Bernard Njonga

Bernard Njonga

Président de l’Acdic, une organisation ayant notamment milité avec succès contre l’importation de poulet d’Europe, Bernard Njonga a démissionné le 13 octobre à Yaoundé. Motif : l’agriculture camerounaise s’est peu développée ces 15 dernières années à cause du manque de volonté politique.

Trente années de plaidoyers sans impact important sur l’agriculture camerounaise ont eu raison de lui. Le 13 octobre, Bernard Njonga a annoncé sa démission de la Présidence de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic).
Il s’agit d’une organisation créée en 2003 pour poursuivre la lutte du monde rural camerounais contre l’importation d’Europe de découpes de poulets congelés et pour la consommation des produits locaux.
La raison de cette démission est liée au statu quo observé dans le secteur agricole. «Je vis avec frustration la persistance des problèmes pour lesquels nous avions pourtant proposé des solutions réalistes. C’est dans ce contexte que je me suis mis en retrait pour réfléchir et prendre la décision de démissionner de mes fonctions de président de l’Acdic», explique-t-il.
Pour justifier le statu quo, l’ex défenseur de la cause paysanne pointe un doigt accusateur sur les autorités camerounaises. « Avec l’Acdic, nous avons réussi à porter le plaidoyer pour la cause paysanne aux portes du pouvoir central et attendions que les politiques jouent leur partition… Malheureusement, nous assistons impuissants à un refus catégorique de ce dernier de prendre en compte les préoccupations légitimes des paysans et des acteurs du monde rural », déplore-t-il.
Njonga reste pourtant convaincu que les solutions aux problèmes de développement rural sont « éminemment politiques ». « Rien à faire, s’exclame-t-il. C’est aux politiques que reviennent les décisions qui impactent durablement la vie des populations ».
Depuis 2008 par exemple, l’Acdic tente en vain d’amener le gouvernement à adopter des mesures de coercition pour inciter les boulangers à incorporer 10% de farine locale dans le pain. Objectif : réduire de 5,75 milliards Fcfa par an les importations de blé et stimuler la production locale de manioc.
Une campagne de grande envergure, initiée par l’Acdic en 2004, avait contrait le gouvernement à interdire l’importation massive du poulet congelé d’Europe pour doper l’aviculture locale. Sans suite.
Membre fondateur de l’Acdic, Njonga occupait la fonction de président depuis 2003. L’association a bénéficié de sa longue expérience du secteur agricole du Cameroun. Ex fonctionnaire de l’Institut de recherche agricole pour le Développement (Irad), Bernard Njonga a participé à la création du Service d’appui aux initiatives locales de Développement (Saild). Il a été le Secrétaire général de cette structure qui avait pour but de promouvoir le développement des organisations paysannes locales à travers le journal La voix du paysan et le Centre de documentation pour le Développement rural (Cddr).
Anne Matho

Les participants du Master class et du Boot camp 2014

Les participants du Master class et du Boot camp 2014

J’ai eu l’opportunité de participer au Master class de la Fédération internationale des journalistes agricoles (Ifaj) qui s’est tenu du 1er au 03 septembre dernier au Craibstone Campus d’Aberdeen en Ecosse. L’évènement qui se déroulait en même temps que le Boot camp des lauréats 2014 du concours Ifaj/Alltech Young Leaders Award visait à renforcer les capacités des journalistes des pays en Développement. L’accent a été mis sur les compétences journalistiques, les questions agricoles, les tendances des médias et l’agribusiness. Il s’agissait également de fournir aux membres de l’Ifaj, des contacts dans les pays non membres de la Fédération (nos nations), mais qui sont fortement impliqués dans l’alimentation du monde.
Vice-président de l’Ifaj, Owen Roberts a facilité le Master class et le Boot camp, qui étaient coordonnes par Josephine Van Gelder, la Global Manager.
Pour plus d’info sur le Master class : http://bit.ly/1oakeRy
Tous les participants ont ensuite pris part au Congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes agricoles qui s’est tenu du 04 au 08 septembre http://www.ifaj2014.com/

Une photo des participants 2014 du Congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes agricoles. Crédit photo : Alan Richardson

Une photo des participants 2014 du Congrès mondial de la Fédération internationale des journalistes agricoles. Crédit photo : Alan Richardson

Manifestation de protestation contre les APE au Cameroun. Crédit photo: Acdic

Manifestation de protestation contre les APE au Cameroun. Crédit photo: Acdic

Paupérisation des éleveurs, découragement des investisseurs non européens, baisse de la production et de la consommation des produits locaux au profit de ceux importés d’Europe…sont autant de conséquences que les producteurs d’Afrique de l’ouest craignent depuis la signature des APE en juillet dernier.

Les producteurs d’Afrique de l’ouest dénoncent la signature des accords de partenariat économique (APE) entre les pays membres de la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) et l’Union européenne. Réunis au sein du Réseau des organisations paysannes et de producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (Roppa), ils l’ont fait savoir dans un communiqué rendu public en juillet dernier. Cette signature implique une libre circulation des biens entre les deux régions à travers la suppression des droits de douane. Problème : les deux partis n’ont pas les mêmes moyens. Les agriculteurs européens reçoivent généralement des subventions, contrairement à leurs collègues africains. Le Roppa croit savoir que cette situation entrainera «la déstabilisation de l’agriculture» des pays de la Cedeao à cause des prix pratiqués sur le marché africain. A raison : les produits exportés d’Europe, pourront être vendus moins chers en Afrique comparés aux denrées locales. «Les produits fortement subventionnés européens (plus de 270 milliards de FCFA, environ 414 millions d’Euro) en réduisant la production régionale par un dumping parfaitement légalisé par les APE vont réduire la rentabilité de nombreux produits agricoles », prévient le Roppa.

Distorsions dans les flux d’investissement
L’organisation craint pour les acteurs de la filière laitière africaine qui pourraient être les plus pénalisés. «Les produits européens vont induire une baisse des prix relatifs notamment pour les groupes les plus vulnérables constitués par les éleveurs et les femmes vendeuses de lait. Ce faisant, ils vont renforcer une dégradation sans précédent de leurs conditions de vie», avertit l’organisation ouest-africaine.
Le camp favorable nie tout en bloc et y voit plutôt des effets bénéfiques pour les investissements en Afrique. Faux, s’insurge le groupe de producteurs africains. Ils rappellent que même sans les APE, les investisseurs du monde choisiront l’Afrique de l’ouest qui rapporte le plus de bénéfice par franc investit dans le monde.
«Selon le magazine the «Economist», l’Afrique au sud du Sahara est la première région des intentions d’investissement dans le monde. Il y a donc un consensus mondial à ce niveau », expliquent-ils. Le Roppa craint qu’au contraire, les APE découragent les investisseurs non européens en accordant plus de privilèges aux européens. « Ces accords introduisent des distorsions dans les flux d’investissement vers la région en développant une préférence implicite pour les investissements européens aux dépends de ceux d’autres continents », dénonce l’organisation. Elle redoute par ailleurs que les investisseurs des autres parties du monde (Américains notamment) exigent les mêmes faveurs accordées aux européennes. Le Roppa dément une autre rumeur selon laquelle les APE sont favorables à l’intégration économique et au développement. « En subventionnant implicitement les produits européens, elles créent un détournement de commerce en faveur de l’Europe et découragent la production et la consommation des produits locaux au profit des importations de produits européens », s’insurge l’organisation.
Anne Matho

Crédit photo : V. Atakos/CCAFS

Crédit photo : V. Atakos/CCAFS

L’accès au crédit dépend de certains critères que la grande majorité des petits producteurs ignorent. Président du Conseil national de concertation des producteurs ruraux du Tchad (CNCPRT) qui regroupe environ 40 000 organisations paysannes de base, et Premier vice-président de la Plateforme régionale des organisations paysannes d’Afrique centrale (PROPAC), Kolyang Palébélé confirme. «Le paysan tchadien  pense que le fait qu’il habite le village, est connu de la population et fait des activités économiques est largement suffisant pour que les banques aient confiance en lui», témoigne-t-il. Lire la suite : http://ow.ly/zAeQZ

Crédit photo : Bill & Melinda Gates Foundation

Crédit photo : Bill & Melinda Gates Foundation

Financer l’agriculture africaine est désormais un risque que certaines banques à l’instar de Coris Bank International au Burkina Faso, n’hésitent pas à prendre. L’institution bancaire déclare avoir financé pour près de 3 milliard de Fcfa de crédit aux producteurs. Grâce à ces fonds, la filière riz de Bagré qui représente plus de trois mille petits producteurs s’est développée en deux ans seulement.

Lire la suite : http://bit.ly/1jTgx5W

Anne Matho receives the prize.

Anne Matho receives the prize in Nairobi. Photo credit : CTA

The prize giving gala took place yesterday (July 17th) in Nairobi (Kenya) immediately after the end of the Fin4ag conference organized by the Technical Centre for Agricultural and Rural Cooperation (CTA), in partnership with many other organizations such as Afraca (the African rural and agricultural credit association).
Check out the winners: http://www.yobloco.info/news/winners

Anne Matho at the prize giving gala

Anne Matho at the prize giving gala

Un paysan tenant ses chèvres par la corde au marché de Ndu, dans le nord-ouest du Cameroun.

Un paysan tenant ses chèvres par la corde au marché de Ndu, dans le nord-ouest du Cameroun.

Grâce au projet « Chèvres », des producteurs de Ndu dans le Nord-Ouest du Cameroun ont été formés à l’élevage. Ils sont désormais plus conscients de la nécessité de bien les nourrir et d’éviter des croisements entre bêtes apparentées pour obtenir de meilleurs rendements.

«Observez les ressemblances au niveau de leurs visages. 80% des chèvres de la même famille présentent des similitudes sur cette partie du corps », explique Napoleon Nfor, agrovétérinaire et Consultant du « projet chèvres », à des paysans réunis autour de lui, au marché de Ndu, dans le nord-ouest du Cameroun où deux familles sur trois élèvent des chèvres.
Nullement perturbés par les bêlements, ces paysans qui l’écoutent religieusement apprennent ainsi à reconnaître les chèvres de la même famille.
L’objectif étant d’éviter le croisement entre ces animaux. «À cause de la consanguinité entre parents, deux cabris sur trois meurent de maladie dans cette localité», explique Napoleon Nfor. Il recommande aux éleveurs d’acheter de nouveaux mâles pour limiter les dégâts.
Cet échange avec les paysans s’inscrit dans le cadre de la plateforme d’innovation (PI) du projet Chèvres. Il s’agit d’une initiative de l’Institut international de la recherche sur le bétail (ILRI) à travers son programme Biosciences in Eastern and Central Africa (Beca) hub. Elle est mise en œuvre au niveau national par l’Université de Dschang grâce à l’appui financier du gouvernement suédois (Sida). «La PI est un système qui met en lien à travers le Cameroun tous les acteurs de la filière chèvre à savoir : restaurateurs, Ministère de l’élevage, chercheurs, institutions de microfinance, ONG, commerçants (maquignons, bouchers), producteurs et autres parties prenantes de la filière pour une meilleure gestion de la production», explique Séraphin Ayissi, Assistant du Coordonnateur national du projet.

Réduire le temps de production
Au marché de Ndu, l’équipe du projet était accompagnée des fonctionnaires du ministère de l’élevage, des chercheurs de l’institut de recherche agricole pour le développement (Irad) et des agents d’Ong.
« La rencontre avait pour objectif de renforcer les capacités de production des paysans du Nord-ouest du Cameroun », poursuit Séraphin Ayissi. La démarche se veut participative. « Au cours d’un atelier qui s’est tenu en février à Bamenda, a-t-il rappelé, les producteurs avaient identifié des problèmes spécifiques notamment au niveau de la nutrition, la santé et la reproduction. Il s’agit à présent de trouver ensemble des réponses ».

Une famille au marché des chèvres de Ndu

Une famille au marché des chèvres de Ndu

Les paysans ont assisté auparavant en salle, à une séance de castration de boucs, toujours dans l’optique d’éviter les croisements entre individus de la même famille.
Ils ont aussi appris à mieux nourrir leurs animaux. Plus question de leur donner uniquement de l’herbe. «Une à deux fois par semaine, leur donner aussi du tourteau de soja ou de coton, sans oublier de l’eau et du sel», conseille Napoleon Nfor, le Consultant du projet. « Vous avez constaté que vos cabris meurent après les mises bas. C’est parfois dû à un problème de nutrition. Le lait qui coule n’est pas suffisant pour les faire grandir parce que les mères n’ont pas été correctement nourries », a-t-il martelé, recommandant d’investir pour réduire le temps de production des bêtes : «Il faut jouer sur le temps de production. Quand tu laisses tes chèvres dans la forêt sans les nourrir, elles ne grandissent pas vite ».
Dommage, car la demande est très forte sur le marché local. Le prix de la chèvre est ainsi passé du simple au double au marché de Ndu, principal point de vente dans le nord ouest du Cameroun. «La demande est grandissante ici au point où à 10h, toutes les chèvres sont déjà vendues », témoigne Stephen Ngala, Président de “Goat and pig traders union of Ndu”, une organisation qui regroupe plus de 200 commerçants de chèvres et producteurs.
«Regardez, indique-t-il, en montrant des chèvres attachées côte à côte sur les trois quart de la clôture en bois du marché. Elles ont déjà tous été achetées ». Billets de banque en mains, revendeurs et acheteurs s’arrachent d’ailleurs les derniers animaux que les paysans tiennent par la corde. Ils approvisionnent aussi les grandes villes du Cameroun et le Gabon.

Billets de banque en mains, revendeurs et acheteurs s’arrachent les derniers animaux que les paysans tiennent par la corde.

Billets de banque en mains, revendeurs et acheteurs s’arrachent les derniers animaux que les paysans tiennent par la corde.

Mettre fin au vol des chèvres
La rencontre de Ndu a également permis de trouver les solutions au vol des chèvres, tant décrié par les éleveurs. Interdire le transport des chèvres nuitamment par moto, élaborer des carnets d’identification des éleveurs et des chèvres qui précise en cas de vente l’acheteur et la localité de provenance de l’animal… sont entre autres les solutions proposées par les participants.
Au terme de la rencontre, Emmanuel Ndzi, un producteur, se dit déterminé à appliquer les meilleures pratiques apprises. «Avant, je ne nourrissais pas mes bêtes, me contentant de les laisser brouter à l’air libre. Dès aujourd’hui, je vais les nourrir et leur donner à boire. J’espère qu’ainsi mes chèvres auront plus d’un cabri par mise-bas». Il s’engage par ailleurs à construire une case pour ses bêtes afin d’éviter qu’elles ne détruisent les cultures et créent des conflits.
Pareille rencontre suscite en outre des vocations : «Je vais encourager mon entourage à élever des chèvres pour gagner de l’argent. En effet, j’ignorais qu’on peut vivre décemment de cette activité et payer la scolarité des enfants », s’engage Japhet Njoya, un commerçant qui compte par cette activité améliorer ses revenus.
Le « Projet Chèvres » a déjà permis de former et rassembler les acteurs de la filière dans 3 régions du Cameroun, notamment à l’Ouest, le Nord et le Nord-Ouest. La prochaine étape du projet consistera à créer la PI de la région du Centre du Cameroun à Obala.
L’une des principales réalisations de ce projet qui s’achève en juillet 2015, a consisté à mettre sur pied une organisation permettant aux éleveurs de Kouoptamo dans l’ouest du Cameroun, de cotiser pour avoir accès aux soins de santé à bas prix. Le projet veut également promouvoir la production laitière des chèvres comme source de revenu.
Anne Matho

Encadré
Orienter les croisements pour produire plus

L’un des objectifs de la Plateforme d’innovation du projet « chèvres » est la connaissance du matériel génétique des chèvres de différentes régions du Cameroun pour une meilleure orientation des croisements. « En même temps qu’on travaille avec les éleveurs sur le terrain, nous prélevons les données. Ça peut-être du sang, du lait ou toutes autres données», explique Séraphin Ayissi. Ce qui permettra de relever les spécificités de chaque localité touchée par le projet. «Les marqueurs seront utilisés pour identifier les gènes responsables des performances. On pourra alors savoir s’il est possible d’obtenir de bons résultats en effectuant un croisement entre la chèvre du Nord par exemple et celle du Sud», a-t-il précisé.
Les chercheurs sont d’ores et déjà optimistes quant aux résultats. En effet, les régions visitées jusqu’à présent présentent des atouts. «Dans l’ouest du Cameroun, les chèvres ont des mises-bas multiples (deux à quatre cabris). Celles du nord produisent du lait en abondance. En combinant leur matériel génétique, on peut obtenir des individus ayant les deux traits », s’est félicité Séraphin. « Les résultats de la recherche seront mis à la disposition des producteurs », a-t-il assuré.
Anne Matho

 

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