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Archives Mensuelles: septembre 2011

Flambée du prix de la provende, baisse de la performance des pondeuses, destruction des poussins…Depuis le mois d’avril dernier, la filière avicole est en crise, à cause de la rareté du maïs sur le marché camerounais.

L’aviculture camerounaise va mal. « Le maïs, aliment qui constitue les 70 % de la provende est introuvable dans les marchés », explique François Djonou, le secrétaire général de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic). La production nationale n’arrive plus à couvrir la demande. Comme conséquence de cette pénurie, le prix du kilogramme de maïs a augmenté. Il est passé de 160Fcfa, à plus de 250 Fcfa depuis avril 2011. Cette surenchère est désastreuse pour la filière avicole.

A en croire le responsable de l’Ipavic, incapable d’acheter à ce prix, les petits éleveurs de 200 à 300 bandes et certains grands aviculteurs, ont abandonné les fermes. « Ils n’arrivaient plus à nourrir la volaille », précise-t-il. En plus, ils ont été ruinés, car contraints de vendre leurs productions à un prix très bas par rapport au prix de revient. « Suite à cette pénurie, le prix du poulet dans les marché est passé de 2000 Fcfa à 2500Fcfa. Mais la clientèle a boudé ce prix », apprend-on à l’Ipavic.

Plus de 230 000 poussins étouffés

Cette pénurie n’épargne pas les accouveurs. A en croire François Djonou, depuis juillet, des poussins ont été tués, faute d’acheteurs, leur alimentation représentant une charge supplémentaire pour l’accouveur. Pour la seule semaine du 08 août, plus de 230 000 petits poulets ont été abattus, soit près de la moitié de la production hebdomadaire du Cameroun.

Malheureusement, les dégâts ne se limitent pas aux poussins. Faute de maïs, les aviculteurs sont contraints de tricher sur la formulation de l’alimentation destinée aux géniteurs. « Ils leur donnent moins de maïs », se désole François Djonou. Ce changement dans la composition de la provende affecte la performance des animaux. « La volaille produit moins d’œufs et les poulets de chairs n’ont plus une bonne croissance », explique t-il.

La pénurie actuelle du maïs n’est pas une surprise. En 2009, une enquête de l’Ipavic, prévoyait qu’en 2011, la demande nationale en maïs avoisinerait 3 millions de tonnes, contre une production nationale stagnante. Le déficit, mathématiquement, devait alors atteindre près de 2 millions de tonnes. Ces prévisions avaient été transmises au gouvernement, qui n’a malheureusement pas pris des mesures adéquates pour faire face à la situation.

Selon l’Interprofession avicole du Cameroun, le manque de maïs pour l’alimentation animale découle de l’absence d’une véritable politique agricole au Cameroun, notamment en ce qui concerne la filière maïs. En septembre 2009, un autre déficit avait contraint le gouvernement du Cameroun à subventionner l’importation de plus de 4.200 tonnes de maïs pour satisfaire la demande nationale. Hélas, le problème n’a pas été durablement résolu.

Retard des pluies

Pourtant, depuis 2005, l’État a accordé environ 2 milliards de Fcfa (3 millions €) de subventions à la production du maïs. Mais selon une enquête de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic), une organisation de la société civile, 62 % de ce montant auraient été détournés. « Certains fonctionnaires du ministère de l’Agriculture ont créé des groupes d’initiative commune (GIC) fictifs pour détourner ces fonds », avait dénoncé Bernard Njonga, président de l’Acdic.

D’après François Djonou, la pénurie s’est accentuée cette année à cause des facteurs climatiques. « Il y a eu un retard des pluies. Par conséquent, le maïs n’a pas pu être récolté à temps », dit-il. Toutefois, le responsable de l’Ipavic espère que les récoltes actuellement en cours, atténueront le manque. Mais, il faudra attendre, estime t-il, la mi-septembre, pour avoir du maïs sec, plus approprié à l’alimentation de la volaille.

Anne Matho  

Entretien de la cacaoyère, bon choix des pesticides et respect d’un calendrier de pulvérisation. Des pratiques qui ont permis à Gabriel Ebanda Messi de réduire de 80%  l’usage des pesticides en six ans et d’éviter ainsi un taux important de résidus de fongicides dans sa production.  

 

Depuis 2006, les résidus de pesticides sont moins présents dans la production de Gabriel Ebanda Messi, un cacaoculteur camerounais. Dans son exploitation à Ngoumou (60 km de Yaoundé), les cabosses sont toutes rouges, jaunes ou vertes. Aucune trace de marron, signe indicatif de la pourriture brune, une maladie propre au cacao. « Avant, j’utilisais abusivement des fongicides parce que je pensais qu’ils étaient la seule solution au problème. Malheureusement, la maladie subsistait. », explique le cacaoculteur.

Élaguer et nettoyer

Pour combattre cette maladie et beaucoup d’autres qui amènent les agriculteurs à utiliser abusivement les pesticides, il a opté pour l’entretien mécanique de sa cacaoyère : une bonne pratique d’élagage et d’hygiène de la plantation. « L’élagage explique Gabriel, vise à améliorer la circulation de l’air dans la plantation, contribuant ainsi à la réduction de la prévalence des maladies comme la pourriture brune, qui ont besoin d’humidité élevée pour se développer ». Selon lui, elle permet aussi de lutter contre la présence de  parasites dans le champ. Des bestioles, qui, par leur mobilité, contribuent à la propagation des maladies.

Tout au long de l’année, Gabriel élague les nouvelles pousses et branches qui ne sont pas indispensables à la bonne santé et à la solidité de l’arbre, notamment celles branches qui pendent et celles situées à moins de 60 cm de la couronne. Il taille aussi les branches malades, blessées ou mortes, celles qui poussent vers le centre de la frondaison, celles qui se courbent d’un côté à l’autre de la frondaison. « Cela permet à la lumière solaire d’atteindre les branches principales, la couronne et le tronc de l’arbre. Lorsque l’élagage est bien fait, la lumière du soleil doit pénétrer dans l’arbre de manière à apparaître au sol comme les tâches sur la peau d’un léopard », explique l’agriculteur.

Pour maintenir une bonne hygiène de la plantation, Gabriel Ebanda Messi inspecte régulièrement son exploitation et la débarrasse des cabosses mortes, pourries ou sèches, infectées par la maladie ou endommagées. La propagation des germes des maladies peut se faire par les gouttes et les éclaboussures de pluie qui tombent des cabosses infectées sur celles qui sont saines. Enfin l’agriculteur détruit les branches et les arbres morts.

Drainer et désherber 

Cette lutte s’attaque aussi aux eaux stagnantes de la cacaoyère, qui favorisent le développement de la pourriture brune. Gabriel Ebanda Messi  les élimine en creusant des petits canaux de drainage. L’exploitation est aussi défrichée au moins deux fois par an. Selon le cacaoculteur, désherber régulièrement surtout au début et pendant la saison des pluies permet de réduire l’humidité dans la cacaoyère.

L’usage des pesticides, pour lutter contre les maladies, n’intervient qu’en dernier recours, lorsque la lutte mécanique a échoué. Le choix des produits s’effectue en fonction de leur degré de toxicité lisible sur les étiquettes. «  Il en existe 2 types: les pesticides systémiques et les pesticides de contact. Les premiers pénètrent dans les cabosses, tandis que les secondes en enveloppent juste la coque », explique l’agriculteur qui a une préférence pour les pesticides de contact.  Il déconseille ceux qui n’ont pas d’étiquette ou dont l’origine est douteuse. L’application des pesticides dépend de l’âge des cabosses. Lorsqu’elles sont matures, le cacaoculteur opte pour l’usage des pesticides de contact. « Ainsi au moment de la récolte, explique-t-il, il n’en restera plus qu’un faible taux dans les fèves ».

L’utilisation des pesticides systémiques intervient pendant les deux premiers mois de vie des cabosses. Les résidus chimiques seront alors rejetés dans l’environnement avant la maturation des fruits.

Ces pratiques raisonnées donnent sans doute plus de travail, mais permettent à Gabriel Ebanda Messi de mettre sur le marché des produits plus sains pour le consommateur.

Anne Matho

Biotropical, entreprise camerounaise exportatrice de fruits, ne veut plus subir les dégâts de la mouche des mangues. Depuis 2007, elle combat le fléau grâce au ramassage des fruits tombés. 

Au Cameroun, Biotropical est mobilisé contre la mouche des mangues. Dans l’usine de l’entreprise à Kombé (à 20 km de Douala) une dizaine de corbeilles de mangues mûres pourries ou tachetées sont posées à terre. « Ces fruits ont été ramassés ce matin dans le verger », indique Jean Pierre Imélé, directeur général de Biotropical et vice-président du Réseau des horticulteurs du Cameroun (Rhorticam). « Le but de cette pratique, poursuit-il, est d’éviter la multiplication des foyers d’infestation. Car, les mangues tombées contiennent des larves de mouches ».  Les fruits ramassés sont ensuite enterrés ou brûlés dans un endroit aménagé à cet effet dans l’usine. Cette technique de lutte contre la mouche des fruits, pratiquée depuis 2007 par Biotropical a permis de réduire de 70%, le taux d’infestation des mangues exportées par l’horticulteur. Selon le Rhorticam, chaque année, des milliers de tonnes de mangues convoyées à des frais colossaux sont détruites en Occident pour cause de présence de ces  mouches. Les pertes économiques sont immenses pour les opérateurs locaux

Des techniques coûteuses

L’organisation paysanne estime à plus de 60 millions de Fcfa les pertes camerounaises sur les exportations de mangues de ces deux dernières années. Chaussé de bottes, Jean Pierre Imélé quitte l’usine et se rend dans le verger d’un pas pressé. Même la pluie qui tombe, ce jour-là sur Kombé, ne parvient pas à lui faire rebrousser chemin. Il s’arrête devant un arbre. « Vous voyez cet objet? dit-il, en montrant du doigt un petit fût jaune détruit au bas d’un arbre. C’est un piège à phéromones ». Cette technique de limitation des infestations de mouches a été testée par l’horticulteur, l’année dernière. Mais après la destruction des pièges, la technique a été abandonnée à cause de son coût trop élevé. Il n’existe pas, au Cameroun, d’organisme de distribution des pièges. Il a fallut en importer 100 d’Allemagne, pour un coût total de près de 7 millions de Fcfa.

Autres méthodes testées puis abandonnées par Biotropical, la technique d’élimination des mouches à l’aide de bouteilles d’eau minérale et de solutions sucrées. « Cette approche est également très coûteuse. Elle a nécessité la mobilisation d’une main d’œuvre importante pour enlever et déposer les pièges dans le verger chaque jour. Cela nous a coûté 5 millions de Fcfa », affirme l’agriculteur, qui précise qu’aucune technique ne s’est avérée efficace à 100%. Car il y a toujours des mouches dans l’exploitation. « Quand nous combattons les mouches dans nos champs, celles  des exploitations environnantes qui, elles, ne sont pas soumises à une technique de  lutte viennent les repeupler« , se désole t-il.

Globaliser la lutte

C’est pourquoi il souhaite la mise sur pied d’une stratégie nationale et sous régionale de lutte. « Une globalisation de la lutte reste la seule solution véritable pour éradiquer les mouches de fruit », insiste-t-il. Depuis 2004, Biotropical procède à la distribution de plants aux paysans pour les encourager à produire des mangues. L’entreprise espère qu’une augmentation du nombre de producteurs de mangues amènera le gouvernement camerounais à s’attaquer à la prolifération des mouches. Dans le souci de limiter les dégâts. Des campagnes de sensibilisation des petits producteurs au ramassage des fruits ont été organisées par Biotropical. Selon son Directeur général, elles ont été vaines. « Les paysans préfèrent laisser pourrir les mangues, ou les vendre sur le marché national, qui lui, n’est pas soumis à des normes de qualité strictes » explique-t-il. Autant de problèmes qui rendent indispensable l’intervention de l’État.

Anne Matho, Afrique agriculture, Juillet-Août 2011, no 383, p. 22. 

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