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Archives Mensuelles: janvier 2013

Le bois marqué censé légal

Le bois marqué censé légal.

Exploitation illégale des essences de bois protégées, absence des marques de marteau sur le bois exploité… Les employés d’Horizon vert, une entreprise,  partagent les raisons des sanctions du gouvernement à leur encontre en juillet 2012.

 

C’est sans surprise que les dirigeants de la société Horizon vert, située à 19 km au sud-Est de Kribi, ont accueilli une décision du Ministère des forêts et de la faune (Minfof) qui les condamnait en juillet 2012 pour “exploitation illégale de souches protégées et non respect des normes techniques de marquage”. Directeur du personnel, Claude Ayenan reconnaît les faits. “C’est normal  quand il y a violation de la loi. Nos bois ont été saisis ici à cause de ces problèmes…On n’est pas contents, mais on fait de plus en plus d’efforts pour éviter que cette situation se reproduise.”

En violation de la législation forestière, des espèces de bois protégées sont transformées par Horizon vert en meubles et vendus très cher sur le marché local. Alors qu’elles nécessitent une autorisation spéciale du ministère des forêts pour leur exploitation.

Dans la menuiserie de l’entreprise, un ouvrier tape de toutes ses forces sur un marteau pour redresser une pièce de bois massif. Il s’agit du wengue, une essence protégée et dont l’exploitation est interdite.

 

Approvisionnés par des livreurs clandestins

Pour son approvisionnement en bois précieux, Horizon vert se fait livrer clandestinement. “Nos bois viennent de l’Est. On a des livreurs, des jongleurs, c’est comme ça qu’on les appelle. Ils font tout pour nous livrer des bois comme le wengue, le bubinga, le bété, l’iroko et le sapelli, qui sont des essences protégées. Ils trouvent des moyens pour traverser les postes de police et de douane”, témoigne l’ouvrier sous anonymat.

A la scierie de l’entreprise, un jeune homme qui travaille depuis plus de 10 ans à Horizon vert confirme  : “Les espèces protégées  sont transformées ici, tous les jours”. Le pot aux roses a été découvert par une équipe du ministère au cours d’un contrôle de routine, l’entreprise n’ayant pas réussi à prouver la légalité de son bois. “Chaque bois a un point de départ, explique Claude Ayenan. Tu achètes le bois ; le vendeur te donne le bordereau de livraison qui atteste que ça sort chez lui, sinon c’est un bois illégal. Quand tu achètes au dépôt, à Yaoundé, les agents du service des Eaux et Forêts ont déjà contrôlé et martelé. »

 

Près de 20 milliards de Fcfa de recettes

“Pour les bois qui viennent de brousse, poursuit-il, les agents du service des Eaux et Forêts te donnent des papiers qui signifient que tu as payé les taxes. Nous avons écopé de la sanction parce que nous n’avions pas respecté ces différentes étapes.”

Les bois ne portaient pas les marques du marteau du ministère des Forêts. Ce qui constitue une violation grave des règles pour assurer la traçabilité du bois. En plus de la saisie de son bois, l’entreprise Horizon Vert a dû payer une amende de 4 500 000 Fcfa. Selon le Centre pour la recherche forestière internationale (Cifor), près de 20 milliards de Fcfa de recettes échappent, chaque année, au Trésor public à cause de l’exploitation illégale.

Des contrôles boiteux à l’origine

Président de l’association nationale des forêts communautaires, Daniel Mouil dénoncent des dérives qui permettent aux entreprises exploitantes d’encaisser facilement de l’argent. “Dans ce secteur, on se livre à n’importe quel type d’opération à condition qu’on gagne de l’argent”, s’indigne-t-il. Il met par ailleurs en cause la rigueur des agents du ministère. “Si on parle de bois qui n’ont pas respecté les normes de marquage et qui traversent les équipes de police, c’est qu’il y a problème au niveau des contrôles”, dénonce Daniel Mouil.

Le sommier des infractions publié par le ministère des forêts en juillet 2012 présente une évolution du nombre d’entreprises sanctionnées pour “exploitation de souches protégées et non respect des normes techniques de marquage”. Malgré la sonnette d’alarme tirée par les agents de ce ministère, les exploitants forestiers semblent avoir du mal à y mettre un terme. La nouvelle réglementation prévue dans le cadre de l’accord passé entre le Cameroun et l’Union européenne (Apv Flegt) permettra peut-être de venir à bout de ces pratiques.

Jean Ismael Bekile et Anne Matho (JADE)

Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

Un producteur de café à l'ouest du Cameroun.Subventions, remise en culture des caféières abandonnées, acquisition de matériels pour la collecte et la production du café… Depuis 2002, plusieurs initiatives boostent la production dans l’Ouest du Cameroun. Résultat : environ 5.000 tonnes de café arabica ont été produites l’année dernière, contre 4.000 tonnes en 2011.

Progressivement, la filière café de l’ouest du Cameroun se remet de la crise économique des années 1990. Cette dernière avait engendré une chute drastique de la production de plus de 80%, suite au désengagement de l’Etat des activités de production et d’appui financier aux organisations paysannes. Cette période n’est plus qu’un mauvais souvenir. L’année dernière, la récolte s’élèvait à 5.000 tonnes, contre 4.000 tonnes en 2011.

Un plan de relance

Cette performance est en partie due au plan national de relance de la filière café, initié par le gouvernement depuis 2002. “Ce programme a permis à l’Uccao (Union centrale des sociétés Coopératives agricoles de l’Ouest) d’obtenir des subventions pour travailler dans l’intérêt de ses six coopératives partenaires”, explique Jean Feugueng, le directeur des activités agricoles et coopératives à l’Uccao.  Cette organisation collecte et exporte la production de café des six coopératives agricoles de l’Ouest du Cameroun, sous forme moulue ou brute. En 2007 par exemple, une convention signée avec le ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader), a permis à l’Uccao de financer la production de plants qui sont mis gratuitement à la disposition des 110.000 producteurs membres des coopératives.

Une pépinière de caféiers à Bafoussam.

La structure a également distribué aux coopératives 1145 tonnes d’engrais l’an dernier. “Ce que la structure n’avait plus fait ces quinze dernières années”, soutient le directeur. Cette année 2.500 tonnes seront également réparties entre les organisations paysannes.

Encouragés par l’Uccao et ses partenaires et par la hausse des prix du café sur le marché international, les paysans ont planté des caféiers. Ils avaient abandonné cette culture pour se lancer dans les productions vivrières, suite à la chute des prix sur le marché international pendant la crise économique des années 90. De même, les caféières délaissées reprennent vie. Les effets de cette reprise se font déjà ressentir. « La superficie de café, cultivée à l’Ouest du Cameroun, croît de 90 hectares chaque année depuis 2009 », explique Jean Feugueng. Cette augmentation s’est fait ressentir sur la production, qui a également grimpé de 35%.

Innovations profitables

Suite à une décision du conseil d’administration de l’Uccao prise en 2008, la structure équipe les coopératives agricoles d’unités de traitement du café nature en café lavé « fully washed ». A Bafang, Dschang, Santchou et Bafoussam, les coopératives en ont bénéficié. Dépulpage, lavage et séchage du café ne sont plus pratiqués par les agriculteurs adhérents de ces organisations. Ces tâches sont à présent effectuées par les machines de fully washed. Une technologie payante aussi pour l’Uccao qui obtient un café haut de gamme, très coûteux et prisé sur le marché international. “La différence de prix entre un café nature et un café fully washed est de 20 à 30 %”, signale le responsable de l’Uccao.

La structure fournit aux coopératives des pick-up pour le ramassage du café dans les villages. A présent, les paysans bénéficiaires ne dépensent plus en frais de transport pour aller livrer leurs produits. Ils font des économies et peuvent investir dans d’autres secteurs d’activités. “En accord avec les producteurs, nous arrêtons un calendrier pour venir collecter leur récolte chez eux”, explique Feugueng. Là encore, l’organisation y trouve un avantage certain dans la mesure où elle collecte plus de café. “Des coxeurs (acheteurs non agréés de café) sillonnent les villages pour acheter, à vil prix, la production des villageois. Grâce à nos véhicules, nous nous rendons sur le terrain avant eux et collectons un maximum de café avant leur arrivée”, explique-t-on à l’Uccao. Tous ces efforts en faveur des producteurs ont contribué à accroître la production.

Anne Matho

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