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Archives Mensuelles: octobre 2011

Après une baisse due à la crise financière mondiale entre 2008 et 2009, les ventes des machines agricoles chinoises au Cameroun repassent au vert. 

Les affaires sont en voie de normalisation à Agro-mac import export Ltd, une entreprise de distribution de machines agricoles d’origine chinoise au Cameroun. Progressivement, la filiale camerounaise de la première usine chinoise de fabrication de tracteurs et machines agricoles Yto se remet de la crise financière mondiale. Entre 2008 et 2009, l’entreprise a accusé près de 10 % de baisse de ses ventes à la suite de nombreuses annulations de commandes. « Beaucoup d’agriculteurs n’arrivaient plus à écouler leurs marchandises sur le plan international. Conséquence, ils étaient dans l’incapacité d’effectuer les paiements », explique Wang Wenqing, le directeur général.

Hausse de 5%

A présent, la crise financière n’est plus qu’un mauvais souvenir. Cette année, l’entreprise enregistre une hausse des ventes de près de 5%.  Des atomiseurs à jet d’insecticide en brouillard et en poudre à dos, importés de Chine ont largement contribué à ce succès. Selon Wang Wenqing, les caractéristiques de ces outils séduisent les clients. « Ces atomiseurs à jet d’insecticide sont moins contraignants que les pulvérisateurs. Directement rattachables à un tracteur, ils permettent à l’agriculteur de réduire les efforts physiques. », se réjouit le responsable de l’entreprise. D’une puissance de 2,5 chevaux, ils dispersent les pesticides dans la plantation à une vitesse moyenne comprise entre de 6000 et 6500 tours par mètre.

Autres machines ayant participé à la hausse des ventes, la décortiqueuse à riz NJ-15/20. Selon le Directeur général, cet outil qui dispose d’une technologie appropriée au riz « long grain » est prisé par les agriculteurs. Dernière fabrication du groupe chinois Yto importée par l’entreprise, cette machine effectue le décorticage de 800 kg de riz à l’heure. En plus de cette grande productivité, précise Wang Wenqing, l’outil n’occasionne qu’un faible taux de riz brisé.

 

Avenir prometteur

Galvanisé par les performances actuelles d’Agro-mac Import-export Ltd, les responsables de l’entreprise espèrent une augmentation plus importante du rendement dans les prochaines années. Ils misent sur la décortiqueuse à café. Les ventes de cette machine sont croissantes depuis le début de cette année. L’entreprise espère qu’avant 2015, elles seront davantage élevées, grâce à la relance de la filière café amorcée par le gouvernement camerounais depuis 2009. L’État espère tripler la production caféière avant 2015. « Nous avons espoir que les caféiers seront régénérés. Par conséquent, la production sera en hausse et nous vendrons plus de décortiqueuses à café », affirme le directeur général.

En attendant, l’entreprise mise sur son service après vente. « Nous avons une équipe d’ingénieurs que nous mettons gratuitement à la disposition de la clientèle », explique le responsable de l’entreprise. L’entreprise forme également les employés de ses clients au dépannage et à l’utilisation des machines lorsqu’ils lui en font la demande.

Anne Matho

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Les opérateurs privés de la filière phytosanitaire sont désormais des partenaires privilégiés de l’État du Cameroun dans le traitement des denrées alimentaires destinées à l’exportation.

 

Une première au Cameroun depuis le désengagement de l’État des activités de traitement phytosanitaire au Port autonome de Douala en 1990: regroupée au sein du Syndicat national des sociétés de traitement, d’hygiène et assainissement et des revendeurs de matériel phytosanitaire (Synsthar-phyto), une trentaine d’entreprises du secteur vont bientôt exercer légalement le traitement et le contrôle post-traitement des denrées agricoles dans l’enceinte portuaire. Le 10 mars 2011, l’organisation a été officiellement reconnue par le Comité consultatif d’orientation du Port autonome (cco/pad) comme principal relais entre l’État et les entreprises phytosanitaires prestataires de service du port.

Selon Simon Jules Momassa, le président national du Synsthar-phyto, cette décision  permettra de mener des actions conjointes avec les pouvoirs publics en vue d’améliorer le label des denrées agricoles camerounaises sur le marché international. Elle va aussi ouvrir la voie à plus de professionnalisme dans le traitement et le suivi-post traitement des marchandises agricoles destinées au commerce international. « Avec l’aide de fonctionnaires véreux, certaines entreprises fictives non agréées opèrent dans le domaine phytosanitaire au port. Non seulement, elles ne font pas du bon travail, mais en plus on est surpris de voir que les cargaisons  qu’elles n’ont pas bien traitées échappent au contrôle du poste de police phytosanitaire », s’indigne le responsable de l’organisation. Ce manque de professionnalisme affecte le label des produits agricoles camerounais.

 

Cargaisons détruites

Selon le président du Synsthar-Phyto, de nombreuses cargaisons de denrées agricoles camerounaises sont détruites chaque année dans les ports internationaux. Faute de traitements conformes aux normes des échanges internationaux définies par la convention internationale pour la protection des végétaux (Cipv) de l’organisation mondiale pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) et l’accord sur les obstacles techniques (Otc) de l’organisation mondiale du Commerce (Omc) ratifiés par l’État du Cameroun. « A présent, seules les entreprises qui disposent du matériel de détection adéquat, d’un agrément et du personnel qualifié, pourront effectuer les traitements phytosanitaires des denrées agricoles au port », explique t-il.

La décision des pouvoirs publics permettra également aux entreprises membres du Systhar-phyto de se refaire une santé financière. Selon le responsable du syndicat, beaucoup d’opérateurs de la filière phytosanitaire accusent un manque à gagner à cause de la concurrence déloyale des sociétés fictives. Ces dernières pratiquent des prix bas parce qu’elles n’ont pas de charges à supporter comme, par exemple, payer des salaires, des impôts, etc.

Au port autonome de Douala, l’intervention des opérateurs du Synsthar-phyto ne sera pas limitée au traitement phytosanitaire. Dans l’optique de participer à l’amélioration du label des produits agricoles camerounais sur le marché international, les opérateurs du Synsthar-Phyto vont être associés au suivi-post traitement. « Nous allons être représenter au moment de l’évaluation des travaux des entreprises membres en tant qu’observateurs, pour vérifier la qualité des marchandises agricoles qui seront exportées »,  conclut-on à la Synsthar-Phyto.

Anne Matho

Antoine Essengue Atanga, un cacaoculteur, transforme lui-même le dixième de sa production en beurre de cacao. Depuis 2009, il a rodé une bonne technique de fermentation, de séchage et de triage des fèves qui lui permet de réaliser des bénéfices.

L’ensemble de la production en cacao de Antoine Essengue Atanga n’est plus destiné à l’exportation. « C’est plus avantageux pour moi de fabriquer du beurre de cacao » explique le cacaoculteur. 1 kilogramme de fèves transformées en beurre lui revient à 5000 Fcfa contre 900 Fcfa lorsqu’il est vendu en fèves.

Le beurre de cacao nécessite des graines de bonne qualité. « Pour faire un bon beurre de cacao et garder toutes ses qualités médicinales, il faut une fève à la cabosse jaune, bien mûre. Les cabosses qui sont encore vertes ou partiellement mûres ont une pulpe plus solide et les fèves peuvent être dures à écraser« , explique Antoine. De ces cabosses mûres, l’agriculteur prélève des fèves qu’il met à  fermenter durant cinq ou six jours. La fermentation se fait à l’ombre, sur des feuilles de bananiers.

Le cacaoculteur entasse les fèves fraîches au centre des feuilles disposées sur le sol et les replie pour couvrir le tas. Sans oublier d’avoir, au préalable, trier les fèves qui ont germé, qui sont décolorées, ou atteintes de maladie. Les tas sont  couverts de manière à ce que l’air ne puisse pas y pénétrer. Après 2 ou 3 jours, l’agriculteur découvre les fèves pour les remuer. « Si on ne remue pas, certaines fèves ne seront pas fermentées et pourront germer », insiste- t-il. Après la fermentation, les fèves sont étalées au soleil pour sécher.

 

Trier et retrier les fèves

Les fèves qui germent, sont décolorées ou atteintes de maladie sont jetées. Le séchage sur les plates-formes est la méthode prisée par Antoine. « Elle permet d’éviter le contact des fèves avec le sol, la terre et les pierres et permet la circulation de l’air par en dessous » explique-t-il.

Sous un soleil ardent, les fèves à sécher sont remuées au moins une fois toutes les deux heures. Pendant la nuit ou en cas de pluie, il les couvre avec une bâche. Durant le séchage, le cacaoculteur trie à nouveau les fèves, enlevant les germées et les plates, ainsi que les déchets et les coques. L’opération se poursuit jusqu’à un séchage optimal. « Les fèves sont bien sèches lorsqu’elles émettent un craquement sec quand on les presse légèrement« , précise Antoine.

Puis les fèves sont grillées à feu doux. Le cacaoculteur les débarrasse ensuite de leurs enveloppes avant d’en écraser la pulpe au moulin. Il en résulte une pâte marron qu’Antoine fait cuire à  l’eau bouillante. « L’eau ne doit pas être trop bouillante, car on risque de perdre des éléments médicinales de la pâte « , avertit-il. La cuisson se fait en deux étapes, à raison de 10 litres d’eau pour 5 kilos de fèves. Dans un premier temps, Antoine immerge la pâte dans 7 litres et demi d’eau bouillante. Il tourne le mélange dans un sens unique. Il en résulte de l’huile que le cacaoculteur recueille.

 « Si le mélange est remué dans plusieurs sens, l’huile n’en sortira pas », affirme-t-il. Cette première huile recueillie, l’agriculteur verse les 2 litres et demi d’eau bouillante restante dans la marmite, recommence à remuer pour obtenir une seconde huile. Lorsque les règles de cuisson sont respectées, cinq kilos de fèves donnent 1 litre d’huile, qui, une fois refroidie, devient du beurre de cacao.

Anne Matho

Moussa Seck, un agronome qui a dirigé pendant vingt ans le département Système et Prospective de Enda Tiers Monde, donne un point de vue personnel à la fois global et percutant sur l’avenir des jeunes ruraux en Afrique. Des propos parfois iconoclastes que nous vous livrons sans artifices.

 

Il est généralement admis que plus de 60 % de la population en Afrique vit dans le monde rural malgré une tendance déclarée à l’urbanisation. Il est aussi admis qu’en moyenne 70% de la population en Afrique est âgée de moins de 35 ans. L’on en déduit alors que plus de 40% de la population africaine est jeune et vit dans le monde rural ! Il ne serait pas exagéré, d’ailleurs, de porter ce chiffre à 50% si l’on sait que l’on est encore jeune à 40 ans. En effet, ils sont nombreux, à cet âge, les célibataires qui n’ont pas encore trouvé le premier emploi. Ce constat prouve, à lui seul, que l’Afrique reste encore un continent rural et incroyablement jeune. Il est même à prévoir qu’elle le restera, jeune, tant que le taux de croissance de la population reste ce qu’il est. En effet, l’Afrique est sous peuplée, contrairement à une idée bien reçue, avec moins de 900 millions d’habitants sur un peu plus de 30 millions de km².

Cela dit, depuis près de 30 ans, le monde rural n’a cessé de se vider de ses jeunes. Aujourd’hui, la pauvreté structurelle en milieu rural est devenue la première cause de départ des populations vers les villes. «Nos ressources ne nous permettent plus de subsister toute l’année sans l’aide de bras extérieurs, et quand ce secours ne nous parvient pas régulièrement, nous quittons le village à sa recherche», s’exclame un patriarche. «Les hommes d’abord, ensuite les jeunes, maintenant les femmes», poursuit-il! En effet, les systèmes de production agricole sont loin de faire la preuve de leurs performances d’antan. La faiblesse des rendements agricoles et des revenus qu’ils génèrent est sans commune mesure avec l’urgente nécessité de nourrir, soigner, éduquer, vêtir, voire aspirer à un bien être social. En Afrique de l’Ouest et particulièrement dans le Sahel, les rendements des cinq grandes cultures pluviales (mil, riz, arachide, maïs et coton) ne dépassent guère la tonne à l’hectare par an. Autrement dit, il faut un siècle pour produire 100 tonnes sur un hectare, donc 100ans pour rassembler 10 millions de FCFA !

 

Rapprocher des terres inaccessibles

Si les faibles revenus des ruraux sont devenus la principale cause de départ des jeunes ruraux, l’inaccessibilité à la terre reste un facteur déterminant qui détourne le choix des jeunes restés au terroir vers les métiers non agricoles. Il est évidemment paradoxal de parler d’inaccessibilité à la terre quand on sait que d’immenses étendues de terres arables non cultivées bordent les terroirs des communautés rurales, comme au Sahel, par exemple. En réalité, l’inaccessibilité relève moins d’un manque de distribution ou d’affectation des terres que de leur éloignement. En effet, les terres qui se situent à proximité immédiate du village appartiennent déjà aux anciens et parents de la frange jeune. Ces jeunes doivent alors se contenter des terres en friches situées loin du village. Ils auront déjà parcouru plusieurs kilomètres avant d’arriver dans leurs champs. Épuisés, ils doivent entamer les durs labeurs champêtres avec des outils rudimentaires qui demandent plus de la force de l’homme qu’ils ne s’appliquent à faire un travail précis et rapide. Au soir, ces jeunes reprennent le même chemin pour rentrer à la maison. Ils arrivent tous fatigués et parfois découragés quand le verdict des rendements et des récoltes arrivent. Voilà, pourquoi Mamadou, Kouakou, et Germain ont cessé de fréquenter les champs!

La solution aurait-elle été de les aider à se réveiller dans leur ferme? Certainement que cela leur permettrait de consacrer, plutôt, l’essentiel de leur énergie à l’exploitation agricole. Mais le problème ne serait qu’à moitié résolu. Ces jeunes agriculteurs doivent toujours parcourir le même chemin du village pour tout service social, commercial… Demain, leurs enfants feront aussi le même chemin pour aller à l’école du village. Que faire alors? Rapprocher et implanter les services dans les espaces de production. Cela exigerait, cependant, que la demande le justifie. C’est à dire que le nombre d’exploitations agricoles atteigne une masse critique qui puisse justifier la présence sur ce nouveau terroir d’un centre de santé, d’une école, de boutiques, de services de commercialisation et de maintenance de matériels agricoles, puis de stations de conditionnement, de systèmes adéquats de transport de la production, etc.

De la nécessité d’investir dans le monde rural

Tout cela indique qu’il est urgent d’investir dans le monde rural et dans l’agriculture. Les jeunes seuls ne sauraient le faire. Il ne s’agit pas non plus de leur demander d’arbitrer la compétition et l’allocation des ressources entre villes et campagnes d’une part, et entre l’agriculture et les autres secteurs de développement, d’autre part. En Afrique de l’Ouest, la totalité des villes, qui occupent une part moindre du territoire, consomment l’essentiel des investissements. Ce paradoxe étouffe l’économie de nos pays, d’autant que si les richesses naturelles sont équitablement réparties dans un pays, il y aura de forte chance que plus de 90% de ces richesses se trouve en milieu rural. Pourtant, c’est le monde rural dans son écrasante majorité ainsi que l’écrasante majorité des jeunes qui élisent le Président de la République ainsi que les Députés qui votent les lois et qui contrôlent l’exécutif. Ces lois «de finances» doivent logiquement servir la majorité rurale silencieuse. Une nation n’est pas constituée d’une partie du territoire encore moins par la minorité du peuple. Il est tout à fait compréhensible que les ruraux vident les pauvres campagnes quand la quasi-totalité des ressources sont investies en ville Toute la jeunesse rurale ne pourra abandonner la campagne. Son poids démographique est tellement significatif que désormais elle reste l’icône et la constante du monde rural. Comme leurs ancêtres, ces jeunes vont-ils assurer la pérennité des sociétés rurales et tout ce qui dépend d’elles? Moins que la question de leur maintien dans des terroirs pauvres et sans espoir, il est urgent de leur proposer un espace rural dans lequel ils peuvent dignement contribuer à la croissance économique et au développement social de leur pays. Pour cela, il faut reconnaître qu’ils sont à l’étroit dans leurs terroirs, qu’ils ne peuvent plus attendre le temps de l’héritage pour s’approprier les terres de leurs parents. L’heure de la création de nouveaux pôles de production et service en milieu rural a sonné. Le monde rural ne doit pas aller en ville, c’est ramé à contre courant. Plutôt les villages doivent s’agrandir et évoluer en petite ville. Des villes de production et de services dans les secteurs de l’agriculture (élevage, horticulture, aquaculture, foresterie etc.) au départ, et ensuite dans les secteurs de l’industrie de la transformation et des services associés. C’est ainsi que peu à peu, l’éducation, la recherche et la veille technologique vont s’infiltrer dans le tissu socio-économique rural pour en assurer une durabilité.

Le débat modernité contre tradition ne nourrit pas le paysan ou l’agriculteur, encore moins retiendra-t-il le jeune candidat à l’émigration. Tout système de production moderne est appelé demain à être traditionnel, quand il sera dépassé. Ainsi en a décrété le progrès! Toutefois, pour anticiper, choisir et bâtir le meilleur futur pour le monde rural et sa jeunesse, osons moderniser l’agriculture africaine! La société rurale agricole ne disparaîtra pas, malgré l’urbanisation galopante et les prévisions alarmistes. La raison doit vite intervenir, pour transformer les terroirs ruraux en véritables pôles de développement. Maintenant, avec des taux de scolarisation de l’enseignement élémentaire de plus de 80% des systèmes de communication (routes, Tic, télévision, radio etc.), les ruraux auront bientôt fini leur processus de mutation. La jeunesse, qu’elle soit rurale ou urbaine, homme ou femme, piaffe d’impatience! Elle est prête… Mais, l’agriculture est une science et une technique après tout. Elle va exiger une formation et une maîtrise de ses normes et standards. Cela n’est pas hors de portée du plus petit agriculteur ou paysan, si la volonté politique ne fait pas défaut.

Moussa Seck

Source: inter-reseaux.org

Depuis 2008, la Semagri, une entreprise de distribution des semences maraîchères améliorées, met à la disposition du producteur rural camerounais des variétés adaptées à son environnement.

 

Au Cameroun, le producteur rural peut à présent pratiquer avec succès, tous types de maraîchage grâce à la Semagri (Semences agricoles). A titre d’exemple, la culture intensive de la tomate de table, jadis impossible dans le littoral est désormais une réalité. « Le zone écologique dans cette partie du pays n’était pas favorable à cette culture », explique Guy Blaise Satsa, le Directeur général de la Semagri. La culture de l’oignon qui ne réussissait qu’au Nord, produit aujourd’hui de haut rendement à  l’Ouest du Cameroun. Pourtant l’un est une région aride et l’autre est montagneuse. A en croire le responsable de l’entreprise semencière, dans ces régions et dans bien d’autres au Cameroun, le sol et le climat étaient des obstacles à la culture de certaines espèces de légumes. Conséquence, les agriculteurs qui souhaitent s’adonner à la production de ces denrées agricoles étaient rapidement découragés et abandonnaient.

Les semences maraîchères améliorées de Semagri permettraient d’obtenir à l’hectare, environ 120 à 150 tonnes de tomates, 55 à 65 tonnes d’oignons et 80 tonnes de poivron toutes régions confondues. A partir respectivement du 60ème, 120ème  et 80ème jours après les semis. Ces performances ne sont possibles qu’à condition d’utiliser la semence adaptée à l’écosystème de la zone où se trouve la plantation. La périodicité des plants doit également être respecté. Le succès rencontré par les espèces améliorées de la Semagri n’est pas le fruit du hasard. Des essais d’adaptabilité sont entrepris dans les champs. « Le Centre de recherche met des semences à la disposition de l’entreprise qui les introduit en milieu paysan dans les différentes régions du pays pour des essais afin de comparer les comportements et les rendements », explique le Directeur général.

 

Des produits attractifs

Une variété qui fait une mauvaise performance pendant les essais dans une région donnée est renvoyée au laboratoire pour un ajustement qui tient compte du milieu naturel. Les responsables techniques et développement de la Semagri assistent les producteurs ruraux dans la mise en pépinière des semences expérimentales puis dans la mise en champ et le suivi cultural jusqu’à maturité. Les succès rencontrés par une nouvelle variété dans les champs sont sanctionnés par des journées portes ouvertes au profit des producteurs locaux avant la distribution. Selon Guy Blaise Satsa, le producteur qui utilise la semence conseillée obtient les rendements escomptés et des produits attractifs. Du coup, il fait de bonnes ventes et réalise des bénéfices. « On a plus affaire au producteur malheureux », explique t’il.

Bien souvent, les producteurs ruraux font la culture des récoltes issues de semences améliorées. L’entreprise met en garde contre cette pratique:  » les semences issues des récoltes n’ont connu aucune sélection. Elles appauvrissent davantage les paysans car les coûts de production dépassent largement le prix de revient ».  La quantité de semences améliorées importées par la Semagri est comprise entre 10 et 15 tonnes.

Anne Matho

Les chefs des agences de l’ONU basées à Rome appellent à une action énergique.

La volatilité et la fermeté qui caractérisent les prix alimentaires sont appelées à persister et pourraient même s’accentuer, rendant ainsi les paysans, les consommateurs et les pays pauvres encore plus vulnérables à la pauvreté et à l’insécurité alimentaire, selon le dernier rapport sur la faim dans le monde diffusé aujourd’hui par les trois agences de l’ONU basées à Rome.
Les petits pays tributaires de leurs importations, notamment en Afrique, sont particulièrement menacés, surtout que nombre d’entre eux affrontent encore les graves problèmes issus de la crise économique et alimentaire de 2006-2008, indiquent la FAO, le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM) dans le rapport annuel « L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde (Sofi 2011) » que ces trois agences de l’ONU ont élaboré ensemble cette année.
De telles crises, notamment dans la Corne de l’Afrique, « sont un défi pour les efforts que nous déployons pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement relatifs à la réduction de moitié d’ici à 2015 de la proportion des personnes qui souffrent de la faim », mettent en garde les chefs des trois agences – Jacques Diouf (FAO), Kanayo F. Nwanze (FIDA) et Josette Sheeran (PAM) – dans la préface du rapport.

 

Inacceptable

« Mais même si les Objectifs du Millénaire pour le développement étaient atteints d’ici à 2015, il y aurait encore quelque 600 millions de personnes sous-alimentées dans les pays en développement. Une situation où 600 millions de personnes souffrent quotidiennement de la faim n’est jamais acceptable », proclament les chefs des trois agences. « La communauté internationale tout entière doit agir aujourd’hui et entreprendre une action énergique pour bannir l’insécurité alimentaire de la planète », ajoutent-ils.

« Les gouvernements doivent s’assurer qu’un environnement réglementaire transparent et prévisible est en place pour favoriser les investissements privés et la productivité agricole. Nous devons réduire le gaspillage alimentaire dans les pays développés grâce à l’éducation et à des politiques adéquates, et réduire aussi les pertes de produits alimentaires dans les pays en développement en stimulant les investissements dans l’ensemble de la chaîne de valeur, en particulier dans le traitement post-récolte. Une gestion plus durable de nos ressources naturelles, des forêts et des pêches est essentielle pour la sécurité alimentaire de la plupart des composantes les plus pauvres de la société », poursuivent les responsables de la FAO, du FIDA et du PAM.

Prix orientés à la hausse

Cette année, le rapport met l’accent sur les prix alimentaires élevés et volatils, identifiés comme les principaux facteurs contribuant à l’insécurité alimentaire au niveau mondial et source de grave préoccupation pour la communauté internationale.

« L’augmentation de la consommation dans les économies en expansion, la croissance continue de la population et la demande accrue de biocarburants exerceront des pressions supplémentaires sur le système alimentaire », lit-on dans le rapport. En outre, la volatilité des prix alimentaires pourrait s’accentuer au cours des dix prochaines années en raison, d’une part, des imbrications plus étroites entre les marchés agricoles et énergétiques et, d’autre part, de la survenance d’événements climatiques extrêmes plus fréquents.

Petits agriculteurs et consommateurs pauvres
La volatilité des prix rend les petits agriculteurs et les consommateurs pauvres de plus en plus vulnérables à la pauvreté tandis que les variations de prix à court terme peuvent avoir un impact à long terme sur le développement, selon le rapport.
Les variations de revenus que provoquent les fluctuations des prix entraînent des réductions dans les niveaux de consommation, ce qui se traduit par des diminutions de l’apport aux enfants en éléments nutritifs essentiels au cours des 1 000 premiers jours suivant leur conception. Il en résulte une réduction permanente de leur capacité de bien gagner leur vie une fois à l’âge adulte et une probabilité accrue de croupir dans la pauvreté, avec un impact négatif sur l’ensemble de l’économie.
Mais, selon le rapport, les fluctuations des prix ont affecté diversement les pays, les populations et les ménages. Les plus exposés sont les pauvres et les faibles, notamment en Afrique où le nombre de sous-alimentés a augmenté de 8 pour cent entre 2007 et 2008 alors qu’il était resté pratiquement invariable en Asie.
Quelques grands pays ont réussi à mettre leurs marchés alimentaires à l’abri des turbulences internationales grâce à un cocktail de restrictions commerciales, de filets de sécurité pour les pauvres et de livraisons alimentaires puisées dans les stocks. Cependant, l’isolement commercial a provoqué hausse des prix et volatilité sur les marchés internationaux et aggravé l’impact des pénuries alimentaires dans les pays tributaires des importations, selon le rapport.

Investissements à long terme
Entre-temps, les économies plus solides et les prix alimentaires élevés offrent des incitations aux investissements à long terme dans le secteur agricole, ce qui peut contribuer à la longue à l’amélioration de la sécurité alimentaire.
Lorsque les agriculteurs réagissent à la hausse des prix en augmentant leur production, il est essentiel de miser sur leur réponse à court terme en investissant davantage dans l’agriculture et en mettant l’accent sur ​​les initiatives qui soutiennent les petits exploitants, lesquels sont les principaux producteurs d’aliments dans de nombreuses régions du monde en développement.
Dans le même temps, il est crucial de mettre en place des filets de sécurité ciblés pour atténuer l’insécurité alimentaire dans le court terme. Ces filets doivent être conçus à l’avance en consultation avec les personnes les plus vulnérables.
Le rapport souligne que les investissements dans l’agriculture demeurent d’une importance fondamentale pour la sécurité alimentaire durable et de long terme. Les principaux domaines où ces investissements doivent s’effectuer sont l’irrigation rentable, les pratiques améliorées de gestion des terres et le développement de meilleures semences grâce à la recherche agricole. Cela contribuerait à la réduction des risques qui pèsent sur les producteurs agricoles, notamment les petits exploitants, et à l’atténuation de la volatilité des prix.

Investissements privés
Des initiatives privées menées par des millions d’agriculteurs et d’entrepreneurs ruraux doivent constituer l’essentiel des investissements agricoles. Les prix alimentaires élevés représentent aussi des incitations pour des investissements accrus de la part des entreprises (y compris les entités publiques et privées transfrontalières) et ce, dans tous les maillons de la chaîne de valeur agricole.
Il est important que tous les investissements prennent en compte et respectent les droits de tous les utilisateurs des terres et de leurs ressources naturelles et que ces mêmes investissements profitent aux communautés locales, favorisent la sécurité alimentaire et la durabilité de l’environnement et contribuent à l’adaptation et à l’atténuation de l’impact du changement climatique.
Parallèlement à l’augmentation des investissements, une plus grande prévisibilité des politiques et l’ouverture générale au commerce sont plus efficaces que d’autres stratégies telles que les interdictions d’exporter, note le rapport.
Les politiques commerciales restrictives peuvent protéger les prix intérieurs des fluctuations des prix internationaux, mais elles accroissent souvent la fragilité aux chocs que peut subir la production locale, sans que cela réduise pour autant la volatilité des prix intérieurs. Les politiques commerciales restrictives augmentent aussi le risque de volatilité croissante et de hausse des prix sur les marchés internationaux.

Pour 2010, selon les estimations les plus récentes de la FAO, 925 millions de personnes continuent de souffrir de la faim dans le monde. Pour la période 2006-2008, leur nombre, toujours selon la FAO, était de 850 millions. La FAO révise actuellement la méthologie qu’elle utilise pour calculer la prévalence de la faim dans le monde. Aussi aucune estimation n’a-t-elle été diffusée pour 2011.

Source: Fao.org

Disponibilité, choix d’une bonne race, alimentation équilibrée, respect des règles bio-sécuritaires, bon suivi sanitaire… Autant de mesures qui ont permis à Étienne Désiré Ngweha Lipem d’arracher le prix du meilleur éleveur de porcs du Cameroun au comice agropastoral d’Ebolowa.

C’est avec un large sourire qu’Étienne Désiré Ngweha Lipem, 33 ans, a reçu en janvier dernier le prix du meilleur éleveur de porcs du Cameroun au Comice Agropastoral d’Ebolowa 2011. Son animal, le plus gros porc de l’évènement, s’est vendu à plus de 500 000 Fcfa.
Pour ce jeune homme, cette récompense n’est pas le fruit du hasard. « C’est le couronnement de bons résultats que j’ai toujours obtenus grâce à l’application rigoureuse de connaissances acquises dans les fermes pendant dix ans », se réjouit-il. Depuis qu’il s’est lancé en 2006 dans l’élevage des porcs à son propre compte, sa ferme, située à la périphérie de Douala n’a jamais enregistré une perte.
A l’origine de cette réussite, il y a surtout l’amour de l’élevage porcin. Ce sentiment se traduit par une disponibilité permanente de l’éleveur pour ses animaux. « Le premier réflexe d’un éleveur lorsqu’il se réveille le matin doit consister à faire la ronde dans sa ferme pour observer le comportement de ses porcs après la nuit », explique-t-il. Cette attention lui permet de détecter les animaux malades. Selon le jeune homme, un signe de maladie, c’est par exemple, un animal qui refuse de manger. Un porc qui ne se comporte pas bien, est directement mis en quarantaine. Cette pratique permet d’éviter la contamination des autres. Grâce à cette précaution, la ferme n’a jamais été ravagée par une épidémie. Etienne Désiré Ngweha Lipem fait lui-même un diagnostic sur la base des connaissances acquises sur le terrain. Après quoi il se dirige directement vers une pharmacie vétérinaire pour acheter les médicaments. Généralement, l’animal malade retrouve la santé. Selon le lauréat, être disponible pour ses animaux, c’est aussi être capable de se lever en pleine nuit pour veiller au bon déroulement d’une mise bas.

Choix de la race
Cependant, la passion du métier ne suffit pas pour obtenir un bon rendement. Il faut également une bonne race. « Un porc de bonne race c’est celui qui pèse au moins 80 kilos à 6 mois », conseille-t-il. Le croisement de reproducteurs de ce type permet d’obtenir des porcelets de bonne race. Par prudence, ces géniteurs doivent toujours être choisis dans son propre élevage. « Car très souvent, les éleveurs ne révèlent pas l’âge exact des géniteurs qu’ils possèdent ». Selon le jeune éleveur, les animaux destinés au croisement ne doivent pas être gras. Sinon, ils ne seront pas féconds. Pour éviter ce cas de figure, les porcelets destinés à la reproduction reçoivent deux fois moins d’aliments gras et beaucoup plus d’aliments énergétiques que les autres.
L’alimentation standard destiné à l’élevage en général est composé de maïs, soja, tourteaux de palmistes et d’arachides, farine de poissons, son de blé, prémix de porc, poudre d’os, coquilles de mer et huile de palme. En fonction des formules, tous les aliments n’entrent pas dans le menu. Les proportions des composantes varient selon les types de porcs. Par exemple, la proportion de maïs, d’arachide et autres produits contenant des matières grasses qu’on retrouve dans l’aliment des porcs de reproduction est réduite de 50¨% par rapport à celle des porcs destinés à la commercialisation. Les porcs qui ont un poids supérieur ou égal à 80 kilos reçoivent au moins 3 kilos d’aliments par jour. Comme beaucoup d’éleveurs du Cameroun, Étienne Désiré donne également de la drêche à ses animaux. Mais cet aliment ne remplace jamais les aliments standard. « C’est juste un complément pour bourrer la panse des porcs. Car un porc qui mange exclusivement de la drêche n’a pas une bonne croissance », dit-il. A 3 kilos d’aliments standard, il peut par exemple ajouter 2 kilos de drêche. Les abreuvoirs sont permanemment remplis d’eau.
Les bâtiments de la ferme sont construits en béton. « L’inconvénient avec les matériaux provisoires, c’est qu’en cas d’épidémie, la désinfection est impossible. Les animaux seront toujours malades ». Les sols des bâtiments sont couverts de dalles afin que les porcs ne glissent et se cassent les pattes. Une pente est aménagée dans chaque loge pour permettre l’évacuation des eaux et de l’urine. Le but est d’éviter que les porcs deviennent malades à la fouine de leurs excréments. Les pourtours des bâtiments sont toujours défrichés.

Promouvoir l’image de l’élevage porcin
Quant aux règles bio-sécuritaires, Étienne Désiré évite d’entrer dans sa porcherie avec les vêtements qu’il porte à l’extérieur « Car ils sont imprégnés de germes susceptibles d’infecter la porcherie ». Des vêtements sont également prévus pour les visiteurs. Toujours dans l’optique d’éviter de ramener les germes dans la porcherie, le jeune éleveur prend un bain ou se lave les mains avant d’y pénétrer. Ses visiteurs suivent le même traitement. Des produits tels que le Virkon, le Crésyl et l’eau de javel sont utilisés tous les jours pour désinfecter les loges et les rigoles de canalisations. Des pédiluves sont disposés aux portes d’entrée et de sortie de la porcherie pour le nettoyage des bottes et des chaussures susceptibles d’avoir été souillées par des microbes. Les loges sont lavés au moins une fois par jour, et les maternités, deux fois au moins car les porcelets ont une santé fragile.
« Une porcherie ne doit pas être sale. Il n’y a pas de porc sale. Ce sont les fermiers qui ne nettoient pas par paresse », aime à dire Étienne. Selon lui, l’enjeu de garder une porcherie propre n’est pas seulement la préservation de la santé des animaux. Il en va également de l’image de l’élevage porcin. « Je suis toujours propre comme aujourd’hui », affirme notre jeune éleveur, qui arbore, un tee-shirt blanc immaculé, un pantalon bleu et des bottes propres. Les pourtours des bâtiments sont toujours défrichés.
Pour ce qui est du suivi sanitaire, les porcs de reproduction sont vaccinés tous les 6 mois. Et les porcs d’engraissage, une fois à partir du troisième mois. Car ils sont bien souvent vendus dès le 6ème mois. Des vermifuges sont administrés une fois par mois aux porcs pour le déparasitage interne. Le déparasitage externe pour lutter contre la gale, les tiques et les puces est également effectué une fois par mois. Ce sont là autant de bonnes pratiques qui ont hissé ce jeune éleveur sur le podium au Comice d’Ebolowa 2011. De quoi inspirer d’autres paysans.
Anne Matho

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