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Archives Mensuelles: octobre 2012

Les spécialistes recommandent des lignes de semis.

Cultures en ligne, utilisation rationnelle des herbicides…Deux approches vulgarisées au Cameroun pour augmenter la production des agriculteurs qui pratiquent le semis direct.

Au Cameroun, les petits exploitants agricoles (près de 90% des agriculteurs) apprennent à faire du semis direct (sans labour) autrement. A travers le programme national de recherche et de vulgarisation agricole (Pnrva) et le programme national d’appui à la filière maïs, les experts du ministère de l’agriculture et du développement rural (Minader) les incitent à faire des lignes de semis. «Les agriculteurs sèment souvent en désordre dans les champs. L’écartement des lignes recommandé ainsi que la densité sur les lignes, ne sont pas respectés. Les plantes ne sont pas alignées», explique Samuel Yen, un agronome du Minader. Conséquence de cette pratique, la production n’est pas abondante. «Les agriculteurs n’obtiennent pas le nombre de plants requis par superficie», soutient-il. En outre, ces producteurs ruraux accusent un manque à gagner sur le coût d’entretien de l’exploitation, le prix à payer pour le désherbage étant fonction des superficies. «Un agriculteur qui ne pratique pas du semis direct en lignes a moins de plants. Mais pour une même surface, il paye la même somme qu’un propriétaire de champs avec lignes», affirme Yen. Autres inconvénients de la pratique du semis direct sans ligne, «Pendant la dissémination des engrais, certains plants sont oubliés», apprend t-on au minader. A contrario, dans un champ, où les cultures sont en lignes, l’agriculteur peut circuler librement entre les plants pour administrer des intrants à chacun, assurant ainsi une croissance homogène à ses plantes.

Maîtriser les herbicides

Au nord du Cameroun, une meilleure connaissance du mode d’utilisation des herbicides dans le semis direct permet aux petits exploitants agricoles d’améliorer la productivité de leurs cultures, notamment le coton et les céréales. «La non maîtrise des traitements herbicides par les agriculteurs est l’un des handicaps majeurs de la réussite du semis direct, technique en pleine expansion dans cette partie du pays depuis plus d’une décennie», explique un expert. Les spécialistes recommandent aux paysans du Septentrion, d’éviter d’appliquer les herbicides totaux (la paraquat et le glyphosate) sur les cultures à cause de leur caractère non sélectif. Ils préconisent de les pulvériser sur les adventices déjà levés à partir du jeune stade en évitant de traiter lorsqu’il menace de pleuvoir. La même précaution doit être observée s’il ya du vent, afin d’empêcher la dérive des produits sur les cultures voisines. Des bonnes techniques qui permettent à ces paysans qui sèment sans labourer après nettoyage de leurs parcelles avec des herbicides, d’augmenter leur rendement.

Anne Matho

 

(Jade Cameroun): Maïs, haricot, arachide, banane, plantain, macabo, manioc, et tous les autres produits vivriers cultivés au Cameroun sont de plus en plus chers dans les marchés urbains, particulièrement à Douala. En réaction, la plupart des ménages se ruent maintenant sur le riz importé, finalement bon marché comparé aux produits locaux, grâce aux mesures prises dernièrement par l’Etat pour en baisser les prix. Reportage à Douala.

Une foule constituée essentiellement de ménagères se bouscule au marché Double-balle de Bépanda à Douala. Sur un tas d’ignames rangées sur un étalage, une affichette en carton annonce le prix de 500 F. « Une seule tubercule d’igname à 500Fcfa ? C’est trop cher » s’indigne Madeleine Talla, une ménagère,  le regard fixé sur l’igname qu’elle tient dans la main droite.

« Asso, je n’y peux rien. Moi aussi, je paye le sac d’igname à un prix exorbitant. Je n’ai pas de profit, lui réplique la vendeuse. Il s’ensuit alors quelques secondes de tractations entre les deux femmes. Echec car l’acheteuse ne veut pas payer plus de 300 F. Madeleine dépose l’igname sur l’étalage, se retourne, balaie le marché des yeux, puis se fraye tant bien que mal un chemin dans la foule. Elle s’arrête finalement un peu plus loin devant un sac de riz entamé au 3/4. Elle en achète quelques boîtes et rentre, quelque peu déçue. La vendeuse accourt et lui sert quelques boites de riz. Elle achète du riz, puis s’en va.

A Douala, le riz importé est devenu l’aliment le plus consommé dans la plupart des ménages citadins. « Chez moi, nous consommons presque tous les jours du riz maintenant parce qu’il est difficile d’acheter autre chose », confie RoseKamdem, ménagère à Douala. « Ne pouvant payer assez de tubercules pour tout le monde avec un budget de 1000 Fcfa, je me contente du riz », renchérit PlacideDogmo, une autre habitante de cette ville. Depuis 2007, l’igname, la patate, le manioc, tous les tubercules ont vu leurs prix augmenter de 60% à 100%, voire plus suivant le marché. Même hausse pour le haricot, le maïs et autres céréales locales. La banane plantain et la banane dessert ont doublé ou triplé dans certaines villes.

Le prix du riz importé, en revanche, a connu une augmentation modérée. Car en vue de freiner l’envolée des prix des produits alimentaires importés, l’Etat du Cameroun a suspendu en mars dernier les droits et taxes de douane sur les denrées de première nécessité, à savoir le riz, le poisson, le blé, la farine, et les huiles de table. En outre, le ministre du commerce a réinstauré le contrôle des prix sur ces denrées, et créé des magasins témoins pour les vendre aux prix fixés par l’Etat. Du coup, le sac de riz est passé de 20 000 Fcfa à 17 000 Fcfa contre 13 000 Fcfa en moyenne l’année dernière. Soit une hausse du prix du riz de moins de 35% au lieu de 54%.

Les produits locaux, par contre, n’ont bénéficié d’aucune mesure de faveur. Au contraire, la montée du coût de transport des produits entre les campagnes et les villes suite à la flambée du carburant, la montée du prix des engrais, l’enclavement des régions agricoles, et les exportations vers les pays de la sous-région (Gabon, Congo, Guinée Equatoriale), ont davantage contribué à l’envolée des prix des produits vivriers locaux. Une situation qui a rendu le riz importé relativement bon marché, et de plus en plus consommé dans les foyers urbains.

Anne Matho

Parc à bois d’un exploitant forestier à Eséka

Frais d’abattement des arbres non payés, projets sociaux oubliés : les communautés locales ont bien du mal à faire respecter leurs obligations aux entreprises qui exploitent leurs forêts. « Elles n’en ont jamais assez « , objectent les professionnels.

 

A Melombo (Village située à environ 75 km de Yaoundé), une dizaine de troncs d’arbres abattus sont abandonnés en plein air dans la forêt. À la merci des intempéries, ils ont pourri et sont recouverts de moisissure blanche. « Ces billes de

bois ont été  abandonnées ici par un exploitant forestier que nous avons sommé de

quitter notre forêt parce qu’il ne respectait pas le  contrat notarié qui nous liait », indique Rémy Nyada Ndi, le vice-président du groupe d’initiatives communes (Gic)

de la Communauté villageoise Melombo Okekat Faekele (Covimof), une organisation rurale propriétaire d’une forêt communautaire. L’exploitant forestier devait  verser 10 à 20.000 Fcfa par arbre abattu à la communauté locale. « Il retardait les paiements ou ne s’acquittait  pas de ces frais »,  s’insurge le responsable de la Communauté. Les villageois dénoncent également un abus de confiance. « Il utilisait nos lettres de voitures pour exploiter ailleurs, des essences qu’il ne trouvait pas ici », affirme Rémy Nyada Ndi.

 

Soupçonnée de complicité

 

Conséquence de cette supercherie, le Ministère des Forêts  et de la Faune (Minfof)  avait retiré l’agrément de Covimof. « Cet homme se servait de notre certificat d’exploitation pour se livrer à des trafics de toutes sortes. Nous avons été suspendus

parce que nous étions accusés d’être ses complices« , se plaint-il. La Covimof a clamé son innocence. « Pendant plus d’une année, nous ne pouvions pas exploiter notre forêt », explique Amougou Amougou Etienne, le délégué de la  Covimof

Finalement, après des vérifications effectuées sur le terrain par la Brigade Nationale de Contrôle (BNC) du Minfof et l’observateur Indépendant REM (Resource Extraction Monitoring), le certificat d’exploitation a été restitué.

Les contrôleurs ont constaté que « les bois abattus dans la forêt Covimof ont été évacués sous  forme de grumes » alors que c’est interdit dans les forêts communautaires. Autre difficulté, la communauté locale a dû saisir le préfet pour pouvoir récupérer les lettres de voiture qu’elle avait accordées à l’exploitant, l’autorisant ainsi à transporter du bois.

 

« Les populations ne sont jamais satisfaites « 

Nkolmetet, village voisin, a aussi connu des  conflits. En 2007, le délégué régional du Ministère a saisi la cargaison de bois d’un exploitant forestier qui n’avait pas respecté son cahier des charges, à savoir la construction d’un puits d’eau en faveur des villageois. « Les populations voulaient en découdre. Nous avons sollicité l’intervention de l’autorité administrative pour régler le problème », se souvient Julien Steve Mvondo, un responsable du groupe d’initiatives communes Oyenga. Responsable du bureau d’exploitation à la Société camerounaise de transformation du bois (Sctb), Hilaire Noutack, rejette ces accusations qui accablent les exploitants forestiers : « Les populations n’ont pas toujours raison. Elles ne sont jamais satisfaites et exigent toujours plus, même quand nous respectons nos cahiers de charges ». Si elle dénonce, elle aussi les abus des exploitants, Mireille Fouda Effa, chargée de Communication au Centre pour l’Environnement et le Développement (Ced), pointe aussi un doigt accusateur en direction des chefs de communautés locales. « Généralement, quand nous nous rendons sur le terrain pour vérifier  ce type d’abus, on constate que le chef du village ou une autre élite du village, a reçu de l’argent qu’il n’a pas reversé aux autres membres de la communauté ».

Anne Matho (JADE) 

 

ENCADRE

 

Lucien Mvondo : « On vous attribue une forêt communautaire pour relever le niveau de vie de la communauté »

Lucien Mvondo , un gestionnaire de forêt communautaire ayant une parfaite maîtrise des procédures, explique le processus d’acquisition et de gestion d’une  forêt communautaire. 

Que faut-il pour bénéficier d’une forêt communautaire ?

Lucien Mvondo : L’attribution d’une forêt communautaire nécessite d’abord la volonté de la communauté. Celle-ci doit être constituée en GiC, et manifester sa volonté par une demande adressée à l’administration des forêts. Cette demande est transmise par l’administration des départements. Quand les études vont au ministère des Forêts, on constate que les études ont été bien menés, on vous attribue une forêt communautaire pour relever le niveau de vie de la communauté.

Y a-t-il des documents spécifiques à fournir ?

Lucien Mvondo : Il faut une entité juridique signée par le ministère de l’agriculture, il faut les réunions de concertation, une grande étape qui peut prendre des mois. Il faut que la communauté soit suffisamment informée de ce qu’elle va faire, la raison d’être de cette affaire, maîtriser les lois et les règles en vigueur. Une fois cette étape terminée, il faut la grande étape finale qui est la réunion de concertation, qui est présidée par le préfet du département. Cette réunion consiste à recueillir l’adhésion massive des populations. Quand les populations devant le préfet acceptent gérer une forêt communautaire, en ce moment le préfet et les cinq services départementaux signent un document qui leur donne le droit de déposer une demande au ministère. Cette demande nécessite encore une autre étape : c’est l’obtention de la réservation de la zone sollicitée. Lorsqu’elle est donnée, il faut d’abord faire un inventaire de la zone sollicitée, après ça, il y a le service de la cartographie qui vient délimiter la zone, et puis un autre service chargé de l’inventaire entre en jeu. Quand l’inventaire est fini, on élabore le plan simple de gestion, ce plan est soumis au ministère de la forêt. Quand le ministère approuve que le plan simple de gestion a été légalement élaboré, en ce moment on vous attribue une forêt communautaire en passant par une réservation de la zone.

Quel est le coût du processus ?

Lucien Mvondo : Ce qui coûte très cher dans cette affaire, ce sont  les études socio-économiques, et puis l’inventaire systématique. Cet inventaire qui nécessite vraiment un travail sur le terrain, coûte des millions.

Entretien réalisé par Hugo Tatchuam (JADE)

Les articles sont produits avec l’aide financière de l’Union Européenne. Le contenu de ces articles relève de la seule responsabilité de JADE Cameroun et ne peut en aucun cas être considéré comme reflétant la position de l’union Européenne.

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