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Archives Mensuelles: novembre 2011

Depuis 2009, grâce au traitement de l’eau de boisson de son élevage, Caroline Nké, une avicultrice, a pu éviter la mort en série de son élevage et améliorer les performances de ses poulets de chair.

L’eau de forage n’est pas toujours propre à la consommation de la volaille. Ce constat, Caroline Nké, avicultrice, l’a fait à ses dépens dans sa ferme située à Ayato, un quartier de la périphérie de Douala. «Avant ma volaille mourait terrasser par la diarrhée et les problèmes respiratoires. Je perdais des bandes entières de 1000 poussins. Mais depuis que je traite l’eau de forage que je donne à boire à ma volaille, je n’ai plus ce problème », explique t’elle. Le traitement de l’eau de sa ferme a également permis d’engraisser les poulets de chairs qui peuvent peser aujourd’hui jusqu’à 2 kg vers le 45ème  jour. Avant, ils mourraient à partir du 25ème jour. Au total, Caroline Nké estime à près de 15 millions de Fcfa le montant total des pertes enregistré par sa ferme dues à l’impureté de l’eau du forage. Selon Institut technique de l’Aviculture (ITAVI), la composition physico-chimique et bactériologique de l’eau de boisson des volailles d’élevage est susceptible d’influer notablement sur la santé et les performances de croissance des volailles. La qualité de l’eau est d’autant plus important qu’au cours de sa vie, un poulet consommera deux fois plus d’eau que d’aliment.

Le traitement de l’eau de boisson de l’élevage avicole de Caroline Nké, effectué par un laboratoire spécialisé de Douala a consisté à introduire du chlore dans le forage. Après deux heures, cette eau a été pompé dans le réservoir et s’est déversé dans les canalisations pour finir dans les abreuvoirs. Ce processus a permis au chlore de tuer les microbes dans tout le circuit.

 

Eau impure

Dans un rapport intitulé « Eau de boisson en élevage avicole la qualité bactériologique: un facteur de réussite« , des experts de l’ITAVI et de la chambre d’agriculture du pays de la Loire (France) indiquent que le chlore est un produit homologué pour l’assainissement de la conduite d’eau quelque soit le système de traitement de l’eau choisie. Au cours du processus du traitement, ils recommandent de laisser agir le désinfectant afin de décoller les dépôts restants dans les canalisations.

Avant le déclenchement du processus de traitement au Chlore, des examens de laboratoires ont été préalablement réalisés sur l’eau du forage de l’avicultrice.  Les résultats avaient révélé une contamination aux coliformes fécaux, totaux et nitrobacter.

Pourtant tous les ingrédients étaient réunis pour que l’élevage avicole fasse un bon rendement. Le programme de prophylaxie était le même qui avant donnait de bons résultats. L’eau était permanemment disponible dans les abreuvoirs. La formulation alimentaire n’avait pas changé. L’observation du comportement de plusieurs bandes de poulets de chairs a permis d’incriminer la qualité de l’eau comme facteur responsable des pathologies. Une hypothèse qui a été confirmée par les analyses de laboratoire.

Anne Matho

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La jeune journaliste a bien voulu nous parler des circonstances dans lesquelles elle a reçu cette distinction. La toute première, de sa carrière naissante.

 Comment se sent-on dans la peau d’une lauréate?

Je suis très heureuse d’avoir été choisie par le jury du concours des médias ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique). Quand on a été sélectionné parmi plus d’une centaine de journaliste, on ne peut que s’en réjouir. Cette compétition organisée par le Centre technique de coopération agricole et rurale ACP-UE (CTA), en collaboration avec plusieurs de ces partenaires, était rude. J’ai donné le meilleur de moi-même, je me suis surpassée. Je me sens plus sûre de moi. En effet, je me dis que si j’ai été capable de faire un article qui a été récompensé comme étant le meilleur de toute l’Afrique centrale, c’est que je dispose d’énormes potentialités.

Comment avez-vous appris l’existence de ce concours?

J’ai appris l’existence de ce concours par le biais d’un aîné en journalisme. Il s’appelle Charles Nforgang. Je veux saisir cette opportunité pour le remercier de m’avoir informé du lancement de cette compétition.

Quel sujet de reportage avez-vous présenté au concours?

Le reportage que j’ai présenté au concours des médias ACP, traite du Champ-école paysan, une technique de vulgarisation agricole. Dans l’article, je décris en détails en quoi cette approche consiste. Comment elle se pratique sur le terrain. J’explique également l’impact de cette technique sur la vie des populations rurales bénéficiaires.

Pourquoi l’avoir choisi et pas un autre?

Il faut noter que le concours demandait de soumettre des articles sur les meilleures pratiques de vulgarisation agricoles. Tout d’abord, j’ai effectué des recherches sur google pour recueillir des informations sur les techniques de vulgarisation agricoles utilisées au Cameroun. Ensuite, la lecture de rapports recensés par le moteur de recherche sur cette question m’a permis d’identifier deux approches de vulgarisation agricole : une à Ngoumou (une localité située à dans le département de la Mefou et Akono, dans la région du Centre) et l’autre dans le Nord du Cameroun. Mon choix s’est finalement porté sur le «Champ-école paysan », la technique pratiquée à Ngoumou parce que ce lieu est plus proche de Douala, la ville dans laquelle je vis.

Dans quelles circonstances l’avez-vous réalisé?

C’était assez pénible pour moi. Je sors de chez moi vers 4h30 du matin. Je vais à l’agence de voyages, malheureusement, le temps que j’achète mon billet, le premier bus s’en va. Finalement, ce n’est qu’à 8 heures que nous quittons Douala pour Yaoundé. J’arrive à Yaoundé après 11 heures, ensuite je prends un autre car qui me transporte jusqu’à Ngoumou. Nous avons une panne en route et ce n’est finalement qu’après 13 h30 que j’arrive là bas. Comme j’avais déjà appelé mes principales sources, (les vulgarisateurs de la Société des coopératives agricoles de la Mefou et Akono (Socamak), avant de venir, j’ai directement commencé à collecter les informations. Car, ils m’attendaient sur place dans leurs bureaux. J’étais si soucieuse de terminer le travail et rentrer ce même jour à Douala, que je n’ai même pas eu le temps de manger! C’était une véritable course à la montre.

Avez-vous eu des difficultés?

Je n’ai pas eu de difficultés majeures. Au départ, j’avais de la peine à bien cerner la notion de «Champ-école paysan». Heureusement que les vulgarisateurs étaient patients: ils n’ont pas hésité à m’expliquer certains points à plusieurs reprises afin que je comprenne mieux.

Quelle a été votre toute première réaction lorsque vous su que vous étiez parmi les lauréats?

Quand j’ai lu le message qui m’annonçait par e-mail, que je suis l’un des lauréats du concours des médias ACP, dans un premier temps, je n’arrivais pas à en croire mes oreilles. Mais une fois la surprise passé, j’ai laissé éclater ma joie en sautant et en criant.

Quand allez-vous recevoir officiellement votre prix? Y’a-t-il un autre?

Les prix seront remis le 17 novembre 2011 à Nairobi au Kenya, au cours d’une soirée de gala qui sera organisée pendant la conférence internationale du CTA intitulée « innovations dans les services de vulgarisation et de conseils : mettre les connaissances au service des politiques et des actions en faveur de l’alimentation et des moyens de subsistance.

Que comptez-vous faire avec la récompense?

Avec la récompense, je vais acquérir certains outils indispensables pour mon travail de journaliste, comme par exemple, un ordinateur portable. Je compte également offrir des cadeaux à des proches.

 Comment vous voyez-vous à l’avenir? Vous allez continuer à postuler pour des concours?

Bien sûr. Si je suis en bonne santé, je vais continuer de postuler. J’espère gagner un prix bien plus prestigieux à l’avenir.

Par Makeda Lydie Gnotuom

 

Source: http://www.journalducameroun.com

Échange et participation sont les maîtres mots du Champ-école paysan qui permet à des cacaoculteurs camerounais d’obtenir de meilleurs rendements en utilisant moins de pesticides… Tout en améliorant leurs conditions de vie.

 

La lumière du soleil pénètre aisément dans les cacaoyers élagués de l’exploitation d’Antoine Essengue, un producteur rural bénéficiaire du Champ-école paysan (Cep) à Ngoumou (environ 60 km de Yaoundé). Disparues, les hautes herbes et branches touffues qui accumulaient l’humidité sur les cacaoyers.

« Avant que je ne sois formé au Champ-école paysan en 2006, ma cacaoyère était broussailleuse. Les vulgarisateurs nous ont appris qu’en aérant le champ, on peut réduire l’humidité qui provoque des maladies. A présent, je défriche mon champ régulièrement et j’élague mes cacaoyers. », explique le cacaoculteur en décrochant, ici et là, branches sèches et petites cabosses momifiées. Grâce à ces pratiques cumulées à bien d’autres apprises au Cep, l’agriculteur a pu réduire de plus de 80% la quantité de pesticides qu’il utilisait auparavant pour traiter ses arbres. En même temps, sa production est passée de 1 tonne à 1 tonne 400 kg pour la même superficie de deux hectares.

Mieux encore, elle a gagné en qualité. Il n’y a plus de pourriture ni résidus de pesticides dans les fèves. « Avant, j’utilisais abusivement des fongicides parce que je pensais qu’ils étaient la seule solution à la pourriture brune (une maladie propre au cacao). Malheureusement, elle persistait. Aujourd’hui, grâce à l’entretien de ma cacaoyère, j’évite cette maladie « , ajoute le producteur rural.

10 000 agriculteurs directement impliqués

Comme Antoine, près de 10 000 cacaoculteurs camerounais ont été formés directement par le Champ-école paysan. Au Cameroun, le Cep est une approche de vulgarisation agricole pilotée par le programme Stcp (Sustainable Tree Crops Program) pour le transfert des résultats de recherche en cacaoculture aux producteurs ruraux. Selon les promoteurs de ce projet, dans les champs des bénéficiaires du Cep, les rendements sont en moyenne de 15 à 40% plus élevés, avec l’utilisation de 10 à 20% en  moins de pesticides. « L’originalité et la simplicité des procédés utilisés par le Champ-école paysan pour la fourniture des connaissances permet une meilleure appropriation des innovations par les cacaoculteurs »,  se félicite Lapbim Julius Nkeh, le coordonnateur du programme Stcp Cameroun.

Dans un rapport intitulé « l’approche Champ-école paysanne: une méthode de recherche-action impliquant davantage les producteurs ruraux dans la maîtrise et l’amélioration de leur système de production », Grégoire Ngalamulume Tshiebue, un expert en vulgarisation agricole,  relève que les notions de « participation », d’ »appropriation », d’ »empowerment » ou d’ »implication » des acteurs paysans trouvent tout leur sens et sont centrales dans le Cep. « Toutes les activités sont orientées de manière à développer chez le paysan des capacités réelles d’identification, d’analyse et d’interprétation des situations et informations en rapport avec les problèmes de son champ, à l’aider à prendre des décisions adéquates basées sur l’analyse de ses propres observations et  à évaluer les résultats pour une réorientation judicieuse de ses interventions »,  explique t’il.

 

Orienter et non imposer

« Le Champ-école paysan c’est un groupe de cacaoculteurs qui se réunissent dans un champ pour trouver ensemble des solutions à leurs problèmes. Le rôle du vulgarisateur  consiste juste à les orienter vers la solution en les amenant à observer, à trouver des causes et des solutions avant de réagir », résume le responsable du projet.

La formation dure le temps d’un cycle de production du cacao (10 mois). « Pour permettre aux cacaoculteurs de maîtriser la conduite à chaque étape de l’évolution de la cacaoyère » explique Gabriel Ebanda Messi, un vulgarisateur de la Socamak (Société des coopératives agricoles de la Mefou et Akono). Chaque mois, les bénéficiaires du Cep participent  à deux sessions, qui durent chacune une semaine.

Dans le but d’assurer un bon suivi de tous les bénéficiaires, chaque Champ-école est constituée d’au plus 25 personnes. Bien que les vulgarisateurs (encore appelés facilitateurs ou formateurs) soient issus des organisations paysannes, leur enseignement n’est pas réservé aux seuls membres de leurs groupes. « Les agriculteurs qui veulent faire partie d’un Champ-école paysan adressent directement leurs demandes à la Direction de la Socamak. Ensuite nous les introduisons dans  le champ-école le plus proche de leur domicile », explique Gabriel. Dans les dossiers, les cacaoculteurs précisent les problèmes qu’ils rencontrent dans leurs exploitations. Il leur sera attribué un Cep en fonction de ces difficultés.

L’organisation paysanne ne dispose pas d’une stratégie de recrutement des participants à un Cep. « Généralement c’est en constatant les performances de la cacaoyère des bénéficiaires du Champ-école que les producteurs ruraux  viennent solliciter nos formations », précise t’il. Dans la Mefou et Akono, la demande est passée de 150 cacaoculteurs en 2007 à plus d’un millier cette année.

Vulgarisateur, un métier exigeant

Face à cette sollicitation grandissante en formation, le nombre de Cep attribué à chaque vulgarisateur de la Socamak a augmenté. « En 2007, nous avions chacun un champ-école. Aujourd’hui nous devons en former  jusqu’à six chacun », explique Gabriel. Les vulgarisateurs qui assurent la formation au Cep sont eux-mêmes des cacaoculteurs, membres de différentes organisations paysannes et choisis par elles pour bénéficier d’une formation de vulgarisateur. A la Socamak, ce sont les membres les plus instruits qui ont été désignés pour être des facilitateurs dans les Cep.  

Leur formation est assurée par des chercheurs de l’Institut de recherche agricole pour le développement (Irad), des agronomes spécialisés, des experts en agroforesterie, des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) etc. Elle dure cinq semaines, à raison de trois semaines de formation théorique en salle et deux autres, pratique au champ.

Le suivi-évaluation des vulgarisateurs est assuré par un superviseur. Il effectue chaque mois, une visite surprise dans un champ-école paysan pour participer à une session et tient une réunion de mise au point avec les formateurs pour combler leurs lacunes. Puis un master-trainer évalue à son tour le superviseur en participant tous les 3 mois à une session d’un vulgarisateur. Enfin, chaque année, les formateurs sont recyclés, généralement en début de campagne agricole. « Ces recyclages sont brefs. Le dernier m’a laissé sur ma faim », a confié un vulgarisateur.

Les facilitateurs font le suivi- évaluation des cacaoculteurs bénéficiaires durant les sessions du Champ-école paysan. Mais aussi, quand ils forment à leur tour d’autres agriculteurs.

Le métier de vulgarisateur n’a pas toujours été rose.  » Faute de moyens de transport, nous étions obligés de parcourir jusqu’à plus de 10 km à pieds pour aller dispenser les formations dans des villages enclavées. C’était épuisant pour nous. », se souvient Gabriel Ebanda Messi.

Heureusement, le problème a été résolu cette année. Les vulgarisateurs ont reçu chacun une motocyclette et un kit de formation des promoteurs du projet Stcp. « Certains cours étaient plus théoriques parce que nous n’avions pas le matériel pour faire des démonstrations. », regrette le vulgarisateur.

Retombées indirectes sur plus de 20 000 paysans

Par ailleurs, bien que les formations concernent les problèmes rencontrés par les cacaoculteurs, l’engouement n’a pas toujours été au rendez vous.  » À cause de l’inattention de certains agriculteurs, des sessions qui duraient plus de 5 heures ont été écourtées et certains thèmes obligatoires, sont devenus facultatifs », explique le formateur.

Les cacaoculteurs bénéficiaires du Cep ont à leur tour, l’obligation de former au moins deux personnes. « Un contrat de partage de connaissance a été établi avec les participants pour  les amener à former à leur tour 2 ou 3 autres agriculteurs. », explique Gabriel. Selon Lapbim Julius Nkeh, cette approche indirecte de formation, a permis une plus large diffusion des connaissances.  « Plus de 20 575 autres cacaoculteurs ont adoptés l’innovation à travers le Cameroun », affirme-t-il.

L’enseignement des vulgarisateurs de la Socamak ne se limite pas à la Mefou et Akono. La réussite économique des bénéficiaires du Cep a provoqué des demandes d’agriculteurs des départements voisins du Nyong Ekéllé et du Nyong et So’o.

« De nombreux agriculteurs formés ont acheté des motocyclettes et ont construit des maisons en béton », se réjouit Gabriel Ebanda Messi. Désormais, tous les enfants vont à l’école. « Ceux qui avaient été chassés de leur établissement ou n’avaient pas été inscrits faute d’argent pour payer les frais de scolarité, ont pu reprendre les classes », précise-t-il. Ils ont également acquis des fours de séchage. « Pendant la saison des pluies, certains devaient parcourir jusqu’à 5 km pour aller faire sécher leur cacao chez un ami propriétaire d’un four. », ajoute le vulgarisateur. Finis les emprunts à des taux exorbitants pour acheter des pesticides aux commerçants. Les cacaoculteurs ont enfin les moyens de payer comptant.

Anne Matho

Un tracteur reçu en don a permis à une coopérative de femmes camerounaises de multiplier les surfaces cultivées par 25 en quatre ans. Et ainsi d’assurer l’autonomie financière des membres.

 

“Tout ça a été labouré en une semaine. Je dis bien une semaine !”. Montrant de la main un champ de maïs verdoyant qui s’étend à perte de vue, Rebecca Kamgue, présidente de la Coopérative agropastorale des femmes rurales du Littoral, Ouest et Sud-Ouest (Coopaferlos), à Mélong (130 km à l’ouest de Douala), explique comment l’arrivée d’un tracteur a déclenché une mini-révolution agricole.

“Ce champ fait 11 ha. Vous comprenez bien qu’il était impossible de labourer une telle superficie à la houe”, ajoute Régine Ndemanzé, membre de cette coopérative de 3 000 femmes. Le groupe aurait même pu faire mieux si toute la chaîne avait été mécanisée. “Nous avons labouré 20 ha, précise la présidente, mais, faute de semoir, nous n’avons pu ensemencer que 11 ha à la main.”

D’un pas pressé, Rebecca Kamgue se dirige vers une autre parcelle, 100 m plus loin. Ici, des plants de pastèque viennent d’être repiqués sur 2 ha. À côté, les herbes commencent à envahir les 3 ha où la tomate a été récoltée. Des parcelles déjà labourées ont dû être abandonnées car inondées après les averses inattendues d’octobre. Tomate, piment, aubergine, pastèque, poivron, gingembre… chaque culture s’étend sur quelques hectares.

 

Un don de l’Inde

Jamais auparavant la Coopaferlos n’avait exploité de si vastes étendues! “Grâce à cet engin, nous sommes passés de moins de 2 ha en 2006 à 50 ha cette année”, évalue Rebecca Kamgue, récemment élue membre de la Chambre d’agriculture. Faute de terres disponibles à Mélong, les femmes sont allées dans la localité de Santchou (environ 25 km plus loin) pour louer d’autres terres à exploiter. Sur ce site, la coopérative prévoit d’atteindre puis de dépasser rapidement 200 ha de plantations communautaires. Des progrès ont aussi été observés sur des exploitations individuelles, qui dépassent chez certaines femmes 5 ha, cinq fois plus qu’il y a quatre ans. “Il suffit de payer le carburant pour que le tracteur laboure vos parcelles”, se félicite Régine Ndemanzé.

Le champ de maïs a été labouré au tracteur mais le reste des opérations se fait à la main. Cet engin fait partie d’un don de 60 tracteurs de marque Sonalika que l’État avait reçu du gouvernement indien en avril 2006. Le pays donateur voulait les faire tester en vue de l’installation éventuelle d’une filiale locale de montage au Cameroun. Heureuse coïncidence, peu de temps auparavant, lors d’un contrôle sur le terrain de l’utilisation de motopompes octroyées aux paysans, la commission du ministère de l’Agriculture avait été fort impressionnée par la production du Groupement d’intérêt collectif (GIC) de Rebecca Kamgue. “Le chef de mission a appelé au ministère à Yaoundé pour demander que notre GIC soit inscrit sur la liste des bénéficiaires des tracteurs.” La coopérative n’a déboursé que 1,5 million FCFA (2 287 €) pour les frais de douane. Kouongun, l’un des rares hommes membres de la coopérative, s’est porté volontaire pour conduire le tracteur : “J’ai payé 200 000 FCFA (305 €) pour une formation de trois mois et de la documentation sur le dépannage.” Peu à peu, des femmes s’initient aussi à la conduite.

Tout n’est pourtant pas rose dans le ciel des agricultrices de Mélong : la charrue, conçue pour les rizières indiennes, n’est pas adaptée au sol et aux hautes herbes d’ici. Il leur a fallu d’abord débroussailler manuellement avant le labour. La machine a été livrée sans les accessoires. En attendant de pouvoir les acheter, le GIC loue charrue à disque, semoir et remorque.

Un homme du village s’est porté volontaire pour conduire et entretenir le tracteur. Les revenus de la coopérative sont pour partie distribués équitablement aux membres, en

général à la veille de la rentrée scolaire. “Grâce à cela, résume Julienne Ouandji, nous payons les frais de scolarité de nos enfants du primaire à l’université sans nous tourner forcément vers nos maris.”

“Des enfants qui, il y a quelques années, étaient sur le point de quitter l’école faute d’argent ont repris la classe”, appuie Rebecca Kamgue. Cette année, plus de 11 millions FCFA (16 768 €) ont ainsi été répartis entre les membres. Le reste des bénéfices alimente un fonds d’assistance sociale, qui verse des aides financières en cas de coup dur.

Source: Spore.cta.int

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