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Un travailleur récolte des graines de palmiers à huile dans une plantation industrielle.

Pétitions et lettre demandent le non renouvellement d’un contrat qui octroie 20 000 hectares de forêts à l’entreprise SGSOC pour la culture des palmiers à huile.

Paul Biya, le Président du Cameroun, a reçu une pétition qui lui demande de ne pas renouveler le contrat signé avec la Sithe Global SustainableOils Cameroun  (SGSOC).  Cette entreprise qui est la filiale locale de la multinationale américaine Heraklès Farms cultive du palmier à huile sur 20 000 hectares de forêt qui lui ont été octroyés par le gouvernement dans la région du sud-ouest du pays.

Initiée par les organisations non gouvernementales Greenpeace Africa, Save Wildlife Conservation Fund and Rettet den Regenwald EV (RainforestRescue), la pétition a recueilli 180 281 signatures.

Le contrat qui a duré trois ans,  a expiré le 25 novembre 2016.  Un nouvel accord est dans l’attente.  Ce qui a incité les organisations non gouvernementales à  s’associer pour lancer une pétition. «Il s’agit de démontrer une forte opposition publique contre l’entreprise», explique Eric Ini, le  Responsable des activités forestières pour Greenpeace Africa. « Nous sommes encouragés par le fait que de nombreux Camerounais ont signé cette pétition. Nous espérons que, le gouvernement écoutera avec plus d’intérêt les cris de détresse des gouvernés », poursuit-il.

S’étendre sur les terres agricoles

Plusieurs autorités traditionnelles des villages environnant la zone de concession ont également exprimé leur opposition au renouvellement du contrat signé. En octobre 2016, ils ont envoyé une lettre au Président du Cameroun dans ce sens. «C’est un projet controversé qui ne respecte en aucun cas les meilleures pratiques et règles de développement.  Le contrat est l’origine de nombreux conflits fonciers et des conflits inter-villageois, qui n’ont jamais existé », dénoncent-ils dans la lettre.   Chef de Babensi II, Ejuba pour sa part décrie le non respect des clauses du contrat par la SGSOC : «Nous ne nous attendions pas à ce que le SGSOC empiète sur nos terres agricoles ainsi que nos forêts non concessionnelles. Nous prions que le président réagisse en conséquence».

Greenpeace Afrique et ses partenaires espèrent que Paul Biya entendra la voix de milliers de Camerounais insatisfaits, qui s’opposent fermement à ce projet situé dans une région riche en biodiversité. «Le projet d’huile de palme de l’entreprise SGSOC ne détruirait pas seulement les moyens de subsistance des populations locales de la région du Sud-ouest, mais serait aussi une menace pour les forêts tropicales primaires, les parcs nationaux ainsi que les réserves forestières abritant une biodiversité unique», conclut Reinhard Behrend, le Directeur de RainforestRescue.

Anne Matho

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Anatole Ebete expérimente la culture de l’oignon en zone forestière à Ebeba II

Réussir la production de l’oignon dans la zone forestière du sud est désormais possible. Ingénieur agronome, Anatole Ebete a mis au point un procédé permettant d’obtenir jusqu’à 30 tonnes par hectare.

 

Obtenir de bons rendements dans la culture de l’oignon est désormais possible dans la zone forestière du sud du Cameroun. Autrefois, les agriculteurs qui se lançaient dans la production de cette denrée n’obtenaient que des pourritures. Il s’agit d’un problème lié à l’environnement. « Les conditions écologiques sont impropres à la culture de l’oignon dans le sud à cause de l’acidité du sol, la prévalence des champignons microscopiques, le sol argileux et un relief en pente », explique l’Ingénieur agronome Anatole Ebete. Il a découvert un procédé qui permet de pallier le problème. La technique consiste à réaliser une pépinière à partir des graines, plus précisément des semences de la variété pluviale Julio. Elle est la seule ayant résisté au cours des tests dans les conditions humides à en croire l’ingénieur. « Les plants seront prélevés puis repiqués dans le champ. C’est la méthode de semis par plants repiqués», précise-t-il.

Réduire les importations d’oignons

Le sol de la pépinière est ensuite désinfecté en utilisant une bouillie de fongicide ou en le recouvrant d’un plastique. Négliger cette étape peut s’avérer désastreux. « À cause de la de la prévalence en zone de forêt des champignons microscopiques dans le sol, il y aura fonte de semis (problème récurrent en pépinière) », explique Anatole. Un producteur de la Mvila s’est intéressé au procédé. S’étant contenté d’appliquer quelques étapes de l’itinéraire technique, il a échoué au stade pépinière où tous les plants ont disparu. «Il a avoué avoir oublié de désinfecter le sol de la pépinière des champignons microscopiques », confie l’agronome.

La prochaine étape consiste à préparer le champ c’est-à-dire, «défricher, abattre des arbres, araser des souches, et bruler des andains comme on procède  pour cultiver les arachides ». Les cendres de bois sont récupérées. Le producteur doit ensuite confectionner des planches assez hautes. « Au début des pluies, appliquer la chaux dans certaines planches et la cendre de bois dans d’autres », recommande l’ingénieur. Ces deux produits permettront de relever le niveau d’acidité du sol à la norme. En effet, explique Anatole, l’oignon ne supporte pas les sols ayant un taux d’acide inférieur à 5,8 comme c’est le cas dans le sud du Cameroun.

Il invite les producteurs à épandre le fumier bien décomposé si l’on en dispose, puis l’engrais NPK une semaine après. «Enfouir  l’ensemble dans le sol et habiller les plants de moitie», conseille-t-il. Les plants seront repiqués à un écartement de 15 au 12cmx10cm. Un mois après semis,  du sulfate de potassium mélangé à l’Urée est répandu sur les cultures. L’opération est répétée deux mois après repiquage. « La récolte a lieu 120 jours après repiquage ou lorsque 50% des plants sont couchés », recommande l’agronome.

Les producteurs se lancent

Le procédé ayant fait l’objet d’un article parut dans le journal « La Voix du Paysan », l’ingénieur agronome est de plus en plus sollicité par les producteurs. Membre du groupe de femmes productrices GIC FAEBE, Sophie Eloundou espère qu’en août prochain, elle aura réuni les fonds pour se lancer dans la culture de l’oignon.

« Le budget du projet, sur 1 000m2 avait été arrêté à 150 000FCFA lorsque la main d’œuvre est assurée par les membres eux-mêmes. Et mes honoraires ont été fixés à la somme dérisoire de 5 000FCFA (cinq mille francs) par descente, plus 1500FCFA de frais de transport, pour un total de 08 interventions », explique Anatole. Le groupe COOP-TOM, a pour sa part, promis de s’engager sur 01ha. Anatole leur prédit un échec : «Lorsqu’ils n’ont pas trouvé la semence de la variété JULIO à Yaoundé, ils ont acheté celle de la variété RED CREOLE, de leur propre initiative. Cette variété n’a jamais démontré son adaptabilité à l’écologie des zones de forêt tropicale ».

L’agronome espère que son procédé pourra permettre au Cameroun de réduire ses importations s’il est adopté par les producteurs du sud. En 2013 par exemple, le pays a importé 3 794 tonnes d’oignon pour une valeur marchande d’environ 2,6 milliards de FCFA pendant la période de pénurie (Septembre à Janvier). En même temps le prix de l’oignon sur le marché local a augmenté. En 2014, le prix du sac de 120kg est passé de 17 000  à 120 000 FCFA dans les marchés de Yaoundé.

Anne Matho

Dorothy : "Quand la production sera industrialisée, le sachet sera vendu à 100 Fcfa".

Dorothy : « Quand la production sera industrialisée, le sachet sera vendu à 100 Fcfa ».

Dorothy Selamo, une ancienne enseignante s’attaque au problème de malnutrition en produisant des pâtes alimentaires faîtes avec du macabo, du manioc et de l’igname, au lieu d’utiliser le blé importé d’Europe comme ses concurrents.

Un grand pas vers la valorisation des produits locaux au Cameroun. Macabo, manioc, pommes de terre et ignames sont des tubercules utilisés désormais comme ingrédients principaux entrant dans la fabrication des pâtes alimentaires. Délégué du groupe d’initiative commune Gariland International, Dorothy Selambo est le cerveau de cette initiative possible grâce à la mise au point d’une technique innovante. « Elle consiste à permettre aux pâtes alimentaires de maintenir leur viscoélasticité après la cuisson. C’est d’ailleurs pourquoi la durée de la cuisson ne doit pas excéder 3 à 5 minutes», explique-elle. La formule utilisée pour la fabrication de ces pâtes labellisées « Miondonini », est protégée par l’Organisation de la propriété intellectuelle. Dorothy Selambo avoue que des recherches se poursuivent pour trouver d’autres recettes dans son usine située à Mbalmayo où elle réside depuis quelques mois. Elles permettront aux pâtes de conserver leur visco-élasticité quand bien même le délai de cuisson est dépassé.

500 Fcfa le sachet
Le choix de transformer les tubercules locaux, au lieu d’utiliser du blé importé d’Europe comme les autres opérateurs de la filière pâte alimentaire, n’est pas un hasard. La Délégué de Gariland désirait s’attaquer au problème de mauvaise alimentation dans les écoles en offrant des produits riches en fibres. C’est pourquoi en 2002, elle a abandonné son métier d’enseignante au Collège Advantiste d’Odza à Yaoundé pour se lancer dans les affaires. «J’étais triste de constater que seulement 5% des institutions d’enseignement possèdent une cantine conventionnelle. Celles qui en ont vendent une nourriture trop grasse ou riche en sucre », confie-elle.
La promotrice des Miondonini souhaitait également ajouter de la valeur à la production locale. A l’en croire, « Les tubercules constituent l’aliment de base pour 90% de la population subsaharienne. Ils sont disponibles partout et sont cultivés dans toutes les zones agro écologiques d’Afrique ». Il s’agissait aussi d’offrir des produits accessibles à toutes les bourses. « Quand la production sera industrialisée, le sachet de 300g sera vendu à 100Fcfa », espère-t-elle. C’est loin d’être le cas actuellement. 300g de Miondonini coûtent 500Fcfa, contre 350Fcfa pour un sachet de 500g de La Pasta, le principal producteur de pâtes alimentaires au Cameroun. «Ma clientèle cible reste les pauvres et ceux qui ont un faible pouvoir d’achat, insiste-t-elle. Les Miondonini seront à la portée de tous quand les problèmes d’emballage seront résolus et la production ne sera plus artisanale ».

Un avenir promoteur
Actuellement, seulement 130 à 150 sachets sont produits par jour. La structure manque de fonds non seulement pour acheter les équipements nécessaires pour augmenter sa production, mais aussi pour engager du personnel qualifié, s’offrir des emballages et s’approvisionner en tubercules. « J’ai constamment besoin de cash », confie Dorothy.
Autres problèmes rencontrés, la promotrice des Miondonini cite le manque de collaboration avec des experts techniques et technologiques. « Je ne peux pas atteindre mes objectifs de production en travaillant toute seule. Je ne peux pas cultiver les différentes variétés de manioc toute seule. En plus, j’ai besoin de grandes superficies de terre. Ce qui n’est pas à la portée de ma bourse », déplore la Délégué de Gariland qui souhaite également un appui du gouvernement.
L’avenir semble promoteur malgré les difficultés. La fabricante des pâtes alimentaires négocie actuellement un projet de collaboration avec Camlait (Cameroun lait), une entreprise agroalimentaire qui transforme des produits laitiers. « Nous sommes en train de finaliser un protocole d’agrément, révèle-t-elle. Il permettra une industrialisation à long terme des Miondonini ». Un autre projet de collaboration avec l’entreprise Africa Company SARL permettra d’obtenir environ 5677 hectares de terres à Belabo (Est du Cameroun) pour cultiver les tubercules. «Le propriétaire des terres aura un pourcentage sur le rendement », confie Dorothy qui semble très satisfaite par ce contrat.

En attendant…la promotion continue
En attendant la réalisation de ces projets, le côté promotion des Miondonini est assuré. L’année dernière le Ministre du Commerce a commandé deux tonnes de pâtes pour participer à une exhibition qui se déroulait en marge de la Coupe du Monde de football 2014 qui s’est tenue au Brésil. «Le Cameroun y était représenté non seulement pour jouer, mais aussi pour afficher les potentialités de notre pays et les promouvoir », explique la délégué de Gariland qui a récemment participé au Salon Expo Milan 2015 en Italie pour exposer ses produits. Le premier contact avec le public s’est véritablement déroulé en 2008. «Pour la première fois nos produits étaient exhibés durant les journées nationales de l’excellence pour la recherche scientifique et l’innovation”, se rappelle-t-elle.
La production étant limitée, on ne retrouve pas encore les Miondonini dans les grandes surfaces du Cameroun. Il faut se rendre notamment au restaurant Le Club Municipal à Yaoundé pour en déguster. « Pour le moment la vente se fait de porte en porte », confirme Dorothy.
Anne Matho

Concours de labour au Salon Plein champ des Cuma à N'dali au Nord du Bénin. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Concours de labour au Salon Plein champ des Cuma à N’dali au Nord du Bénin. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Grâce à leur union en Coopératives d’utilisation du matériel agricole, des agriculteurs béninois ont désormais accès aux équipements agricoles modernes. Ils ont ainsi pu tripler les superficies cultivées avec des tracteurs et accru les rendements. Leurs conditions de vie se sont améliorées.

Superficies et rendements sont désormais élevés depuis que des petits producteurs béninois ont accès aux tracteurs et autres matériels agricoles modernes. C’est le fruit de leur regroupement en Coopératives d’utilisation du matériel agricole (Cuma). Ils ont investi en commun pour acquérir des équipements agricoles qu’ils ne pouvaient pas acquérir de façon isolée à cause des prix élevés.
À Sokka Hameau, un village de l’Est du Bénin, le groupe Se Seru qui rassemble huit agriculteurs en Cuma, a augmenté de 140% la superficie cultivée pour la production du maïs. La surfacée allouée pour la culture du coton a triplé. Coordonnateur national de l’Union national des Cuma du Bénin, Koffivi Nouwogou  salue ces bons résultats. «Tout cela a été possible parce que les villageois se sont organisés en Cuma pour l’acquisition de tracteurs de 30 et 60 chevaux. Les producteurs ont pu labourer de grandes superficies en un laps de temps que ne le permettraient pas la daba ou les bœufs, qui sont fatigants».
Un changement est également observé à Sinanwongourou, une localité du nord du Bénin où les six membres du groupe La panthère ont multipliée par 2 au cours de la campagne 2011-2012, la superficie qu’ils cultivaient grâce à l’acquisition d’un tracteur Sonalika de puissance 60 ch. Cette surface a augmenté l’année suivante, allant de 90,25 hectares à 102,72 hectares. «L’utilisation de tracteur pour la préparation du sol a fait doubler les rendements des différentes spéculations, poursuit Koffivi. Une bonne préparation du sol est facteur d’un bon rendement. La daba ne peut pas permettre de bien préparer le sol » .

Membre d'une Cuma, Adèle a été formée à l'utilisation des tracteurs. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Membre d’une Cuma, Adèle a été formée à l’utilisation des tracteurs. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Investir en commun
Cet accroissement s’est accompagné par une augmentation du rendement. A Tokanmé – Aliho, dans le département du Département du Couffo située dans le sud-ouest du Bénin, la Cuma Agbétro, a doublé sa production de Niébé (Haricot). Son rendement qui était de 1, 02 tonne par hectare avant la création de la Cuma en 2009, a atteint 2,27 par hectare deux ans plus tard. Le maïs est passé de 880 kg par hectare à environ 2 tonnes pour la même superficie en 2013.
A travers le bénin, plus de 850 producteurs se sont organisés en Cuma pour tirer profit du matériel agricole, au lieu de privilégier une utilisation individuelle qui requiert coût élevé. Cette initiative est inspirée du modèle français des Cuma qui est basée sur « l’organisation volontaire de petits groupes solidaires d’agriculteurs qui investissent en commun dans les équipements, s’organisent collectivement pour les utiliser sur leurs exploitations et se structurent en réseau pour la formation, la représentation et les échanges de pratiques », expliquent un groupe d’experts dans une étude intitulée «Une expérience originale de mécanisation partagée en Afrique : les coopératives d’utilisation de materiel agricole du Bénin. Dans l’ouvrage paru en avril 2015 et cofinancé par la Foundation Farm, les auteurs soulignent le mode d’organisation des Cuma pour satisfaire les membres et préserver la cohésion du groupe. « Un ordre de passage du tracteur pour le labour est établi. Dans la plupart des cas, deux passages sont effectués chez chaque membre afin de minimiser les risques de non-satisfaction ». Dans la majorité des cas, relèvent-ils, les tours de passage sont décidés en assemblée générale au début de la campagne, par consensus. Dans les autres cas, les tours de passage se font par tirage au sort par « zone » où plusieurs producteurs sont installés.
En ce qui concerne la quote part des membres pour l’achat des équipements, les experts indiquent que le montant de l’apport en capital de chacun est fonction des superficies que celui-ci souhaite labourer avec le tracteur : « chacun contribue aux charges d’exploitation du matériel proportionnellement à son utilisation ». A en croire les auteurs de l’ouvrage, c’est ce partage du coût de l’équipement facilite indéniablement l’accès à la motorisation aux petits agriculteurs.
Les Cuma emploient des mécaniciens qui sont formés à la conduite, l’entretien et au réglage du tracteur.

Les rendements ont augmenté. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Les rendements ont augmenté. Crédit photo : Nouwogou Koffivi

Des conditions de vie améliorées
Tout n’est pourtant pas rose dans le ciel des Cuma. Une fois le capital réuni, il n’est pas toujours évident de trouver des équipements répondant aux besoins des agriculteurs. En effet, les agriculteurs n’ont pas les moyens d’acheter le matériel auprès des distributeurs privés, qui pratiquent des prix élevés. Par conséquent, ils en font importer ou doivent en acquérir auprès des programmes ponctuels de l’Etat ou d’ONG.
« En raison de ces difficultés, 44 % des Cuma sont encore au stade de la recherche d’équipement », expliquent les experts. « L’attente, qui peut durer des années, décourage certains membres, et le groupe se recompose alors autour d’un noyau plus restreint », ajoutent-ils. A ce problème, s’ajoute celui d’un manque de fonds pour assumer les pannes imprévues et le renouvellement du tracteur une fois que l’équipement est acquis.
Les revenus générés par l’augmentation de la production ont permit d’améliorer les conditions de vie des adhérents. «Ils arrivent désormais à assurer les soins de santé de leur famille, envoyent les enfants à l’école et leur famille mangent à leur faim », confirme Nouwogou Koffivi, le Coordonateur national de l’Union national des Cuma du Bénin. Les marches à pieds sur de longues distances sont devenues rares : des adhérents la CUMA se sont dotés de véhicules. « Ils ont payé des engins à deux roues et un président s’est offert une voiture », explique Nouwogo.
Président de la Cuma La panthère, Gros Démon Tamou Sabi confie avoir acheté son propre tracteur d’occasion de marque MF 275, qu’il pense mettre bientôt à la disposition du groupe. Comme la plupart des membres de cette coopérative, Il a également acquis une parcelle à Kandi. Une maison louée au plus offrant y est construite.
Des membres de Cuma ont réhabilité les propriétés existantes. C’est le cas de Raymond Katchika, le secrétaire de la Cuma Agbletro qui affirme avoir changé la toiture de sa maison auparavant en paille en tôle, grâce aux revenus tirés de la vente de ses produits agricoles de la campagne 2012 – 2013.
En dehors des services qu’elles rendent à leurs adhérents, les CUMA participent au développement de leur localité. « Des dons en espèces pour la réalisation des infrastructures communautaires ont été octroyés et des équipements appartenant aux Cumas ont été utilisés pour le transport du sable devant servir pour la construction de la maison des jeunes et des bâtiments devront abriter l’école du village Sinanwongourou», conclut Nouwogo.
Anne Matho

Le plan d'urgence vise à faciliter l'installation des jeunes et augmenter la production agricole.

Le plan d’urgence vise à faciliter l’installation des jeunes et augmenter la production agricole.

Le plan d’urgence pour l’accélération de la croissance économique du Cameroun ambitionne de booster la production en trois ans en facilitant l’installation des jeunes, et l’acquisition à moindre coût des intrants et des équipements agricoles. Ce projet, lancé en décembre, est déjà critiqué.

Le plan d’urgence pour l’accélération de la croissance économique du Cameroun ne permettra pas de booster l’agriculture camerounaise. Cette position est partagée par les responsables du parti politique Croire au Cameroun (Crac), qui regroupe quelques anciens leaders de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectif (Acdic), une organisation militant en faveur du monde rural et de la consommation des produits locaux au détriment de ceux importés. Le plan d’urgence comprend une série d’actions lancées en décembre par le Président de la République, Paul Biya, pour relever le taux de croissance de l’économie camerounaise au dessus de 6% en trois ans et accroître l’offre d’emploi en faveur des jeunes. Il prévoit dans son volet agricole, de faciliter l’acquisition des équipements et des intrants.
Engrais, semences, produits phytosanitaires, alevins, séchoirs et tracteurs seront distribués ou vendus à moindre coût. Cette initiative est saluée par le Crac qui émet des réserves. «Les semences et engrais ne sont pas les seuls facteurs qui influent sur la production. Qu’en est-il de l’accompagnement technique pour le bon usage de ces intrants ? », s’interroge Bernard Njonga, le président du Crac qui a récemment démissionné de la présidence de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectif (Acdic) pour se lancer en politique.

Un monde rural mal organisé
Soulignant la nécessité de mettre l’accent sur l’encadrement des producteurs, il explique que : «de bonnes semences utilisées avec de bons engrais à contre temps et à mauvaise dose ne sauraient donner de bons résultats ».
Le mode de distribution de ces intrants et équipements agricoles préoccupe également le Crac. Au Cameroun, rappelle le président du parti politique, il n’existe pas d’organisation, ni de structuration du monde rural. « Comment se fera la distribution dans un contexte où plus de 97% de producteurs sont de petits producteurs isolés et dispersés sur le territoire national ? », s’interroge-t-il. Le Président du Crac ne fait pas confiance aux organisations de producteurs pour assurer la répartition. « 95% des 130 000 groupes d’initiative commune (Gic) recensés sont non fonctionnels. Ne parlez pas de coopératives agricoles. On en compte très peu. Une dizaine au plus fonctionne au Cameroun », explique-t-il.
Le Crac se demande où seront trouvées les semences à distribuer aux producteurs. Le Cameroun pourra facilement s’approvisionner en semences de maïs sur le marché international pour suppléer l’insuffisance de la production locale. Ce qui ne sera pas le cas pour l’igname, la patate, le taro, le macabo, l’arachide, le mil, le riz ou le sorgho, croit savoir Bernard Njonga.
Il explique qu’il sera difficile d’accroître la production de ces denrées agricoles à cause de la rareté des engrais et des équipements agricoles adaptés à leurs cultures sur le marché.

Un système miné par la corruption
À ces problèmes, il faut ajouter le système de corruption généralisé qui gangrène le l’encadrement agricole au Cameroun. Le plan d’urgence sera financé à hauteur de 925 milliards de Fcfa par le secteur bancaire. Une somme à répartir entre différents ministères y compris celui de l’agriculture et du développement rural (Minader), qui sera chargé de la gestion des fonds alloués au secteur agricole.
« Ce plan d’urgence sera rejeté par le système de gouvernance actuel dans les ministères. On peut bien imaginer certains agents des ministères concernés en train de se frotter les mains pour cette manne qui va bientôt tomber dans leurs escarcelles », prédit le Président du Crac .
Anne Matho

Comme chaque année, WordPress me communique le rapport annuel de ce blog.

Ce blog a été vu 32 000 fois en 2014.

En voici un extrait du rapport :

Le Concert Hall de l’Opéra de Sydney peut contenir 2 700 personnes. Ce blog a été vu 32 000 fois en 2014. S’il était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 12 spectacles pour accueillir tout le monde.

Cliquez ici pour voir tout le rapport.

Catherine ASHTON, High Representative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy.

Catherine ASHTON, High Representative of the Union for Foreign Affairs and Security Policy.

Les pays d’Afrique de l’Ouest vont perdre 11,9 milliards d’Euros de taxes sur les produits importés si le Conseil des ministres des affaires étrangères de l’union européenne signe l’accord de partenariats économiques (APE) aujourd’hui à Bruxelles.

Un collectif regroupant le Comité français pour la solidarité internationale, SOS Faim, le Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (Roppa) et de nombreuses autres organisations de la société civile d’Afrique et d’Europe, s’oppose à la signature de l’accord de partenariats économiques (APE) par le Conseil des ministres des affaires étrangères européennes. Il s’agit d’un texte de libre échange entre l’Union européenne (UE) et les pays de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’Ouest (Cedao), qui sera soumis aux diplomates aujourd’hui à Bruxelles. L’accord vise à supprimer 75% de droits de douanes sur les importations venant de l’Union européenne. Ce qui provoque l’indignation des organisations de la société civile des deux continents. « Les états de la Cedeao ont tout à y perdre car ils ne pourraient plus continuer à taxer les 11,9 milliards d’Euros de produits importés de l’UE en 2013 si l’APE était signé, puis ratifié. D’où des pertes budgétaires qui ne pourront être compensées », plaide le collectif. La contrepartie proposée par l’occident est dérisoire à l’en croire : « L’UE au lieu d’offrir un financement additionnel au Fond européen de développement existant veut plutôt « un recyclage » marginal d’autres fonds communautaires déjà programmés ».

Une Concurrence européenne déloyale

Les organisations de la société civile croient savoir que l’agriculture paysanne et vivrière de l’Afrique de l’Ouest sera affectée par cet accord. Tout comme la souveraineté alimentaire et tous les projets actuels de transformation locale et de développement de l’industrie régionale. «Ces secteurs seront frappés de plein fouet par une concurrence européenne déloyale (l’Agriculture européenne étant subventionnés contrairement à celle d’Afrique), destructrices d’emplois et par une dépendance accrue vis-à-vis des cours des marchés mondiaux », préviennent-elles, tout en mettant en garde contre les effets collatéraux. L’Europe s’expose au risque de faire face dans les prochaines années à une augmentation de l’immigration africaine. Car, « Cet accord renforcera une migration massive de populations privées d’avenir dans leur pays, dans un contexte où la population d’Afrique de l’ouest fera plus que doubler d’ici 2050 ; atteignant 807 millions d’habitants (contre 526 millions pour l’UE à la même date)». L’accord pourra également affecter l’économie européenne. «Il encouragera l’importation par l’UE de matières premières brutes plutôt que la réduction des bilans matières de la production européenne », s’insurge la société civile. Considérant ces problèmes, le collectif invite le conseil de l’Union européenne à ne pas signer l’APE et à exiger des études d’impacts indépendantes. Anne Matho

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