Cameroun : des jeunes touchent du doigt la perte de biodiversité

Au Cameroun, des visites de terrain de sites pollués ou dégradés font prendre conscience à des jeunes que des menaces très concrètes pèsent sur la biodiversité dans leurs localités. Certains changent de comportement et deviennent d’ardents défenseurs de l’environnement.

Comportements irresponsables + pollution = perte de la biodiversité. Cette équation, une cinquantaine d’élèves de Mbalmayo (50 km au sud de Yaoundé, au Cameroun) l’ont vérifiée grandeur nature, en mars dernier, en visitant divers sites pollués de leur localité. Séraphin Tamatio Tapondjou, de l’Association internationale pour la protection de l’environnement en Afrique (Enviro-Protect) conduisait le groupe de jeunes. Ces visites entrent dans le cadre du projet Halte à la dégradation de la biodiversité au Cameroun, soutenu par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et le ministère français des Affaires étrangères, dans le cadre du projet Promotion de la culture scientifique et technique (PCST).
Au Cameroun, le projet s’inspire de la Convention sur la diversité biologique et d’autres engagements internationaux sur le développement durable. « Par ignorance, les hommes par leurs actions font peser de graves menaces sur la survie de nombreuses espèces », résume Ebenezer Soh Kengne, spécialiste de l’écologie des zones humides, enseignant chercheur à l’université de Yaoundé.
À Mbalmayo, les jeunes ont touché du doigt quelques-unes des menaces qui pèsent très concrètement sur leur environnement. Au marché « Japon », une décharge d’ordures déborde dans le fleuve Nyong. Plus loin, l’abattoir municipal : du sang couvre le sol, un caniveau rempli de bouse de vache draine divers déchets animaux vers le fleuve. Nourrie par la matière organique des ordures déversées, la jacinthe d’eau a envahi le fleuve ; en absorbant l’oxygène de l’eau, la plante a fait fuir les poissons. « Demandez à vos parents, ils vous diront que la quantité de poissons a diminué par rapport à ce qu’ils pêchaient », lance Ebenezer Soh Kengne aux élèves, visiblement surpris.

Les jeunes prennent conscience des risques qui pèsent sur le fleuve Nyong

Espèces en danger
La situation pourrait empirer d’ici quelques années… « Si rien n’est fait, ajoute-t-il, la pollution du Nyong va faire disparaître certaines espèces » et celles qui survivront risquent de devenir impropres à la consommation, ajoute M. Olivier Albert Andang, le délégué local du ministère de l’Environnement et de la protection de la nature.
À Mbalmayo, les pertes de biodiversité concernent aussi le végétal. Les plantations d’eucalyptus, qui absorbent beaucoup d’eau, se sont étendues au détriment des différentes espèces d’arbres et de plantes locales. À cet appauvrissement du milieu, s’ajoutent les coupes d’arbres dont les racines stabilisaient les berges. Rien ne retient plus la terre qui se dépose dans le lit des cours d’eau. « Un de ces jours, cela entraînera des inondations et la ville sera coupée en deux », avertit l’enseignant-chercheur.
Décharge spontanée, fosse remplie de déchets en tous genres à l’hôpital de district… En poursuivant la visite Les élèves prennent conscience des risques, pour l’environnement, mais aussi pour la santé, de certains comportements… Au terme de cette descente de terrain peu appétissante, Thierry Samba Nguélé, 18 ans, se dit déterminé à parler aux autres jeunes de son quartier du tri des ordures et à les inciter à ne plus brûler les déchets plastique en raison des fumées cancérigènes que cela dégage. « Nous allons trouver un endroit pour creuser une fosse », promet-il, avant de conclure: « Je vais leur expliquer ce que nous devons faire pour garder notre environnement sain et protéger la biodiversité ». Natacha Zang, 23 ans, élève de Terminale, semble, elle-aussi, très motivée à s’impliquer : « Nous allons demander au chef de notre établissement des bacs à ordures. Et nous allons nous réunir pour planter des arbres et des fleurs. »
Les visites de terrain ont commencé mi-février dans le Sud et se poursuivront dans l’Ouest jusqu’à fin mars. Leur but est de susciter une prise de conscience des jeunes, des autorités locales et, par ricochet, des paysans qui, par ignorance ou par nécessité, exploitent sans retenue les ressources naturelles.
Pour obtenir des résultats dans la durée, des causeries éducatives et des concours ont été lancés dans des collèges et des clubs d’amis de la nature, encadrés par des enseignants, ont été crées dans différents établissements. À la suite du projet, certaines municipalités ont par ailleurs décidé de mobiliser les jeunes pour planter des arbres dans leurs localités.
Anne Matho

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3 commentaires
  1. BELA a dit:

    Destruction de la biodiversité par nos mains coupable pour ensuite organiser des séminaires et tables rondes pour s’interroger sur ce qui est à faire. Voilà le paradoxe. Au moins avec de telles initiatives, par ailleurs à encourager, les générations prochaines peuvent se rendre compte du danger qui les guettent et s’y mettre. Ce n’est qu’une question de responsabilité…le développement durable aussi…
    Merci Anne pour le sujet.

      • Géraud a dit:

        Intéressant de lire ce genre d’article sensibilisateur pour le bien être de notre société. Ce que je souhaite c’est que ces jeunes élèves aillent au delà du constat, qu’ils se mobilisent dans la ville de Mbalmayo pour toucher les autorités de la ville et éventuellement les parlementaires afin qu’ils prennent aussi consciences de cette dégradation de notre espace naturel et commun et prennent des actions concrètes!

        Anna, merci de cet article!

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