Reportage au Cameroun: des femmes et un tracteur

Un tracteur reçu en don a permis à une coopérative de femmes camerounaises de multiplier les surfaces cultivées par 25 en quatre ans. Et ainsi d’assurer l’autonomie financière des membres.

 

“Tout ça a été labouré en une semaine. Je dis bien une semaine !”. Montrant de la main un champ de maïs verdoyant qui s’étend à perte de vue, Rebecca Kamgue, présidente de la Coopérative agropastorale des femmes rurales du Littoral, Ouest et Sud-Ouest (Coopaferlos), à Mélong (130 km à l’ouest de Douala), explique comment l’arrivée d’un tracteur a déclenché une mini-révolution agricole.

“Ce champ fait 11 ha. Vous comprenez bien qu’il était impossible de labourer une telle superficie à la houe”, ajoute Régine Ndemanzé, membre de cette coopérative de 3 000 femmes. Le groupe aurait même pu faire mieux si toute la chaîne avait été mécanisée. “Nous avons labouré 20 ha, précise la présidente, mais, faute de semoir, nous n’avons pu ensemencer que 11 ha à la main.”

D’un pas pressé, Rebecca Kamgue se dirige vers une autre parcelle, 100 m plus loin. Ici, des plants de pastèque viennent d’être repiqués sur 2 ha. À côté, les herbes commencent à envahir les 3 ha où la tomate a été récoltée. Des parcelles déjà labourées ont dû être abandonnées car inondées après les averses inattendues d’octobre. Tomate, piment, aubergine, pastèque, poivron, gingembre… chaque culture s’étend sur quelques hectares.

 

Un don de l’Inde

Jamais auparavant la Coopaferlos n’avait exploité de si vastes étendues! “Grâce à cet engin, nous sommes passés de moins de 2 ha en 2006 à 50 ha cette année”, évalue Rebecca Kamgue, récemment élue membre de la Chambre d’agriculture. Faute de terres disponibles à Mélong, les femmes sont allées dans la localité de Santchou (environ 25 km plus loin) pour louer d’autres terres à exploiter. Sur ce site, la coopérative prévoit d’atteindre puis de dépasser rapidement 200 ha de plantations communautaires. Des progrès ont aussi été observés sur des exploitations individuelles, qui dépassent chez certaines femmes 5 ha, cinq fois plus qu’il y a quatre ans. “Il suffit de payer le carburant pour que le tracteur laboure vos parcelles”, se félicite Régine Ndemanzé.

Le champ de maïs a été labouré au tracteur mais le reste des opérations se fait à la main. Cet engin fait partie d’un don de 60 tracteurs de marque Sonalika que l’État avait reçu du gouvernement indien en avril 2006. Le pays donateur voulait les faire tester en vue de l’installation éventuelle d’une filiale locale de montage au Cameroun. Heureuse coïncidence, peu de temps auparavant, lors d’un contrôle sur le terrain de l’utilisation de motopompes octroyées aux paysans, la commission du ministère de l’Agriculture avait été fort impressionnée par la production du Groupement d’intérêt collectif (GIC) de Rebecca Kamgue. “Le chef de mission a appelé au ministère à Yaoundé pour demander que notre GIC soit inscrit sur la liste des bénéficiaires des tracteurs.” La coopérative n’a déboursé que 1,5 million FCFA (2 287 €) pour les frais de douane. Kouongun, l’un des rares hommes membres de la coopérative, s’est porté volontaire pour conduire le tracteur : “J’ai payé 200 000 FCFA (305 €) pour une formation de trois mois et de la documentation sur le dépannage.” Peu à peu, des femmes s’initient aussi à la conduite.

Tout n’est pourtant pas rose dans le ciel des agricultrices de Mélong : la charrue, conçue pour les rizières indiennes, n’est pas adaptée au sol et aux hautes herbes d’ici. Il leur a fallu d’abord débroussailler manuellement avant le labour. La machine a été livrée sans les accessoires. En attendant de pouvoir les acheter, le GIC loue charrue à disque, semoir et remorque.

Un homme du village s’est porté volontaire pour conduire et entretenir le tracteur. Les revenus de la coopérative sont pour partie distribués équitablement aux membres, en

général à la veille de la rentrée scolaire. “Grâce à cela, résume Julienne Ouandji, nous payons les frais de scolarité de nos enfants du primaire à l’université sans nous tourner forcément vers nos maris.”

“Des enfants qui, il y a quelques années, étaient sur le point de quitter l’école faute d’argent ont repris la classe”, appuie Rebecca Kamgue. Cette année, plus de 11 millions FCFA (16 768 €) ont ainsi été répartis entre les membres. Le reste des bénéfices alimente un fonds d’assistance sociale, qui verse des aides financières en cas de coup dur.

Source: Spore.cta.int

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