Une bonne nouvelle pour les producteurs camerounais de cacao.

Une bonne nouvelle pour les producteurs camerounais de cacao.

Neuf variétés de cacao améliorées par la recherche sont en cours de vulgarisation au Cameroun. Testées par l’Institut de recherche agricole pour le Développement (Irad), elles permettront d’accroître le rendement des cacaoyères. Les producteurs pourront obtenir jusqu’à 2000 kg de cacao à partir de la cinquième année après les semis, contre un rendement moyen de 500 kg à l’hectare pour les variétés de cacao ordinaires. Les chercheurs espèrent que ces innovations permettront de régénérer les plantations camerounaises de cacao. Les cacaoyères  locales sont constituées à 80% d’arbres qui sont peu productifs, à cause d’une moyenne d’âge très élevée (50 ans). Les variétés améliorées par la recherche commencent à produire 2 ans après les semis, contre 5 ans pour les variétés ordinaires. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour le gouvernement du Cameroun. Cinquième producteur mondial  après la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria et l’Indonésie, le pays vise une production de  600 000  tonnes de cacao marchand de qualité à l’horizon 2020. Les producteurs peuvent se procurer ce matériel végétal pour la régénération et l’extension des cacaoyères dans 193 pépinières qui ont été mises en place dans plusieurs sites, à savoir : les villages Bakoa et Kedia à Bokito, Ezezang et Lékié-Assé dans le département de la Lékié, les villages Ngat et Edou (Awae) dans la région de l’Est et Djoum au Sud du Cameroun. Pour obtenir de bons résultats, les producteurs sont invités à observer une bonne conduite des parcelles, notamment l’élimination des branches non productives, la gestion de l’ombrage, le débarras des hémiparasites et des auxiliaires (adventices) au sol. Le traitement phytosanitaire doit s’effectuer selon les doses recommandées.

Anne Matho

 

Séchage du cacao au Cameroun.

Séchage du cacao au Cameroun.

Si rien n’est fait, le cacao camerounais ne sera bientôt plus importé dans les États de l’Union européenne. En cause, des techniques de séchage des fèves dangereuses pour le consommateur.

 

Un texte qui entrera en vigueur le 1er avril prochain dans l’espace Union européenne invite les pays exportateurs de cacao, dont le Cameroun, à adopter des mesures pour réduire la teneur en Hap (hydrocarbures aromatiques polycycliques) dans leurs produits. Il s’agit du règlement européen du 19 août 2011 qui fixe les nouvelles teneurs maximales pour les Hap dans les denrées alimentaires. “Le beurre de cacao présente des teneurs en Hap supérieures à celles d’autres huiles et graisses à cause de l’inadéquation des pratiques de séchage des fèves de cacao …Ce produit, qui est présent dans le chocolat et autres produits à base de cacao souvent consommés par les enfants contribue ainsi à l’exposition humaine et, singulièrement, à celle des enfants”, déplore par exemple ce texte. Le problème est réel au Cameroun. Faute de plateforme pour le séchage du cacao, certains producteurs sèchent aux abords de la route, sur le goudron. Conséquence, le bitume pénètre dans les fèves.

 

Sensibiliser les producteurs

Mais ces substances chimiques ne sont pas le seul fléau dénoncé. En voyage professionnel au Cameroun en 2011, la Confédération des chocolatiers de France regrettait que «les fèves camerounaises n’ont pas bonne réputation surtout, en raison de son goût souvent de fumée”. En cause, la pluviométrie qui oblige à recourir aux méthodes de séchage artificielles sur du feu de bois en saison des pluies dans le sud-ouest du Cameroun, la plus grande région productrice de cacao du pays.

En janvier, le gouvernement camerounais a décidé de s’attaquer au problème en lançant une vaste campagne de sensibilisation et d’appui aux producteurs et acheteurs  de cacao. Plus d’un millier de bâches ont été distribuées gratuitement aux planteurs de cacao dans les régions du centre et de l’ouest du Cameroun. Dans les départements de la Lékié, du Mbam et Kim, et du Mbam et Inoubou, du cacao séché sur le bitume a été saisi et brûlé.

Au Cameroun, le café représente 40% des exportations du secteur primaire. Quatrième producteur africain derrière la Côte d’Ivoire, le Ghana  et le Nigéria, le Cameroun a atteint 210.000 tonnes (soit 5,5% de la production mondiale) de cacao pendant la campagne 2011-2012, contre 205.000 tonnes pour 2009-2010.

Anne Matho

08209506_PVI_0002_A443590_SPImporté par gouvernement camerounais en 2009, le système d’irrigation goutte-à-goutte a été testé et introduit avec succès en milieu paysan.

“Inéluctablement, le système goutte à goutte deviendra la technique d’irrigation la plus utilisée au Cameroun”, prédit François Nkeng Peh, un spécialiste en génie rural au Ministère de l’agriculture et du Développement rural (Minader). Depuis trois ans, des kits d’irrigation sont employés avec succès par des petits producteurs dans l’Ouest et le Littoral du Cameroun. L’expérience tarde pourtant à s’étendre, faute d’investisseurs pour commander et en importer en grande quantité afin de satisfaire la demande. Ces outils constitués de packages avec filtres, des tuyaux avec goutteurs et des accessoires (permettant de relier ces tuyaux) ont une capacité d’arrosage pouvant atteindre jusqu’à 12 litres d’eau par heure sur un rayon maximal de 1000 m2.

 Économiser l’eau

Comme son nom l’indique, le système goutte-à-goutte permet d’irriguer les champs en distillant une petite quantité d’eau. “Chaque culture ne reçoit de l’eau qu’en goutte”, explique le spécialiste. Contrairement aux arrosoirs et canons d’aspersion utilisés respectivement par les petits producteurs et les sociétés agroindustrielles, cette technologie permet donc de faire une économie d’eau. “Les mauvaises herbes ne reçoivent pas d’eau, souligne le spécialiste. Elles s’assèchent et meurent”.

Cette innovation est même moins contraignant. “Avec les arrosoirs, il faut toute une  journée pour arroser manuellement 2 000 m2. Alors qu’avec le goutte-à-goutte,  on peut programmer le temps d’arrosage en ouvrant la vanne et quitter le champ pour s’atteler à d’autres activités”, estime François Nkeng Peh. La nouvelle technique d’irrigation permet aussi d’apporter aux plantes une quantité d’eau suffisante, qui est déversée “directement à l’endroit nécessaire, au niveau des racines”, précise-t-il. Elle est plus efficace, contrairement à l’arrosoir qui n’irrigue pas en profondeur. “Les plantes ne reçoivent d’eau qu’en surface. Elle ne pénètre pas dans la terre”.

 50% de rendement en plus

La probabilité que des parcelles du champ ne soient pas arrosées est alors grande, selon Nkeng Peh. En plus, il faut recommencer l’opération d’arrosage deux à 3 jours plus tard. Dans un rapport intitulé «le système goutte-à-goutte à basse pression : une nécessité vitale dans les zones arides et semi-arides», un groupe d’experts relève les avantages du goutte-à-goutte : la distribution de l’eau dans le champ est uniforme. Conséquence, le producteur obtient une croissance homogène de ses plantes”. Ce qui favorise l’augmentation tant qualitative que quantitative du rendement. “Le producteur obtient en moyenne 70 tonnes d’oignons par hectare, contre 40 tonnes  avec l’irrigation classique”, vante le rapport.

Le goutte-à-goutte favorise également la conservation des sols. Utilisés pour l’aspersion, les canons détruisent les sols. “En projetant de l’eau à 30-40 mètres plus loin, ils déversent de grandes quantités d’eau qui s’abattent sur le sol et provoquent de l’érosion, ou encore déchirent les feuilles des plantes”, conclut Nkeng Peh.

Anne Matho

Jean Pierre Imelé, participe à une foire agricole en Europe, où il expose ses produits.

Jean Pierre Imelé, expose ses produits au cours d’une foire agricole en Europe.

Le Rhorticam, principale organisation de la filière horticole négocie avec l’Etat, recrute des compétences et travaille à l’amélioration de la qualité des exportations de ses membres. L’ambition étant d’augmenter l’offre camerounaise en fruits, légumes et fleurs sur le marché international.

Aider les producteurs de fruits, légumes mais aussi de fleurs à se développer à l’export, c’est l’objectif du réseau des horticulteurs du Cameroun (Rhorticam). Entre mai et novembre, cette organisation qui regroupe des exportateurs de fruits, de fleurs et de légumes a mené, avec l’appui du Centre pour le Développement de l’entreprise (Cde), de nombreuses consultations en vue de restructurer cette filière.

Les exportations camerounaises de fruits et légumes se situent aujourd’hui à environ 14.000 tonnes. Le Rhorticam voudrait à terme les  augmenter de 3.000 à 4.000 tonnes par an.

Quelles sont les faiblesses de ce secteur? Beaucoup d’opérateurs manquent de professionnalisme souligne un audit conduit par un cabinet conseil de Douala. “Lorsqu’un exportateur n’a pas de comptabilité pour suivre ses opérations, comment peut-il savoir s’il perd de l’argent ou en gagne ?”, interroge le vice-président du Rhorticam.

Quatre antennes au Cameroun

Pour développer la filière horticole, le Rhorticam a rassemblé les exportateurs et les organisations de petits producteurs des 10 régions du Cameroun, à Douala au mois de septembre. Objectif : jeter les bases d’une nouvelle collaboration entre les deux parties de la chaîne de valeur horticole. La création d’un Cluster (structure rassemblant les différents acteurs de la filière au sein d’une même région) a été décidée. L’organisation va recruter un secrétaire exécutif pour conduire ce projet. Il devra veiller à l’exécution des tâches prévues dans le plan d’action défini par l’Assemblée Générale. “Nous le voulons expérimenter, et capable de conduire nos missions à bon port”, prévient Imelé. La structure est déjà à la recherche des ressources financières qui permettront au futur manager d’atteindre tous les objectifs.

Ce secrétaire exécutif supervisera 4 antennes que le Rhorticam prévoit d’ouvrir à travers le Cameroun pour le fonctionnement des clusters. Selon le vice-président, ces bureaux renforceront les capacités techniques des petits producteurs de fruits qui devront proposer aux exportateurs des produits irréprochables.

Pour parvenir à ce niveau de qualité et répondre aux normes phytosanitaires, la formation des producteurs est indispensable.  “Le secrétaire exécutif, en collaboration avec une équipe qui sera mise à sa disposition, et des représentants du Coleacp (Comité de Liaison Europe-Afrique- Caraïbes-Pacifique), va renforcer les capacités de ces derniers à travers la vulgarisation des techniques agricoles, la rédaction des brochures sur la qualité, l’organisation des formations et séminaires, l’appui direct dans les plantations”, soutient Jean Pierre Imelé. L’accent ne sera pas seulement mis sur la qualité de la production, mais également sur les techniques qui améliorent les rendements. Les exportations camerounaises de fruits et légumes se situent aujourd’hui à environ 14.000 tonnes. Le Rhorticam parie sur  une augmentation de 3.000 à 4.000 tonnes par an, à partir du moment où le cluster sera fonctionnel.

Développer des infrastructures

Le Rhorticam veut aussi s’appuyer sur l’Etat pour développer la filière des fruits et légumes. Concrètement, un atelier a réuni les membres de l’organisation et le ministre de l’agriculture et du Développement rural (Minader), Essimi Menyé, en juillet dernier à Yaoundé. “Le Rhorticam a demandé à l’Etat de mettre à sa disposition quatre ingénieurs agronomes pour accompagner les petits producteurs de fruits”, explique Jean Pierre Imelé, vice-président du Rhorticam et par ailleurs Directeur général de Biotropical, une entreprise exportatrice de fruits bio. La structure a en outre évoqué les difficultés que ses membres rencontrent au quotidien avec le ministre. Il s’agit entre autres du manque d’infrastructures adaptées pour le conditionnement et le stockage des fruits collectés, l’absence de routes pour l’acheminement des produits de la campagne vers les villes.

Anne Matho

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

Du poulet congelé sur un marché de Yaoundé

“Tous les marchés de Yaoundé, pour ne citer que ceux-là, sont inondés de poulets importés”, révèle l’Association citoyenne de défense des Intérêts collectifs (Acdic), une organisation paysanne. Selon elle, 110 tonnes ont été vendues au Cameroun en 2011. Pourtant, suite à la campagne “poulet congelé importé” menée en 2004 par l’organisation paysanne pour sensibiliser les populations sur les effets pervers de ces produits pour la santé, l’Etat camerounais a interdit l’importation de poulets congelés. Commanditées par l’Acdic, des analyses en laboratoire à l’institut Pasteur de Yaoundé, ont révélé que 83,5% des poulets importés vendus sur les marchés camerounais sont impropres à la consommation humaine. Ils sont porteurs de bactéries (salmonelles et campylobacter).

A en croire l’Acdic, ces produits proviennent des pays frontaliers, notamment de la Guinée Equatoriale. L’absence d’une véritable politique pour booster la production nationale en poulet de chair favorise le phénomène. Les aviculteurs camerounais n’arrivent pas à satisfaire la demande à cause des incessantes pénuries de maïs, responsables de la destruction des poussins d’un jour et de la cherté de la provende. Autant de problèmes, qui entraînent la rareté du poulet et l’inflation des prix sur le marché, incitant des opérateurs économiques véreux à importer du poulet congelé, vendu moins chers. Ces produits frauduleux coûtent environ 2.000 Fcfa, contre 2.500 Fcfa au moins pour le poulet local.

Anne Matho

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée, vidée et rincée.

Après anesthésie et abattage, la volaille est plumée, nettoyée,
vidée et rincée.

Abattoir automatique nouvellement créé, la Société des produits agricoles du Cameroun (Spac) approvisionne le marché local en volaille de bonne qualité sanitaire, à en croire les promoteurs. Une révolution sur le marché national du poulet de chair.

 

L’offre en poulet prêt à consommer s’améliore au Cameroun. La Société des produits agricoles du Cameroun (Spac), un abattoir construit à Bafang (150 km au nord de Douala) en 2010, abat et emballe du poulet en respectant les normes bios sécuritaires. Les performances de ses équipements permettent de traiter jusqu’à 2500 oiseaux à l’heure. La structure possède une camionnette, qui lui permet de collecter la volaille qu’elle met sur le marché. En provenance d’une ferme, l’engin qui transporte les poulets de chairs vient de s’arrêter devant l’abattoir. Les employés de la Spac saisissent immédiatement les oiseaux piailleurs et les amènent à l’intérieur de l’usine. “Nous les abattons au fur et à mesure qu’on les apporte, généralement par bande de 6000. Nous en avons déjà abattus, ce matin vers 8h30. Nous allons recommencer vers 11h30 avec cette vague qui vient d’arriver”, affirme Philippe Ngome Ebanga, le chef d’usine. A chaque roulement, les viscères sont évacués et la chaîne d’abattage nettoyée. “Ils font l’hygiène des lieux parce qu’il faut éviter les contaminations. On ne mélange pas les bandes. En cas de contamination, il faut qu’on sache chez quels fermiers les poulets ont été infectés”, confie-t-il.

“…pas de salmonelles”

Un contrôle qualité est effectué sur les produits de la Spac en laboratoire au Centre Pasteur de Yaoundé, qui donne son quitus pour la distribution des produits sur le marché. “Ils font des analyses et constatent qu’il n’y a pas de salmonelles, ni aucune autre maladie qui pourrait être engendrée par mon poulet”, soutient Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac.

Une employée montre le produit final.

Une employée montre le produit fini.

Le dispositif de traitement des poulets abattus et nettoyés par cette société les met à l’abri des contaminations. Tout le contraire dans les marchés locaux où les poulets sont souvent abattus et nettoyés dans une totale insalubrité. “A la Spac, explique Tcheumeni, le poulet est accroché sur les carrousels. Ensuite, il va progresser et arriver au point d’anesthésie qui va ralentir son rythme cardiaque”. Le promoteur de l’abattoir  ajoute par ailleurs que ses produits répondent également à la norme Halal: “Après l’anesthésie, on fait saigner le poulet, égorgé par un musulman. La distance entre le bac d’anesthésie et celui de trempage a été mesuré afin que la saignée soit totale”. Ensuite, la volaille est plumée, nettoyée plusieurs fois et rincée. Le processus est automatique et coordonné par une équipe spécialisée. La chaîne comporte également une balance automatique qui indique le grammage et une ensacheuse. “Les produits sont refroidis avant d’être emballés afin que la durée de conservation soit plus longue”, indique Philippe Ngome Ebanga.

Contrats d’intégration

«Nous avons trois chambres froides où les poulets sont conservés en attendant le dispatching chez nos clients», enchaîne Tcheumeni qui entend par cette précaution garantir des produits sains aux clients. La Spac a formé 350 aviculteurs afin de s’approvisionner en animaux de qualité. Seuls 40 sont installés à ce jour. “Nous le faisons progressivement, explique Tcheumeni. Le temps de détecter tous ce qu’il y’a comme difficultés et inconvénients au niveau des différents fermiers, et de pouvoir juguler tous les problèmes qui pourraient survenir par la suite”. La Spac a développé avec ces producteurs, une sorte de contrat d’intégration, qui prévoit la fourniture des poussins d’un jour, la provende et la prophylaxie. Pour appartenir à ce réseau, le producteur doit posséder des installations d’une capacité de 500 poulets au moins. L’abattoir met également à la disposition de ses partenaires, un médecin vétérinaire. “Il fait le tour de toutes les fermes pour s’assurer de la bonne conduite de l’élevage avicole”, relève le directeur de l’entreprise, qui se réserve en retour l’exclusivité de la production des éleveurs. Le kilogramme de poulet lui est cédé par les éleveurs à 1700 Fcfa. L’abattoir y prélève par ailleurs les coûts engagés pour subventionner la production. Sur le marché, le kilogramme de poulets produits par la Spac est vendu à 2350 Fcfa.

Anne Matho

INTERVIEWS

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni, le directeur de la Spac

Boniface Tcheumeni

“Nous allons fournir 15 millions de poulets l’an…”

Le directeur de la Spac nous explique comment cinq personnes décidées à moderniser l’élevage et à lutter contre le chômage ont créé l’abattoir de Bafang. Leur ambition : livrer 15 millions de poulets par an sur le marché camerounais.

 

Qui sont les propriétaires de l’abattoir ?

C’est un abattoir 100% privé. Nous sommes un groupe d’investisseurs de cinq administrateurs. Ingénieur électrotechnicien, je suis titulaire  d’un M.B.A en management. J’ai travaillé pendant 16 ans en entreprise, au sein du groupe Barry Callebaut (l’un des plus grands chocolatiers dans le monde), représenté ici par Sic Cacao. J’étais responsable technique dans cette structure. En 2004, j’ai décidé de démissionner et de voler de mes propres ailes. Christophe Ekeng, l’un des autres associés est également ingénieur. Il a longtemps travaillé comme directeur chez Air Liquide et Mercédès également. Il est actuellement le président de la Chambre de commerce. Les autres administrateurs sont des financiers.

Quel est le coût de l’investissement ?

Le coût total du projet est d’environ 5 milliards de Fcfa. Pour l’installation des fermiers, nous avons été accompagnés par le Fonds national de l’emploi, qui s’est occupé de leur formation. Nous avons bénéficié d’un don du gouvernement japonais d’environ 500 millions de Fcfa à travers le ministère du Développement et de la Planification du territoire.

De combien de poulets avez-vous besoin pour faire tourner l’abattoir?

Faire tourner l’abattoir dépend des sources d’écoulement parce qu’on ne doit pas produire pour stocker, mais pour vendre. Pour vendre, il faut qu’il y ait de la clientèle. Donc nous produisons en fonction de notre clientèle. Et pour le moment, c’est à peu près 10.000 poulets par mois. Actuellement, nous vendons strictement au Cameroun, à des grands consommateurs que sont les hôtels, les supermarchés, les grands restaurants à l’instar de ceux qui s’occupent des plateformes pétrolières en mer.

Quelles sont vos ambitions ?

Au Cameroun, on a besoin de 45 millions de poulets par an. Nous qui sommes le plus gros abattoir, notre objectif est d’en fournir 15 millions par année. Avec notre capacité, c’est possible. Nous voulons également aider à résoudre le problème de chômage des jeunes de la région. C’est également possible, car l’activité que nous leur proposons n’a pas besoin de beaucoup de connaissances pour être conduite. En plus, l’aviculture n’a pas besoin de grandes superficies parce qu’ici les gens n’en ont pas. Il n’y a plus de vaste étendue pour l’élevage. A travers ce projet, nous voulons également booster la culture locale de maïs.

Propos recueillis par Anne Matho

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

Gaston Deutchoua, éleveur de poulets

“La Spac facilite la vente de ma production…”

 Gaston Deutchoua, aviculteur depuis 30 ans, explique les changements intervenus dans sa vie d’éleveur depuis qu’il collabore avec la Spac.

Comment a commencé le partenariat avec la Spac ?

Le minimum d’apport personnel exigé par la Spac c’est les bâtiments d’une capacité de 500 poulets. En tant que fermier, j’avais déjà des installations. Donc, je suis allé les solliciter. Une équipe de la Spac est venue visiter ma ferme. Elle a constaté que mes installations respectent les normes. Elle a également trouvé que ma manière d’élèver les poulets de chair est bonne.

Qu’est ce qui a changé depuis que vous coopérez avec la Spac ?

Avant l’arrivée de cette structure, j’étais aviculteur depuis près de 30 ans Depuis que nous collaborons avec l’abattoir, j’écoule plus facilement ma production. La Spac nous donne les aliments, les poussins, et organise la prophylaxie. Elle nous facilite la tâche en nous apportant tout sur place. Avant, je devais me déplacer pour aller acheter tous ces produits. Je dépensais énormément d’argent en frais de transport, sans être certain de trouver les produits sur place. Je devais aller à Bafoussam ou à Douala, pour trouver des poussins d’un jour. Parfois j’en importais de l’étranger. J’étais alors confronté aux problèmes de démarches portuaires.

Donc, vous écoulez plus facilement votre production ?

Si j’ai une bande de mille poulets, la Spac les achète tous à la fois. Avant, il m’était difficile de vendre rapidement mes poulets : les commerçants ne voulaient pas toujours acheter au prix que je fixais. J’étais donc parfois obligé de garder des poules de plus de 40 jours dans ma ferme. Par conséquent, il fallait payer beaucoup plus de provende pour les nourrir. Ce faisant, j’étais perdant, puisqu’à partir de 40 jours le poulet consomme énormément de provendes et c’est cela qui coûte cher. Avec la Spac, nous produisons avec un indice d’environ 2,2. Donc, on dépense 2 kilogrammes d’aliment pour obtenir un poulet d’un kilogramme. Avant, faute de clients, on pouvait atteindre un indice de 3 kilogrammes par kilo. Car, plus le poulet est gros, plus il consomme.

Propos recueillis par Anne Matho

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