon poulet”, soutient Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac.

Une employée montre le produit final.

Une employée montre le produit fini.

Le dispositif de traitement des poulets abattus et nettoyés par cette société les met à l’abri des contaminations. Tout le contraire dans les marchés locaux où les poulets sont souvent abattus et nettoyés dans une totale insalubrité. “A la Spac, explique Tcheumeni, le poulet est accroché sur les carrousels. Ensuite, il va progresser et arriver au point d’anesthésie qui va ralentir son rythme cardiaque”. Le promoteur de l’abattoir  ajoute par ailleurs que ses produits répondent également à la norme Halal: “Après l’anesthésie, on fait saigner le poulet, égorgé par un musulman. La distance entre le bac d’anesthésie et celui de trempage a été mesuré afin que la saignée soit totale”. Ensuite, la volaille est plumée, nettoyée plusieurs fois et rincée. Le processus est automatique et coordonné par une équipe spécialisée. La chaîne comporte également une balance automatique qui indique le grammage et une ensacheuse. “Les produits sont refroidis avant d’être emballés afin que la durée de conservation soit plus longue”, indique Philippe Ngome Ebanga.

Contrats d’intégration

«Nous avons trois chambres froides où les poulets sont conservés en attendant le dispatching chez nos clients», enchaîne Tcheumeni qui entend par cette précaution garantir des produits sains aux clients. La Spac a formé 350 aviculteurs afin de s’approvisionner en animaux de qualité. Seuls 40 sont installés à ce jour. “Nous le faisons progressivement, explique Tcheumeni. Le temps de détecter tous ce qu’il y’a comme difficultés et inconvénients au niveau des différents fermiers, et de pouvoir juguler tous les problèmes qui pourraient survenir par la suite”. La Spac a développé avec ces producteurs, une sorte de contrat d’intégration, qui prévoit la fourniture des poussins d’un jour, la provende et la prophylaxie. Pour appartenir à ce réseau, le producteur doit posséder des installations d’une capacité de 500 poulets au moins. L’abattoir met également à la disposition de ses partenaires, un médecin vétérinaire. “Il fait le tour de toutes les fermes pour s’assurer de la bonne conduite de l’élevage avicole”, relève le directeur de l’entreprise, qui se réserve en retour l’exclusivité de la production des éleveurs. Le kilogramme de poulet lui est cédé par les éleveurs à 1700 Fcfa. L’abattoir y prélève par ailleurs les coûts engagés pour subventionner la production. Sur le marché, le kilogramme de poulets produits par la Spac est vendu à 2350 Fcfa.

Anne Matho

INTERVIEWS

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni

“Nous allons fournir 15 millions de poulets l’an…”

Le directeur de la Spac nous explique comment cinq personnes décidées à moderniser l’élevage et à lutter contre le chômage ont créé l’abattoir de Bafang. Leur ambition : livrer 15 millions de poulets par an sur le marché camerounais.

 

Qui sont les propriétaires de l’abattoir ?

C’est un abattoir 100% privé. Nous sommes un groupe d’investisseurs de cinq administrateurs. Ingénieur électrotechnicien, je suis titulaire  d’un M.B.A en management. J’ai travaillé pendant 16 ans en entreprise, au sein du groupe Barry Callebaut (l’un des plus grands chocolatiers dans le monde), représenté ici par Sic Cacao. J’étais responsable technique dans cette structure. En 2004, j’ai décidé de démissionner et de voler de mes propres ailes. Christophe Ekeng, l’un des autres associés est également ingénieur. Il a longtemps travaillé comme directeur chez Air Liquide et Mercédès également. Il est actuellement le président de la Chambre de commerce. Les autres administrateurs sont des financiers.

Quel est le coût de l’investissement ?

Le coût total du projet est d’environ 5 milliards de Fcfa. Pour l’installation des fermiers, nous avons été accompagnés par le Fonds national de l’emploi, qui s’est occupé de leur formation. Nous avons bénéficié d’un don du gouvernement japonais d’environ 500 millions de Fcfa à travers le ministère du Développement et de la Planification du territoire.

De combien de poulets avez-vous besoin pour faire tourner l’abattoir?

Faire tourner l’abattoir dépend des sources d’écoulement parce qu’on ne doit pas produire pour stocker, mais pour vendre. Pour vendre, il faut qu’il y ait de la clientèle. Donc nous produisons en fonction de notre clientèle. Et pour le moment, c’est à peu près 10.000 poulets par mois. Actuellement, nous vendons strictement au Cameroun, à des grands consommateurs que sont les hôtels, les supermarchés, les grands restaurants à l’instar de ceux qui s’occupent des plateformes pétrolières en mer.

Quelles sont vos ambitions ?

Au Cameroun, on a besoin de 45 millions de poulets par an. Nous qui sommes le plus gros abattoir, notre objectif est d’en fournir 15 millions par année. Avec notre capacité, c’est possible. Nous voulons également aider à résoudre le problème de chômage des jeunes de la région. C’est également possible, car l’activité que nous leur proposons n’a pas besoin de beaucoup de connaissances pour être conduite. En plus, l’aviculture n’a pas besoin de grandes superficies parce qu’ici les gens n’en ont pas. Il n’y a plus de vaste étendue pour l’élevage. A travers ce projet, nous voulons également booster la culture locale de maïs.

Propos recueillis par Anne Matho

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

“La Spac facilite la vente de ma production…”

 Gaston Deutchoua, aviculteur depuis 30 ans, explique les changements intervenus dans sa vie d’éleveur depuis qu’il collabore avec la Spac.

Comment a commencé le partenariat avec la Spac ?

Le minimum d’apport personnel exigé par la Spac c’est les bâtiments d’une capacité de 500 poulets. En tant que fermier, j’avais déjà des installations. Donc, je suis allé les solliciter. Une équipe de la Spac est venue visiter ma ferme. Elle a constaté que mes installations respectent les normes. Elle a également trouvé que ma manière d’élèver les poulets de chair est bonne.

Qu’est ce qui a changé depuis que vous coopérez avec la Spac ?

Avant l’arrivée de cette structure, j’étais aviculteur depuis près de 30 ans Depuis que nous collaborons avec l’abattoir, j’écoule plus facilement ma production. La Spac nous donne les aliments, les poussins, et organise la prophylaxie. Elle nous facilite la tâche en nous apportant tout sur place. Avant, je devais me déplacer pour aller acheter tous ces produits. Je dépensais énormément d’argent en frais de transport, sans être certain de trouver les produits sur place. Je devais aller à Bafoussam ou à Douala, pour trouver des poussins d’un jour. Parfois j’en importais de l’étranger. J’étais alors confronté aux problèmes de démarches portuaires.

Donc, vous écoulez plus facilement votre production ?

Si j’ai une bande de mille poulets, la Spac les achète tous à la fois. Avant, il m’était difficile de vendre rapidement mes poulets : les commerçants ne voulaient pas toujours acheter au prix que je fixais. J’étais donc parfois obligé de garder des poules de plus de 40 jours dans ma ferme. Par conséquent, il fallait payer beaucoup plus de provende pour les nourrir. Ce faisant, j’étais perdant, puisqu’à partir de 40 jours le poulet consomme énormément de provendes et c’est cela qui coûte cher. Avec la Spac, nous produisons avec un indice d’environ 2,2. Donc, on dépense 2 kilogrammes d’aliment pour obtenir un poulet d’un kilogramme. Avant, faute de clients, on pouvait atteindre un indice de 3 kilogrammes par kilo. Car, plus le poulet est gros, plus il consomme.

Propos recueillis par Anne Matho

SAM_5068Mille hectares de terrain acquis en octobre dernier permettront de construire des porcheries à la périphérie de Douala. Objectif : réduire les coûts de production et baisser le prix du porc sur le marché.

 

Les éleveurs de porcs de Douala auront bientôt leur zone de production. En collaboration avec le Programme national de développement de la filière porcine du Ministère des pêches et des industries animales (Minepia), la Confédération des «porciculteurs» du Littoral, une organisation qui regroupe 3.000 producteurs, a acquis en août dernier, mille hectares de forêt à Pk 36, un quartier situé à la périphérie de Douala. “Cette parcelle de terrain permettra de construire des fermes pour les producteurs de porcs de Douala”, explique Hildegarde Dissake, la présidente de la Confédération. En plus des bâtiments d’élevage, des routes, des maisons d’habitations, des écoles, des centres de santé et autres infrastructures y seront aménagés. “Il s’agira d’un vrai village pour éleveurs de porcs. Vous n’allez pas demander à un éleveur de se délocaliser de la ville vers la brousse en laissant sa famille”, se réjouit la responsable de l’organisation.

 

Se ravitailler sur place

Le choix d’inclure dans ce projet des installations autres que les fermes n’est pas anodin. Le paiement des frais de transport pour se rendre dans la zone de production pourrait décourager des éleveurs. “Il faudra qu’ils puissent se ravitailler sur place. Ils ne devraient pas débourser de l’argent pour régler des frais de taxi”, soutient Dissake.

Le projet ne devrait pas occasionner de dépenses inutiles. Bien au contraire. Les coûts de production des éleveurs bénéficiaires vont baisser. “Ils produiront eux-mêmes sur place le maïs et le soja qui sont les composantes de la provende”, explique la présidente de la Confédération. Une bonne nouvelle pour ces producteurs qui sont par exemple confrontés à la hausse du prix du maïs sur le marché international. Selon l’Association citoyenne des défenses des intérêts collectifs (Acdic), au Cameroun, le coût d’un kilogramme est passé de 190 Fcfa en 2008 à 250 Fcfa aujourd’hui à cause du déficit chronique de cette céréale, présente aussi dans la consommation humaine et l’industrie brassicole. Les producteurs de porcs font également face à l’envolée du prix du sac de remoulage de blé, qui se vend aujourd’hui à 4 500 Fcfa et 6 000 Fcfa au lieu de 2500 Fcfa il y a 2 ans. Le manioc et la patate seront également cultivés dans la zone de production pour l’alimentation du cochon. La baisse des coûts de production entraînera la stabilisation du prix de cet animal. A en croire l’Acdic, le prix du kilogramme de porc sur le marché a augmenté de 108%. Vendu à 1200 Fcfa en 1999, il coûte aujourd’hui 2500 Fcfa.

 

Halte à la promiscuité

Autres avantages, le projet permettra de palier les problèmes dûs au manque d’espace à Douala pour l’élevage porcin. A cause de la promiscuité dans cette ville, la peste porcine se propage rapidement. “Dans la zone de production, l’espace de sécurité entre les fermes sera respecté. Ce qui permettra de réduire les maladies”, affirme la présidente de la Confédération. 500 producteurs de porcs et leurs familles seront recasés dans la zone agropastorale.

Acquérir les mille hectares de forêt n’a pas été facile à cause de la réticence des communautés villageoises. “Ils voulaient nous vendre le terrain parce qu’ils ne comprenaient pas le projet”, explique Hildegarde Dissake qui a convaincu les villageois après moult tractations. Reste maintenant à sécuriser la terre en acquérant un titre foncier. La Confédération espère que l’Etat lui fournira une concession qui permettra à ses membres de s’installer durablement dans la zone de production. L’objectif le plus difficile à réaliser sera de viabiliser ces terres. Les cotisations des fédérations et groupes d’initiatives communes, membres de la Confédération, sont insignifiantes. Ces fonds sont inférieurs à 30.000.000 Fcfa, le montant nécessaire à la construction d’une ferme porcine, selon une estimation des experts rencontrés par la Confédération.

Anne Matho

 

 

ImageLe prix du taro s’est envolé sur le marché camerounais. Le seau de 30 litres vendu il y a deux ans à 1 500 FCFA, coûte cinq fois plus, soit 8 000 FCFA. Bien plus, cette denrée très prisée est devenue rare dans certains marchés. En cause, la chute de la production qui fait le mécontentement de plus en plus d’agricultrices.  “Depuis plus de deux ans, le mildiou attaque mon champ, qui ne produit plus grand-chose”, résume Bernadette Tohoguep, une productrice de taro citée par le mensuel “La voix du paysan”. Cette paysanne comme plusieurs autres a été obligée de réduire ses surfaces cultivables. Au ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), Ikelle Philippe, un responsable du Programme national de développement des racines et tubercules (Pndrt) constate pour le déplorer que de nombreux agriculteurs découragés ont abandonné la culture du taro, contribuant à créer une pénurie sur le marché. Cette baisse de production à l’origine de nombreux désagréments serait due à une pathologie. “Depuis deux ans, on observe des pourritures sur les racines du taro, explique Ikelle Philippe. Deux ou trois mois après les semis, les feuilles et les tiges jaunissent, empêchant la plante de se développer normalement”. Selon le fonctionnaire, le phénomène touche également le macabo. La solution serait de recourir à la recherche pour trouver des variétés de semences résistantes à ces pathologies. Mais en attendant, agriculteurs et consommateurs souffrent de cette pénurie.

Anne Matho

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