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Archives Mensuelles: janvier 2012

Des femmes en train de presser des noix de palme

(Syfia Cameroun) Au Cameroun, les palmeraies du groupe français Bolloré s’étendent pour combler le déficit d’huile de palme. Mais aussi pour produire des biocarburants. Un projet critiqué par la société civile qui y voit une menace de plus contre la sécurité alimentaire.

Dans les plantations de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm), à Mbambou (environ 70 km au sud-est de Douala), une pépinière de plants de palmiers à huile s’étend sur près d’un hectare. « Ces milliers de jeunes plants seront mis en terre au début de l’année 2009 sur les nouvelles terres récemment aménagées », indique Jonas Sepnop, un employé de cette ex-société d’État, rachetée en 2000 par la société belge Socfinco, liée au groupe français Bolloré. Non loin de là, les travaux de construction d’une nouvelle usine de transformation d’huile de palme avancent. « C’est pour répondre à la pénurie d’huile », lâche simplement Cyprien Mbondié, le directeur commercial.
Le Cameroun, pourtant plus gros producteur d’huile de palme de la région (200 000 t en 2007), doit en importer d’Asie à des prix de plus en plus élevés avec la hausse des cours mondiaux : environ 50 000 t cette année pour combler le déficit de production dû au vieillissement des plantations et à une pluviométrie insuffisante. Résultat, en deux ans, le prix de vente au détail a presque doublé, atteignant 600 à 800 Fcfa le litre (0,90 à 1,21 €). L’huile de palme est utilisée dans la plupart des recettes de cuisine et par les savonneries. Mais, depuis 2005, la Socapalm l’utilise aussi pour produire du biocarburant. À la Direction générale, à Douala, on se refuse à confirmer l’existence de ce projet qui absorberait une partie de la production au détriment de la consommation des ménages. Un secret de polichinelle, car, glisse sous anonymat un employé, « les travaux sur la production de biodiesel à partir de l’huile de palme sont conduits dans notre usine de Kienké, vers Kribi ».

Contre les biocarburants
Jean-Marie Libert, d’ailleurs responsable du projet biocarburant de la Socapalm, avait été clair lors d’une conférence internationale sur les biocarburants qui a réuni au Burkina Faso, en 2007, des experts techniques, des décideurs politiques et économiques et des Ongs : « Nous voulons explorer les différentes pistes que peuvent offrir l’huile de palme et ses dérivés comme sources énergétiques, et y impliquer les pays africains en les amenant à jouer un rôle dans l’élaboration des produits offrant une alternative écologique et économique au gasoil. » Il avait même révélé qu’à l’instar de la Socapalm, la Safacam et la Ferme suisse, qui appartiennent au groupe Bolloré, expérimentaient, elles aussi, la production de biodiesel. Ces trois sociétés (sur cinq au Cameroun) assurent, à elles seules, environ 80 % de la production nationale d’huile de palme sur 40 000 ha.
Faire tourner des moteurs avec une huile qui pourrait utilement servir dans la cuisine suscite des réactions. « On ne peut pas comprendre qu’on parle de produire des biocarburants avec de l’huile de palme au moment où la consommation du pays est déficitaire », s’insurge Bernard Njonga, président de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC). Nous sommes totalement contre ces biocarburants puisqu’ils concurrencent les produits alimentaires. » Un tel projet, argumente-t-il, signifie étendre les surfaces cultivées au détriment des cultures vivrières. « N’oubliez pas, met-il en garde, que les émeutes de février dernier avaient également pour origine la production des agrocarburants à l’étranger au détriment des denrées alimentaires ». Les manifestations contre la vie chère avaient fait des dizaines de morts au Cameroun et paralysé le pays pendant 5 jours.

Protestations villageoises
Localement, le développement des plantations de palmier à huile suscite aussi des oppositions. À Mbambou, les riverains ont protesté, il y a quelques mois, contre l’occupation de 7 500 ha de terres que l’État a rétrocédées à la Socapalm pour étendre ses palmeraies. Ils estiment que ces terres leur appartiennent et qu’ils ont donc le droit de les cultiver. Mais faute de disposer de titres fonciers en bonne et due forme, leurs revendications n’aboutissent pas. Les autorités administratives de la localité leur ont signifié qu’ils n’avaient aucun droit à faire valoir sur ces terres, mais que la société leur réservera des espaces pour les cultures vivrières. Mêmes récriminations dans l’arrondissement de Dibombari (25 km à l’ouest de Douala), où se trouvent les plus grandes plantations de la Socapalm. « Lors des réunions avec les responsables, nous avons demandé 500 ha pour cultiver et les chefs de Mbonjo 125 ha. Nous n’avons rien eu jusqu’ici », se plaint Isaac Mondo, chef du village Bomono. Ici, le palmier à huile est omniprésent depuis une quinzaine d’années et les paysans sont régulièrement traînés devant les tribunaux par la Socapalm pour occupation illégale des terres ou vol de noix de palme. Les riverains des autres sites de la société (à Mbongo, Eseka ou Kienke) sont en proie à la même insécurité foncière.
Face à ces problèmes et au développement des biocarburants, en général, l’attitude des autorités oscille. Paul Biya, le président camerounais, dans son message de fin d’année dernière, avait déclaré ne voir « que des avantages à ce que le Cameroun étudie la possibilité de développer la production des biocarburants à partir de certaines productions agricoles résiduelles (comme les résidus de la canne à sucre, Ndlr) ». Cette onction politique a été aussitôt suivie de la venue du Français Charles Million, directeur de Agro Energie Développement (AED), avec un projet de production de biodiesel à partir de jatropha, mais aussi de tournesol dont l’huile est comestible. Badel Ndanga Ndinga, ministre de l’Industrie, lui, est allé plus loin en encourageant AED à entreprendre aussi des recherches sur d’autres plantes comme… l’huile de palme.
Source : http://www.syfia.info

Des participants de la Conférence

Médias et technologies de l’information et de la communication passent par-dessus les champs pour répandre des techniques agricoles qui améliorent les rendements. En novembre dernier à Nairobi (Kenya), une conférence internationale a permis de partager des expériences sur les pratiques de vulgarisation utilisées dans les pays en voie de développement.

La radio et les technologies de l’information et de la communication contribuent à révolutionner la production agricole. Ce constat a été établi par des experts du secteur agricole à Nairobi au cours d’une conférence internationale intitulée: « Innovations dans les services de vulgarisation et de conseil : Mettre les connaissances au service des politiques et des actions en faveur de l’alimentation et des moyens de subsistance ». L’objectif de cette rencontre, organisée du 15 au 18 novembre dernier par le Centre technique de coopération agricole ACP-UE (CTA), en collaboration avec plusieurs partenaires, dont l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao), était de faire le point sur les politiques, les tendances et les pratiques actuelles, les échecs et les réussites des réformes passées et en cours des services de conseil et de vulgarisation agricole.

Vases communicants

A Madagascar, relève Jean-Jacques Andrianaivo, un participant de la Conférence, la quantité de fruits récoltés par les arboriculteurs est en hausse grâce au Centre de collecte et des services agricoles d’Ambohimanambola. Cet organisme utilise désormais l’Internet, les CD, les vidéos et les photos pour informer les producteurs ruraux sur les meilleures pratiques agricoles et l’état des marchés. Selon ce panéliste malgache, cette technique permet aux agriculteurs de connaître la conduite à tenir à chaque étape de la production.

A des milliers de kilomètres de là, au Costa Rica (Amérique du Sud), un portail Web de transferts de technologies, baptisé «platicar», rassemble des connaissances et permet aux producteurs ruraux d’entrer en contact, non seulement avec des chercheurs nationaux et internationaux, mais aussi avec des agents de vulgarisation. « Les agriculteurs exposent leurs problèmes et cherchent des solutions, en partenariat avec des techniciens et des chercheurs agricoles », explique Laura Ramirez Cartin, une responsable de ce projet. Cette approche participative place les producteurs ruraux au centre du processus de transmission des connaissances dans la mesure où ils choisissent eux-mêmes la technologie agricole qu’ils souhaitent appliquer. « En moins de deux ans, se félicite Laura Ramirez, les agriculteurs du Costa-Rica ont adopté des techniques de production peu coûteuses ». Le projet a permis par ailleurs de former 20 agriculteurs qui, à leur tour, ont transmis leur savoir à 150 familles, contribuant ainsi à accroître leur sécurité alimentaire et leur revenu. Grâce à ce principe de vases communicants, près de 500 familles ont bénéficié de cet enseignement, en moins d’un an.

Des radios partenaires

Source précieuse d’information dans les zones rurales, la radio est également mise à contribution dans la vulgarisation agricole. Depuis quelques années, l’organisation canadienne Farm Radio International met sur les ondes des programmes d’amélioration des techniques agricoles qui sont diffusés par les radios d’une trentaine de pays en Afrique. Afin de toucher, au plus près les populations rurales, ces programmes sont diffusés chaque semaine en langues locales.

«Les études ont montré que dans les communautés ayant bénéficié directement de l’approche de vulgarisation par les medias, au moins 39 % des paysans ont adopté des techniques agricoles améliorées contre 21% dans les communautés voisines non couvertes par le programme. L’approche participative a abondamment contribué à ces résultats flatteurs», affirme Doug Ward, le président de Farm Radio. Au cours des programmes, les paysans sont invités à parler des pratiques qu’ils utilisent pour résoudre les problèmes rencontrés dans les champs. Les animateurs les encouragent alors par la suite à prendre des décisions. « Se sentant dès lors impliquées dans le processus de prise de décision, les populations adoptent aisément les innovations », explique Doug. Cet engouement est aussi dû au coût de production plutôt bas des innovations véhiculées par les programmes de Farm Radio. «Les pratiques agricoles, promues à travers les radios rurales, ne nécessitent pas un investissement important», précise le président.

Gros succès également de la radio en Côte-d’Ivoire. Elle a permis de réduire considérablement les feux de brousse en saison sèche. « Dans certaines localités du nord du pays, les feux de brousse ont baissé de 80% », se félicite Cissé Sidiki, le directeur de l’Agence nationale d’appui au développement rural, l’organisme en charge du projet. Les messages sont élaborés par des techniciens et des ingénieurs de l’organisation. Ils sont ensuite relayés en langues locales dans les radios rurales par des animateurs du développement rural. Ces programmes sont diffusés en début de saison sèche, entre septembre et octobre, afin d’indiquer aux agriculteurs la conduite à tenir pour éviter le recours au feu. Dans ce pays, la radio sert aussi à la diffusion de bonnes pratiques agricoles. Les vulgarisateurs tiennent alors compte du calendrier agricole pour éviter le désintérêt des auditeurs. « Si vous parlez de récolte en temps de semis, il est évident, que les paysans ne vous écouteront pas », justifie Cissé Sidiki.

Anne Matho

(Syfia Cameroun) Regroupés en associations, les producteurs de café procèdent désormais à des ventes groupées de leur production. Soutenue par l’État et des bailleurs de fonds, l’initiative commence à porter ses fruits.

L’histoire du café camerounais n’est pas un long fleuve tranquille. Les planteurs camerounais aperçoivent enfin le bout du tunnel après les années sombres qui ont suivi la chute des cours mondiaux il y a une vingtaine d’années. La remontée des prix depuis 2004 a redynamisé cette filière et poussé les producteurs à s’organiser pour mieux tirer profit de cette embellie. À la Bourse de Londres, le café Robusta, variété la plus cultivée au Cameroun, atteint aujourd’hui 2 286 $ la tonne (près de 1 500 €) soit 1,5 € le kilo alors qu’il avait plongé jusqu’à 0,30 € au début de cette décennie.

Melong, arrondissement de la région du Moungo, et grand bassin de production de café, retrouve peu à peu le sourire. Les cours, cimentées et bordées de parpaings pour la plupart, servent de séchoir à café. De vieilles voitures hors d’usage garées devant quelques cases témoignent d’un passé glorieux. Depuis trois ans qu’ils se sont regroupés pour vendre leur café, les planteurs de cette région, à 230 km au nord de Douala, vivent mieux. « Nous nous sommes rendu compte que les coxeurs (acheteurs ambulants et non agréés de café, Ndlr) nous trompaient beaucoup dans la mesure où c’est eux qui fixaient le prix d’achat et proposaient l’unité de mesure », explique David Tiako, planteur et président de la Fédération des unions des GIC et coopératives de Melong.

 

Les séquelles de la libéralisation

Les membres de cette organisation de producteurs stockent leur café dans trois magasins et l’acheminent ensuite à trois usines de décorticage où il est pesé soigneusement et payé au kilogramme. Une stratégie qui leur permet de gagner plus qu’en vendant directement aux coxeurs. Ces intermédiaires sont nés après la libéralisation de l’économie à partir de 1994 et le démantèlement de l’Office de commercialisation des produits de base, qui contrôlait toute la filière.

« Le gouvernement et les bailleurs de fonds n’apportent du soutien qu’à des groupes organisés et identifiables », rappelle David Tiako. Dans la province du Sud-Ouest, les caféiculteurs prenant exemple sur les cacaoculteurs qui se sont regroupés, encouragés, eux aussi, par les bailleurs et le gouvernement. Dans l’arrondissement de Konye, les planteurs réunis au sein de la Konye Famers Cooperative (KOFACO) arrivent ainsi à tirer un meilleur prix de leur café. « Présentement, les coxeurs achètent le kilo de café à des planteurs individuels à 560 Fcfa (0,85 €), mais nous autres regroupés au sein de la KOFACO et qui disposons au final de très grandes quantités le négocions à 810 Fcfa (1,23 €) avec les industriels », se félicite Ndedi Bau Akama, membre de cette coopérative et président de l’association des producteurs professionnels du Sud-Ouest. « Notre principal objectif en cette année, rappelle-t-il, est de sensibiliser les producteurs de toute la région à se mettre ensemble et à céder désormais leurs produits à travers des ventes groupées qui sont plus rentables. »

Beaucoup reste à faire, toutefois, pour convaincre tous les planteurs, surtout les petits, d’adhérer à ce système de ventes groupées « Je ne suis pas concerné par les variations des prix. Je vends généralement mon café aux coxeurs avant même de l’avoir récolté », se résigne Pierre Kemegne, un aide soignant à la retraite sans pension et qui ne survit plus que de sa plantation depuis environ dix ans. Beaucoup gardent la nostalgie du temps d’avant la libéralisation. « Les propriétaires d’usines à café nous prenaient les récoltes et nous les payaient à un prix homologué par le gouvernement », se souvient Nono Corbeau, un planteur. En plus, les producteurs bénéficiaient de nombreux avantages : engrais subventionnés et ristournes reversées chaque année à tous, par exemple.

 

Des planteurs mieux informés

Aujourd’hui, afin de permettre aux planteurs de vivre de leur travail, le Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC) diffuse dans les médias les prix bord champ qui tiennent compte de la marge bénéficiaire des intermédiaires, les prix Free on board (FOB) qui représentent le prix du kilo au départ du port de Douala et les prix CAF c’est-à-dire la valeur du kilogramme de café sur le marché international pendant les campagnes caféières. Mais, non scolarisés pour la plupart, les paysans n’ont généralement pas accès à ces informations ou ne savent pas les interpréter.

Par ailleurs, l’État et des Ong comme la Catholic organisation for relief and développement, basée en Hollande, ont favorisé la création de marchés périodiques où se rencontrent sans intermédiaires les producteurs et leurs clients. Leur café est ici acheté à bon prix à condition qu’il soit d’excellente qualité.

Toutes ces initiatives vont certes dans le bon sens, mais elles sont encore loin d’avoir permis au café camerounais de rattraper son retard. En 2007, la production a été de 47 000 t, bien loin des 120 000 t qu’elle atteignait dans les années 1980.

 

ENCADRE

 

Profession : coxeur

 

(Syfia Cameroun) Chasseurs de cerises à bon prix, les coxeurs, acheteurs non agréés de café, prêtent de l’argent aux producteurs en échange d’un certain volume de café de la récolte à venir. Quatre à cinq mois avant la récolte, juste après la floraison, ces intermédiaires proposent 9 à 10 000 Fcfa (13 à 15 €) pour 50 kg de café, soit 200 Fcfa/kg. Ce prix remonte progressivement au cours de la campagne pour approcher les 13 000 Fcfa (19 €) en décembre, quand les premiers grains séchés entrent en usine.

« Nous prenons des risques énormes, justifie Marcel Nguenang, un de ces acheteurs, car, au moment où nous leur faisons ces prêts, nous n’avons aucune assurance que le café atteindra même ce prix sur le marché international quand nous choisirons à notre tour de le vendre. » Constitués en petits groupes, les coxeurs suivent l’évolution des prix sur le marché international et relèvent les prix d’achat aux producteurs tout en veillant à conserver de bonnes marges.

Charles Nforgang

 

Source: syfia.info

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