Plaidoyer pour la création d’un Fonds d’aide à l’information agricole

Par Thierry Djoussi*

On a coutume de dire de la presse camerounaise qu’elle est le reflet de la société qu’elle peint. Porte-voix des revendications multipartistes à l’aube de la décennie 1990 et aujourd’hui miroir des luttes de pouvoirs sur fond de croisade contre la corruption et les détournements de deniers publics, la presse au Cameroun est ce caméléon qui prend la couleur du moment, se faisant malgré elle otage des soubresauts de l’actualité : C’est la dictature de l’urgence. L’urgence de renchérir sur le média concurrent. L’urgence d’attirer vers soi un plus grand nombre de lecteurs/auditeurs / téléspectateurs. Or, nous savons bien que tout ce qui est urgent n’est pas nécessairement important. Important pour le développement du pays. Important pour l’avenir d’une jeunesse qui désespère de se prendre un jour en main.

Comment expliquer que dans un pays où 70% des habitants vivent de l’Agriculture (de la pêche et de l’élevage aussi), on n’a pas le souvenir d’une once de floraison de la presse dite agricole ? Comment expliquer que dans un pays d’arrière-petits-fils d’agriculteurs, il n’existe point de rubrique « agriculture – pêche-élevage » dans les médias généralistes, dont quelques uns parmi les plus illustres font pourtant figure de patrimoine national ?  Avons-nous pensé nous, journalistes camerounais, n’avoir aucune part à prendre dans la promotion de notre Agriculture ?  Il me semble que ce combat, en outre d’être celui du gouvernement, est aussi le nôtre.  Offrons aux sujets agricoles une tribune entière et quasi permanente comme nous le faisons des sujets sportifs, par exemple.

Une étude récente de l’International Women’s Media Foundation (IWMF), sur laquelle j’aimerais attirer l’attention nationale,  pointe « l’énorme décalage entre l’importance de l’Agriculture dans l’économie de l’Afrique subsaharienne – 34% du produit intérieur brut, 40% des exportations et 70% des emplois – et la faible place que lui accordent les médias destinés au grand public ». Au Mali, en Ouganda et en Zambie, les médias étudiés ne consacrent que 4% de leurs colonnes ou de leurs émissions à l’agriculture, se désole IWMF. En sommes nous avancés dans nos grands  médias ? Poser la question c’est un peu « poser » la réponse.

Au Cameroun, les événements tels que les comices ou les descentes sur le terrain du ministre de l’Agriculture, du ministre des Pêches et de l’élevage sont généralement l’occasion de parler de l’Agriculture. En boucle notamment et puis, hop,  retour à la normalité médiatique. Même lors de sporadiques emballements journalistiques, le paysan, celui-là même qui est en prise directe avec la réalité, est très rarement interviewé. Il y a fort à parier que les états généraux de l’Agriculture, dont on annonce l’imminence, souffleront sur les médias comme les cyclones soufflent sur les côtes. Après leur passage on n’en parle plus jusqu’aux prochaines grosses alertes. Trop maigre dans ce cas pour susciter et soutenir l’intérêt des jeunes des villes pour les métiers agropastoraux !

A la décharge des organes de presse, les sujets agro-pastoraux n’ont pas la cote auprès d’un public accroc aux scandales politico-financiers, puisqu’on l’y a habitué à l’extrême. A côté de ce handicap apparent, les coûts de production d’un article agricole sont un luxe pour la plupart des médias privés. Faire voyager un reporter de la ville pour la campagne, lui assurer les frais d’hébergement, de nutrition et de poche est un pari coûteux. Or, c’est à cette seule condition que l’on pourra prendre la mesure des réalités du terrain. C’est à cette seule condition que l’on pourra remonter les informations des campagnes en direction des décideurs et des citadins…

Aujourd’hui que les discours officiels sont à la promotion d’une agriculture de deuxième génération (une agriculture génératrice d’emplois et de gros sous), il est de bon ton que le gouvernement accompagne cette dynamique d’un Fondsd’aide à l’information agricole.  Des moyens pour le faire, il en existe dans ce pays.

Le Fonds d’aide à l’information agricole devra remplir deux objectifs majeurs :

      1) Assurer la formation permanente des journalistes agricoles ; favoriser l’organisation des débats à thématique agricole. 

     2) Mettre à la disposition des chefs de rubriques « agriculture-élevage-pêche » qui en font la demande écrite des financements devant permettre des reportages en zones rurales.  En retour, un compte d’emploi des sommes allouées devra être acheminé au gestionnaire du Fonds d’aide pour bonne moralité. Le média qui a recours au Fonds pour ses rapportages/ émissions agricoles n’en reçoit aucune directive éditoriale. 

Si nous voulons une agriculture de deuxième génération pour relancer notre croissance économique et donner des emplois à nos jeunes qui en ont besoin, fédérons toutes les énergies derrière cette cause. Le Cameroun en mettant sur pied le Fonds d’aide à l’information agricole aura démontré au reste du monde sa capacité d’innovation en matière de relais des politiques de développement du monde rural.

L’agriculture aujourd’hui est un juteux business -pourvoyeuse de devise de surcroît- au même titre que le pétrole. Aux Camerounais de tirer meilleur parti de leur considérable potentiel agricole et halieutique : 7,2 millions d’hectares de terre arable dont 1,2 millions effectivement cultivées, soit 26%, d’après la présidence de la République.

* Journaliste au Bi-hebdo La Météo,                

M. Djoussi est l’auteur de la tribune: ‘’Comment l’agriculture peut vous rendre milliardaire en peu de temps’’.

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2 commentaires
  1. Merci Thierry,pour cette idée,, nous allons plaider pour cette cause car bien sont les organisations d’agri-éleveurs qui n’ont même pas de blogs alors que nous avons besoin au moins de site webs pour partage et construire de réseaux solides avec les autres réseau de producteurs.au niveau régional et mondial dans ce siècle dite de la communication..

    Eric MAVARUGANDA/Burundi
    Président de la JRCPF

  2. tchemeni aimé a dit:

    Si nous voulons une agriculture de deuxième génération pour relancer notre croissance économique et donner des emplois à nos jeunes qui en ont besoin, fédérons toutes les énergies derrière cette cause.

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