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Archives Mensuelles: juin 2012

Les rares arbres encore debout sont des eucalyptus plantés pour servir de bois d’œuvre.

(Syfia Cameroun) Les populations qui vivent en lisière des monts Bamboutos dans l’ouest du Cameroun subissent de plein fouet les effets de la déforestation : climat de plus en plus chaud, assèchement des cours d’eau, agriculture en péril… Tout a commencé il y a une vingtaine d’années avec l’effondrement des cours mondiaux du café.

 

De vastes champs cultivés et des pâturages, c’est tout ce qu’il reste aujourd’hui des 222 hectares de réserve forestière des monts Bamboutos, qui s’étendent sur les régions de l’Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Les rares arbres encore debout sont des eucalyptus plantés pour servir de bois d’œuvre.  »Quand j’étais plus jeune, cet espace qui ressemble à une savane était une forêt dense avec toutes sortes d’arbres. Nous l’avons détruite pour faire des champs sans penser aux conséquences. À présent, nous en payons le prix et nous ne savons pas quoi faire », regrette Alphonse Yota, 53 ans, en pointant du doigt le mont Bamboutos, troisième plus haut sommet du pays avec ses 2 740 m.

Fermier et pisciculteur à Balatchi, village riverain de ce massif, à plus de 300 km au nord de Douala, il n’a plus assez désormais assez d’eau pour arroser ses champs et entretenir son élevage de poissons. Ici comme dans toute la région, les cours d’eau, qui pour la plupart prennent leur source sur ce massif montagneux, tarissent désormais en saison sèche. « Autrefois permanent, ils sont devenus saisonniers au point que les agriculteurs doivent parcourir des kilomètres pour chercher de l’eau. Dans la ville de Mbouda (chef-lieu du département des Bamboutos, Ndlr) et ses environs, les robinets ne coulent plus pendant les trois premiers mois de l’année », constate Lucas Tajouego, le délégué départemental des forêts et de la faune.

Climat déréglé

Cette année, un mois seulement après le début, à la mi-octobre, de la saison sèche, le sol était déjà considérablement asséché. « Regarde ce plant de haricot, lance Jeannot, un cultivateur du quartier Tsedeng dans le groupement Balatchi. Il n’est pas encore à maturité et le sol est déjà sec. Pour qu’il y arrive, il faudra l’arroser. » « Par le passé, on n’avait pas besoin de ça. On aura donc moins de haricot cette année et c’est pareil avec les autres cultures », déplore-t-il. Une mission scientifique du ministère des Forêts et de la faune, qui a enquêté dans la région constate que la dérégulation du climat perceptible depuis une dizaine d’années s’accentue. Lucas Tajoueko et l’Ong Knowledge For All, spécialisée dans l’environnement, la biodiversité et le tourisme durable confirment les dires des paysans quant à l’allongement des saisons sèches. Autrefois, à cette période de l’année, il faisait frais le matin et la nuit alors que maintenant, il fait presque aussi chaud la nuit que la journée. Selon les cultivateurs, la production agricole baisse depuis cinq ans par manque d’eau. Du coup, le prix du seau de pommes de terre a triplé en dix ans et doublé depuis l’année dernière. « Si cela continue, nous serons obligés de quitter nos villages », s’inquiète Christine, du village Bakouotcho dans le même département.

Un engrenage fatal

« L’action humaine contribue au dérèglement du climat et c’est bien l’homme qui est à l’origine des problèmes qu’on connaît dans cette région », accuse le Dr Hatcheu Emil Tchawé, chargé de cours au département de géographie de l’université de Dschang dans la région de l’Ouest. L’arbre, rappelle-t-il, contribue à l’équilibre écologique et du climat et sa destruction a des effets à long terme qui peuvent aller au-delà d’un continent.

La destruction systématique de la forêt des monts Bamboutos résulte de la chute brutale en 1987 du prix du café, alors principale culture de rente de la région. Tout le monde s’y est mis pour tenter d’assurer sa survie. Les paysans se sont lancés dans la culture des fruits et légumes, surtout la pomme de terre, au point de compter parmi les principaux producteurs horticoles du pays. En quête de terres à cultiver, ils ont défriché à tour de bras. Ceux qui se sont reconvertis dans l’élevage ont allumé des feux de brousse pour régénérer la végétation et nourrir leurs animaux. D’autres enfin ont planté des eucalyptus, des arbres très demandés comme bois d’œuvre et pour fabriquer les poteaux électriques. Or, cet arbre à croissance rapide est très avide d’eau : adulte, il peut en consommer jusqu’à 100 litres par jour, selon des scientifiques. Cela a, peu à peu, contribué à assécher les cours d’eau qui prenaient leur source dans ces montagnes.

Pour essayer de briser cet engrenage fatal, le ministère a lancé en mars dernier un avis public afin de classer une partie des monts Bamboutos en réserve écologique intégrale. « Il s’agit d’une zone protégée et interdite d’accès aux populations où la forêt et la faune seront reconstituées. Environ 5 000 requêtes des populations qui exploitent les terres du mont ont déjà été reçues et nous allons les étudier et dédommager s’il le faut ces personnes afin qu’elles libèrent la montagne », explique Lucas Tajoueko. En attendant, l’Ong locale, Knowledge For All (KFA), très active dans la région, a pris les devants. En août dernier, elle a symboliquement mis en terre 70 jeunes plants de Pygeum africana, un arbre fertilisant autrefois répandu sur les monts Bamboutos. Il demande moins d’eau que l’eucalyptus et son écorce est utilisée pour traiter les maladies de la prostate. « La question de l’environnement a d’abord été vécue chez nous comme une affaire de Blancs. Les gens doivent comprendre aujourd’hui que ce qui se passe au pôle Nord ou en Chine peut se répercuter ici chez nous, et doivent donc anticiper », commente Elvis Tangwa Sa’a, le président de cette Ong.

Charles Nforgang

Source: http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5227

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Par Thierry Djoussi*

On a coutume de dire de la presse camerounaise qu’elle est le reflet de la société qu’elle peint. Porte-voix des revendications multipartistes à l’aube de la décennie 1990 et aujourd’hui miroir des luttes de pouvoirs sur fond de croisade contre la corruption et les détournements de deniers publics, la presse au Cameroun est ce caméléon qui prend la couleur du moment, se faisant malgré elle otage des soubresauts de l’actualité : C’est la dictature de l’urgence. L’urgence de renchérir sur le média concurrent. L’urgence d’attirer vers soi un plus grand nombre de lecteurs/auditeurs / téléspectateurs. Or, nous savons bien que tout ce qui est urgent n’est pas nécessairement important. Important pour le développement du pays. Important pour l’avenir d’une jeunesse qui désespère de se prendre un jour en main.

Comment expliquer que dans un pays où 70% des habitants vivent de l’Agriculture (de la pêche et de l’élevage aussi), on n’a pas le souvenir d’une once de floraison de la presse dite agricole ? Comment expliquer que dans un pays d’arrière-petits-fils d’agriculteurs, il n’existe point de rubrique « agriculture – pêche-élevage » dans les médias généralistes, dont quelques uns parmi les plus illustres font pourtant figure de patrimoine national ?  Avons-nous pensé nous, journalistes camerounais, n’avoir aucune part à prendre dans la promotion de notre Agriculture ?  Il me semble que ce combat, en outre d’être celui du gouvernement, est aussi le nôtre.  Offrons aux sujets agricoles une tribune entière et quasi permanente comme nous le faisons des sujets sportifs, par exemple.

Une étude récente de l’International Women’s Media Foundation (IWMF), sur laquelle j’aimerais attirer l’attention nationale,  pointe « l’énorme décalage entre l’importance de l’Agriculture dans l’économie de l’Afrique subsaharienne – 34% du produit intérieur brut, 40% des exportations et 70% des emplois – et la faible place que lui accordent les médias destinés au grand public ». Au Mali, en Ouganda et en Zambie, les médias étudiés ne consacrent que 4% de leurs colonnes ou de leurs émissions à l’agriculture, se désole IWMF. En sommes nous avancés dans nos grands  médias ? Poser la question c’est un peu « poser » la réponse.

Au Cameroun, les événements tels que les comices ou les descentes sur le terrain du ministre de l’Agriculture, du ministre des Pêches et de l’élevage sont généralement l’occasion de parler de l’Agriculture. En boucle notamment et puis, hop,  retour à la normalité médiatique. Même lors de sporadiques emballements journalistiques, le paysan, celui-là même qui est en prise directe avec la réalité, est très rarement interviewé. Il y a fort à parier que les états généraux de l’Agriculture, dont on annonce l’imminence, souffleront sur les médias comme les cyclones soufflent sur les côtes. Après leur passage on n’en parle plus jusqu’aux prochaines grosses alertes. Trop maigre dans ce cas pour susciter et soutenir l’intérêt des jeunes des villes pour les métiers agropastoraux !

A la décharge des organes de presse, les sujets agro-pastoraux n’ont pas la cote auprès d’un public accroc aux scandales politico-financiers, puisqu’on l’y a habitué à l’extrême. A côté de ce handicap apparent, les coûts de production d’un article agricole sont un luxe pour la plupart des médias privés. Faire voyager un reporter de la ville pour la campagne, lui assurer les frais d’hébergement, de nutrition et de poche est un pari coûteux. Or, c’est à cette seule condition que l’on pourra prendre la mesure des réalités du terrain. C’est à cette seule condition que l’on pourra remonter les informations des campagnes en direction des décideurs et des citadins…

Aujourd’hui que les discours officiels sont à la promotion d’une agriculture de deuxième génération (une agriculture génératrice d’emplois et de gros sous), il est de bon ton que le gouvernement accompagne cette dynamique d’un Fondsd’aide à l’information agricole.  Des moyens pour le faire, il en existe dans ce pays.

Le Fonds d’aide à l’information agricole devra remplir deux objectifs majeurs :

      1) Assurer la formation permanente des journalistes agricoles ; favoriser l’organisation des débats à thématique agricole. 

     2) Mettre à la disposition des chefs de rubriques « agriculture-élevage-pêche » qui en font la demande écrite des financements devant permettre des reportages en zones rurales.  En retour, un compte d’emploi des sommes allouées devra être acheminé au gestionnaire du Fonds d’aide pour bonne moralité. Le média qui a recours au Fonds pour ses rapportages/ émissions agricoles n’en reçoit aucune directive éditoriale. 

Si nous voulons une agriculture de deuxième génération pour relancer notre croissance économique et donner des emplois à nos jeunes qui en ont besoin, fédérons toutes les énergies derrière cette cause. Le Cameroun en mettant sur pied le Fonds d’aide à l’information agricole aura démontré au reste du monde sa capacité d’innovation en matière de relais des politiques de développement du monde rural.

L’agriculture aujourd’hui est un juteux business -pourvoyeuse de devise de surcroît- au même titre que le pétrole. Aux Camerounais de tirer meilleur parti de leur considérable potentiel agricole et halieutique : 7,2 millions d’hectares de terre arable dont 1,2 millions effectivement cultivées, soit 26%, d’après la présidence de la République.

* Journaliste au Bi-hebdo La Météo,                

M. Djoussi est l’auteur de la tribune: ‘’Comment l’agriculture peut vous rendre milliardaire en peu de temps’’.

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