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Archives Mensuelles: août 2012

(Syfia Cameroun) Produire et vendre à l’exportation des légumes séchés de qualité irréprochable malgré le manque de moyens financiers. Tel est le défi que tente de relever seul un couple camerounais qui ne compte pas ses heures.

Aujourd’hui, une longue journée de travail s’annonce à ASD Sarl, une entreprise familiale de légumes séchés de Douala. Au programme, la production de n’dolé, le légume fétiche de la cuisine camerounaise, Vernonia S.P de son nom scientifique. « Nous ne sommes que deux à travailler ici », insiste le patron, Samuel Yemeli Kuété, 45 ans, aidé de son épouse Antoinette. Pour l’effeuillage, un garçon qui vit chez eux leur donne un coup de main. Et en cas de grosse commande, ils recrutent des salariés temporaires payés à la tâche. « Nous sommes debout depuis 4 h du matin. On a commencé par le nettoyage des légumes », lance le mari sans quitter des yeux la branche qu’il effeuille d’une main experte. À 10 h, l’effeuillage tire à sa fin. Antoinette profite d’une courte pause pour préparer le petit déjeuner. La tasse vite avalée, le travail reprend. Tandis qu’elle approvisionne la broyeuse en feuilles, lui lance la machine qui déchire le silence de son long vrombissement. À l’aide d’un bâton en bois, il remue les légumes dans le réceptacle de la machine. Il en sort au bout de quelques minutes une pâte verte baignant dans un jus mousseux tandis que le parfum suave caractéristique du n’dolé emplit la pièce. En une heure, l’opération est terminée. Le tout sera ensuite chauffé, essoré, pressé et placé dans un séchoir électrique. Le lendemain, le produit sera prêt à être emballé. Les sachets de n’dolé rejoindront dans le magasin de stockage ceux de piment, gombo, citronnelle, feuilles de manioc et autres légumes locaux. Les étiquettes sont rédigées en trois langues : français, anglais et arabe car les musulmans achètent les produits pour leurs clients du Moyen-Orient. Par l’intermédiaire des voyageurs et à la demande des diasporas africaines, les produits ASD se vendent aussi en France, en Belgique, au Canada et aux États-Unis. « Il ne manque que les grands pays d’Asie », résume le patron. « Non, rectifie sa femme. Récemment, un restaurant africain en Chine m’a passé une commande. »

Rebondir

Rien ne prédestinait cet ancien vendeur de disques à l’agro-alimentaire. Cela a fait « tilt dans sa tête » quand un ami qui voyageait régulièrement en Europe lui dit un jour combien les légumes africains étaient recherchés alors que lui voyait pourrir au Cameroun les légumes invendus. En 1995, il réunit toutes ses économies, remplit les formalités, recrute un ingénieur frais émoulu d’une école d’industries agro-alimentaires et des agents commerciaux. ASD, société à responsabilité limitée, est née ! Après six mois de fonctionnement, les commandes se mettent à affluer. Et patatras ! Un frère du village lui escroque 6 millions de Fcfa (9 146 €). « J’étais, soupire-t-il, dans l’impossibilité de livrer les commandes et de payer les salaires. La grève a éclaté et l’usine s’est arrêtée. » Il se retire alors dans son village natal. Ce n’est qu’il y a deux ans qu’il a réussi à faire redémarrer petit à petit son usine. Sans grands moyens. « Au début, nous faisions sécher les légumes en les étalant au soleil. » Exigeant quant à la qualité de ses produits, il a obtenu depuis un certificat de conformité du ministère de l’Agriculture et l’agrément de transformateur de fruits et légumes de celui du Commerce et de l’Industrie. Armé d’une volonté de fer, Samuel Yemeli Kuété est à présent en quête d’un financement qui pourrait lui permettre de décoller… définitivement. Il y consacre ses fins d’après-midi, une fois les tâches techniques terminées. Antoinette pendant ce temps se met en chasse de la matière première du lendemain. « C’est quand je rentre autour de 18 h-19 h que je commence à préparer le repas, dit-elle. Nous mangeons vers 22 h et on se couche pour se réveiller tôt le lendemain. » Le métier de patron n’est pas de tout repos !

Etienne Tassé          

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